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Tendances

Quoi de neuf du côté de chez vous ?

06/06/2003

Les médias se penchent avec intérêt sur l'habitat et les Français y consacrent une part prépondérante de leur budget. Mais si nos compatriotes sont de plus en plus versés dans le design, ils ont encore des progrès à faire, notamment en matière d'architecture.

Peter et sa famille habitent dans un ancien corps de ferme. D'apparence rustique, le bâtiment réserve bien des surprises. Ses couleurs acidulées et chaudes, ses vastes espaces intérieurs... et surtout la verrière, qui, sur le toit, permet de prendre des petits déjeuners ensoleillés ou de passer d'agréables après-midis de farniente. Pascal, lui, vit les yeux dans le bleu, installé dans une maison à fleur de falaise, en Corse, au bord de la Méditerranée. Quant à Micheline, elle s'est découvert une passion pour le bois flotté, dont elle a entièrement décoré sa maison, en Camargue.

En regardant ces portraits de demeures accueillantes, dans le programme courtDu côté de chez vous, parrainé par la chaîne de bricolage Leroy Merlin, sur TF1, l'on se prend à rêver de quitter son minuscule clapier parisien pour aller rénover une fermette dans le Gers. Un rêve apparemment partagé par beaucoup, puisqueDu côté de chez vous, sur les écrans depuis six ans, rencontre un franc succès et se décline, depuis janvier dernier, dans un format de six minutes en deuxième partie de soirée, à la demande des téléspectateurs. Et le livreDu côté de chez vous, des maisons pleines d'idées(Éditions n°1) se vend comme des petits pains.« L'époque où l'on héritait des meubles de ses grands-parents est désormais révolue,remarque Max Soussanas, producteur de l'émission au sein de Sacha Productions.Les gens sont beaucoup moins conformistes... De plus, en raison de la cherté grandissante des surfaces, on se doit d'être de plus en plus ingénieux et astucieux lorsque l'on aménage un espace. »Sacha Productions, qui déniche ses demeures d'exception grâce à un réseau bien établi d'architectes et de décorateurs, reçoit une trentaine de lettres de téléspectateurs par semaine.« Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir aménager eux-mêmes leur maison,remarque Max Soussanas.Et ce, toutes catégories socioprofessionnelles confondues. »

Sacha Productions réalise également l'émissionQuestion maison, sur la Cinquième qui, au bout d'un an, s'est constituée un public de fidèles. Son présentateur et rédacteur en chef, Francis Blaise, fut l'un des pionniers de la maison à la télévision.« Il y a cinq ans, j'étais le seul chroniqueur décoration du PAF, dans l'émissionParole d'Expert, sur France 3,raconte-t-il.Depuis, les émissions sur la maison ont fait florès :Téva Décosur Téva,Paris Designsur Paris Première, etc. »

Autrefois, selon lui, les magazines de décoration étaient assez élitistes, donnant à voir uniquement des maisons de maître inabordables pour le grand public. Aujourd'hui, les Français s'intéressent de plus en plus à leur habitat : les dépenses liées à la maison sont plus importantes que celles dévolues aux loisirs !« Depuis un an, nous recevons des demandes de plus en plus nombreuses de la part des téléspectateurs. Chacun souhaite personnaliser son intérieur »,ajoute Max Soussanas. Repli sur soi dans un contexte sociopolitique pas toujours facile, accessibilité plus grande d'éléments design... Les raisons de cet engouement récent pour l'habitat sont multiples et variées. Cependant, le Français reste encore relativement frileux en matière de décoration et, qui plus est, d'architecture. La classique maison de maçon a encore de beaux jours devant elle.

Ce manque d'audace n'est pas récent. Le cas de la Cité Frugès, construite il y a plus de 80 ans près de Bordeaux, constitue un exemple typique du divorce entre goûts populaires et architecture. Philippe Boudon en retrace l'histoire dans son ouvrage intituléPessac de Le Corbusier(éditions Dunod). Petit retour dans les années vingt : Henry Frugès, fils d'un industriel et passionné d'architecture, séduit par les forêts de pins de la région bordelaise, demande à l'architecte suisse Le Corbusier de concevoir un lotissement d'habitations à Pessac. Le Corbusier, qui n'en est pas à son premier chantier, y applique ses principes de prédilection : utilisation des matériaux et des techniques modernes comme le béton armé, décoration réduite au minimum - la pureté de forme du « brut de décoffrage » étant jugée supérieure à toute ornementation -, attention portée à l'entrée de la lumière du jour, etc. Comme à son habitude, Le Corbusier ne fait aucune concession aux coutumes architecturales locales et confie même la construction des édifices à une entreprise parisienne. Résultat : des bâtiments épurés, aux longues fenêtres rectangulaires et aux toits en terrasse qui, encore aujourd'hui, demeurent d'une confondante modernité. Une modernité qui, dans les années vingt, ne manque évidemment pas de choquer... En raison de ses toits en terrasse, inhabituels dans la région mais très répandus dans les pays méditerranéens, la Cité Frugès est rebaptisée « Cité du Maroc » par les riverains. Aucune maison ne trouvant acquéreur, elles seront, pour la plupart, attribuées à des familles démunies, qui n'ont ni les moyens de les entretenir, ni l'envie de respecter l'architecture du maître, jugée malcommode ou laide. De nombreuses modifications apportées par les habitants viendront même dénaturer les constructions : volets rajoutés aux grandes fenêtres, toits en tuile, etc. La Cité Frugès, dont on peut visiter aujourd'hui l'une des maisons, réhabilitée selon l'oeuvre originale de l'architecte, s'avère décidément un échec.

150 000 euros pour une feuille blanche...

Aujourd'hui encore, les préjugés contre les architectes sont légion. Selon l'opinion répandue, on les paie trop cher pour la construction de bâtiments futuristes qui ne tiennent aucun compte des besoins des habitants, propriétaires de surcroît, qui vont y vivre. Pour tordre le cou à ces idées reçues, le réseau d'architectes Renov organise depuis trois ans, en juin, la visite de 300 maisons contemporaines à travers toute la France. L'an passé, 14 000 visiteurs s'y sont pressés (sur 50 000demandes à satisfaire). La quatrième édition, qui aura lieu du 6 au 15 juin 2003, donnera lieu à la construction de deux maisons à La Villette, à Paris, afin de créer l'événement. 50 000visiteurs sont attendus.« On n'y montre pourtant rien d'extra-terrestre ! »,souligne Éric Wuilmot, architecte, coorganisateur de la manifestation et journaliste pour le magazine grand publicArchitecture à Vivre.« Nous voulons sensibiliser les particuliers aux maisons d'architecte, en évitant les discours intellectuels et en montrant que les constructions n'ont rien d'avant-gardiste. »Éric Wuilmot regrette que la profession d'architecte soit aussi méconnue du grand public. Mais il reconnaît que ses confrères ont parfois tendu le bâton pour se faire battre.« Certains refusent catégoriquement de travailler pour des particuliers, préférant se consacrer à de grosses commandes », reconnaît-il. De plus, les architectes n'ont jamais vraiment réussi à se fédérer, contrairement aux constructeurs de maisons individuelles, qui se sont regroupés dans les années soixante afin de proposer des offres rassurantes et pratiques.

« Acheter une maison individuelle, c'est un peu comme acheter une voiture : on peut visiter, on voit les plans, on sait ce que l'on aura au final,considère Éric Wuilmot.Alors que confier une réalisation à un architecte peut sembler effrayant : on donne 150 000 euros à un type avec une feuille blanche... »Heureusement, les émissions et les publications portant sur l'univers de la maison se multiplient, et les Français s'éduquent tout doucement à l'architecture.« Le style dominant en France reste le rustique,soupire pourtant Éric Wuilmot.L'architecture classique peut être harmonieuse lorsqu'elle est réalisée avec des matériaux d'origine, mais certains vont jusqu'à faire construire de fausses poutres en bois en polystyrène ! Il y a encore du chemin à faire. De manière générale, en Europe, les pays du nord sont plus ouverts à l'architecture que ceux du sud. »Autant de freins qui font que les Français restent encore timorés en matière d'habitat. Aujourd'hui, 97 % des maisons neuves construites sur « terrain habituel », c'est-à-dire sur un terrain de dimensions classiques ne posant pas de difficulté particulière, sont réalisées par des constructeurs. Seules les 3 % restantes sont des maisons d'architecte.

On a souvent en tête une image caricaturale de la maison-témoin, comme celle de la bande dessinée de Binet,Maison, sucrée maison.Le couple Bidochon, représentation des « beaufs » dans toute leur ampleur, y trouve son « home sweet home ». Les préjugés ont la vie dure...« Du cadre supérieur à la classe moyenne qui en a assez de vivre en HLM, nous accueillons tous les types de clientèle ! »,précise pourtant un vendeur. Rendez-vous donc en banlieue parisienne, pour visiter un village-témoin sis dans une zone commerciale, non loin d'un grand axe routier. L'herbe est verte et les murs enduits de crépi rose, dans ce hameau factice regroupant une dizaine de promoteurs tels que Maisons Phénix ou Maison Familiale. Les maisons-modèles portent des noms printaniers (Primavera, Forsythia, etc.) et sont toutes meublées dans des tons pastel, canapés bleu pâle et rideaux saumon. Les murs sont ornés de tableaux pseudo-impressionnistes, qui viennent compléter cette décoration consensuelle. Pas de parti pris osé, certes, mais une foule d'options pour faire de ces coquettes maisons des summums de confort high-tech.

Une maison à vivre, pas à admirer

En plus des traditionnels dépliants descriptifs, les vendeurs fournissent toute une documentation ayant trait à la domotique.« Le modèle de base revient à 750 euros le mètre carré,explique un vendeur.Mais en ajoutant un peu, on peut installer un jacuzzi dans la salle de bains, du parquet flottant, des alarmes... Tout est possible ! »Les constructeurs ne vendent pas seulement une maison, mais un confort illimité. Un positionnement qui correspond à ce que les Français attendent de leur habitat, comme le montre une étude Leroy Merlin intitulée Observatoire sur les valeurs de l'habitat des Français, menée en 2001 par le groupe CSA-TMO. Après avoir longtemps été perçue par les Français comme un patrimoine, un bien que l'on peut transmettre aux siens, la maison est désormais davantage définie par ses valeurs d'usage que par sa valeur financière. Signe des temps, la sécurité devient l'une des préoccupations majeures, suivie par l'isolation et l'éclairage. La maison-cocon est reine, et l'on est de plus en plus jaloux de son intimité : 50 % des Français se disent mécontents de l'insonorisation de leur logement actuel.

Plus surprenant, la beauté est le cadet des soucis des Français, qui continuent à envisager la maison à travers ses qualités pratiques. La faute à un manque d'éducation, estiment en choeur le journaliste Françis Blaise et l'architecte Éric Wuilmot.« Depuis que j'ai douze ans, je m'intéresse à l'habitat, car être bien chez soi, c'est être bien dans sa tête ! »,estime le premier, tandis que le deuxième raconte :« Je suis récemment intervenu dans l'école de mes filles : les enfants étaient passionnés... Dans la vie, on est avant tout un habitant : la maison est un laboratoire des modifications des lieux de vie, des nouvelles techniques. On devrait éduquer davantage les Français à l'habitat. »À quand des cours de design et d'architecture à l'école primaire ?

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