Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Système D

(Co) location : tout reste à inventer

06/06/2003

Le « share », c'est chic mais, hormis des sites de rencontres, rien n'est fait (ou presque) pour organiser la vie en communauté.

Isabelle ne sait pas vivre seule. Ni en couple ni en famille : elle craint la routine autant que la solitude. À trente ans, cette enseignante de français compte une dizaine d'années de colocation à Londres, Ankara et Rennes, au gré de ses bohèmes. Aujourd'hui, elle partage un appartement au coeur de la capitale bretonne avec deux garçons, dont l'un est son compagnon. Avec le temps, elle y croit toujours, mais choisit avec soin « ses colocs ».« Ce style de vie me convient, car j'y trouve mon équilibre. Mais que de tracas ! »s'exclame-t-elle. La méfiance des propriétaires, le droit au bail trop rigide, les contrats d'assurance inadaptés, les factures à diviser et le casse-tête du rangement : Isabelle pourrait en parler des heures durant. Pourtant, personne ne semble disposé à l'écouter.

« Les colocataires, c'est comme les homosexuels dans les années quatre-vingt. Les spécialistes du marketing ont compris avec beaucoup de retard le besoin de reconnaissance et le pouvoir d'achat de cette communauté,avertit, un brin sentencieux, Frédéric de Bourguet, président-fondateur de colocation. fr.Qui parle d'étudiants fauchés ? Aujourd'hui, un tiers de nos adhérents sont âgés de trente-cinq à quarante-neuf ans. Ils choisissent la colocation non pour économiser, mais pour vivre en amitié. On voit même certaines familles monoparentales se regrouper. »

Pour l'instant, seuls des sites Internet s'intéressent à ces pionniers. Et ils sont pléthore : kel-koloc. com, adele. org, e-cologis. com, appartager. com, gaycolocation. com, infologement. org, colocation. fr... Tous mettent en relation offres et demandes dans les principales villes de France. Pour attirer les technophobes, colocation. fr organise, chaque mois, le Jeudi de la colocation, dans un bar branché des Halles, à Paris. Les rencontres s'inspirent du « speed dating » : on s'observe, on se plaît et le pacte est conclu. Bosseur ou dilettante, gastronome ou végétarien, seul ou en famille, on s'intéresse davantage à la personnalité qu'à la feuille de salaire.

La demande dépassant l'offre, la concurrence se structure. La start-up agebis-colocation. com vient d'investir dans une agence immobilière « en dur », près de Bastille.« On prend le temps de noter les affinités et les désirs des candidats avant d'organiser les visites. Mais nous avons 100 logements pour 200 candidats »,regrette le cofondateur, Arnaud Asprononte. Preuve que l'esprit communautaire souffle aussi sur le Net, ces sites fédèrent une foule de services : guide de la vie en colocation, rédaction du bail par un avocat spécialisé, revue de presse... et appels à témoin. Comme si les colocataires étaient surtout de bons « clients » pour les journalistes en mal de reportage urbain.

Une cible marketing mal évaluée

Car les grands annonceurs se font discrets. Impossible de dénicher le moindre bandeau publicitaire EDF-GDF, Bouygues Telecom, Leroy Merlin, Conforama et autres Ikea. Et pour cause, ce petit marché encore mal évalué ne les intéresse guère. À l'exception de France Télécom. L'opérateur a mis au point le Compte téléphone de la maison : les colocataires ouvrent une seule ligne pour tous, à charge pour chacun de financer ses appels avec sa carte à code achetée dans un bureau de tabac ou dans une agence de l'opérateur. Pour le reste, le service clients explique que toutes les offres familiales sont adaptées à la vie en communauté : l'appel à prix unique, un forfait qui permet de téléphoner pour 15 centimes les soirs et week-ends, tout comme l'accès illimité à Internet de Wanadoo. Quant aux téléphones mobiles, ils conviennent d'emblée à ces « tribus courants d'air ». Du côté d'EDF, c'est le statu quo. Aucun type de facturation n'est prévu parce que l'existant suffit.

Le secteur banque-assurance, toujours à l'affût d'une cible marketing, n'a pourtant rien à vendre. Il faut se rendre à Pau, au sein du cabinet Wilhelm, pour découvrir un contrat d'assurance sur mesure. L'argument du courtier Gilbert Wilhelm est simple :« Les locataires mariés, concubins ou même pacsés sont couverts par un contrat multirisque habitation. Ce n'est pas le cas pour les habitants d'un même domicile qui n'ont pas de rapport entre eux. Mon offre pallie le vide juridique. Dans deux ans, les compagnies d'assurance viendront me consulter pour adapter leur offre. »

Curieusement, seul Gaz de France se lance dans la prospective. Le concours Jeunes Flammes 2002-2003 réservé aux jeunes designers avait pour thème : Habitons ensemble, scénario pour un espace. Il s'agissait de concevoir un lieu de vie de 70 m2 pour 4 étudiants. Les lauréats ont imaginé des pièces empilées les unes sur les autres, délimitées par des cloisons, voire installées en façade des immeubles, comme des excroissances inspirées des films de science- fiction...« Le mètre carré est si onéreux que les architectes tentent de rentabiliser chaque parcelle. La colocation constitue un excellent laboratoire d'expérimentation. On peut y tester des portes coulissantes ou des lits escamotables dans les murs, par exemple »,commente Éric Wuilmot, architecte, journaliste pour le magazineArchitectures à vivre,et membre du jury. Fidèle à cet esprit, le designer Éric Jourdan a imaginé des « cloisons traversantes », sorte de meubles amovibles destinés à délimiter les espaces. Il privilégie l'utilisation du feutre capable d'amortir les bruits.

Des idées pour mieux vivre ensemble

Rien de bien concret pour les colocataires dont les besoins sont plus terre-à-terre. L'expérience d'Hélène en témoigne : l'argent est à l'origine des tensions.« Lorsqu'une colocation est sur le point d'imploser, c'est toujours pour des problèmes de factures. Les offres familiales de France Télécom ne nous correspondent pas. Parents et enfants ne divisent pas la note de téléphone ! »À la réception de la facture de France Télécom, la même corvée se répète chaque fois : surligneur en main, chacun des locataires coche les appels qui lui sont imputables sur le relevé.« Mais il reste toujours des numéros "non revendiqués",enchaîne Hélène.On utilise alors l'annuaire inversé pour connaître l'identité de la personne appelée. Ce flicage détériore vite l'ambiance. »Sa proposition : un logiciel capable de scanner les factures, de répartir la consommation de chacun, puis de sortir les montants respectifs. Le précieux outil pourrait aussi planifier les corvées ménagères : courses, entretien des sanitaires, arrosage des plantes, etc. En fait, les colocataires rêvent d'un équipement électroménager intelligent. Christophe, en colocation depuis seulement six mois, imagine déjà un réfrigérateur à compartiments, et une machine à laver gardant en mémoire le nombre de lessives de chacun...

La domotique sauverait-elle les communautés en perdition ? Pas forcément. Vincent Guilloux, psychologue, coauteur duGuide de la colocation,édité par colocation. fr, et auteur de la rubrique « Les clés du psy » sur le même site, penche pour une autre solution :« Lorsque le dialogue est vraiment trop difficile, un médiateur peut intervenir. Ni juge ni arbitre, il aide à prendre du recul. »Rendez-vous sur le divan donc, mais pour des séances... individuelles.

Envoyer par mail un article

(Co) location : tout reste à inventer

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.