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On the road again

04/07/2003

Grand reporter à Grands Reportages, Franck Charton passe sa vie à voyager aux quatre coins du monde. Portrait.

Au programme du périple du moment : la Turquie et la découverte des civilisations anatoliennes, le sanctuaire d'Antiokos, la chapelle arménienne sur son île, au milieu d'un lac, et les têtes d'aigle monumentales taillées dans le rocher, dominant les montagnes. Si tout va bien.« Il y a deux ans, j'étais resté bloqué deux jours dans une tempête de neige, je n'avais pas trouvé le sommet »,raconte Franck Charton, le seul grand reporter salarié régulier deGrands Reportages. En ce milieu du mois de juin, le climat devrait être meilleur. À quarante et un ans, notre homme connaît la musique. Il compte sur le guide - le « fixeur », dans le jargon du métier - qu'il a déniché à Ourfa.« Un gars souple, débrouillard, qui va me faire rencontrer les gens, les faire parler, traduire. »Qui l'aidera aussi à foncer sur les sites sans perdre de temps. Viendra alors l'attente. L'affût des belles lumières, du hasard des rencontres, des petits événements de la vie courante. La matière même du reportage, texte et images, qui paraîtra dans quelques semaines à la une deGrands Reportages, et sur dix à quinze pages intérieures.

Dénicher des mécènes

En revenant d'Anatolie, Franck Charton posera son sac à dos, ses cartes, ses carnets de notes, ses rouleaux de pellicule et ses téléobjectifs à Grenoble, au siège des éditions Nivéales, le propriétaire deGrands Reportages. Le temps d'écrire le papier... et de préparer le voyage suivant, en Afghanistan. Mais avant cela, il lui faut d'abord trouver un tour-opérateur ou une compagnie aérienne pour financer le déplacement. Un voyagiste sur place fournira le « fixeur », un interprète ou un 4x4. En échange, les « partenaires » seront cités dans l'article, en tête des prestataires mentionnés dans l'encadré pratique. Mais« il n'y a pas d'exclusivité », précise Franck Charton. Ceux qui n'ont pas aidé sont cités aussi, mais en second lieu, et seront un peu moins mis en valeur. Une fleur quand même, car tous les titres ne le font pas. Il faut bien attirer les mécènes, qui ne se bousculent pas... La conjoncture est passée par là.« Il faut se battre davantage qu'auparavant »,reconnaît Franck Charton. Mais la carte de visiteGrands Reportagesreste encore un sésame. Alors, notre homme en profite.

De mi-juillet à mi-août, pour le rencontrer, il vous faudra partir pour l'Afghanistan, le Nouristan plus précisément -« une zone complètement inconnue, à la frontière du Kurdistan ». Vous devrez passer cette frontière de nuit : elle est fermée aux touristes. Vous aurez pris soin avant le départ, bien sûr, de vous placer sous la protection de la tribu locale, sans laquelle vous n'irez pas loin. Ensuite, pour le grand reporter, ce sera l'Éthiopie, puis l'île de Pâques en septembre. Difficile à joindre, Franck Charton... Depuis son arrivée àGrands Reportages, il voyage entre six et huit mois par an. Une sinécure, selon lui.« J'ai un bureau, un appartement dans le centre de Grenoble, des revenus réguliers. »Son patron, Jean-Pierre Roger, le PDG des éditions Nivéales, gère trois ou quatre profils de cette espèce.« Ils sont indépendants, un peu adolescents, généralement très sympas. Mais il faut leur laisser une certaine liberté. De toute façon, lorsqu'ils sont au bout de monde, on ne contrôle plus grand-chose. »

Les mille et une étapes d'une vie chaotique

Franck Charton ne contrôle pas tout, lui non plus. Il s'est trouvé un jour à Lima, capitale du Pérou, en maillot de bain, avec sa seule carte de crédit qui ne le quitte jamais. Tout le reste lui avait été volé ! Une à une, le journaliste déroule les étapes d'une vie chaotique. La passion pour la montagne, adolescent, le tour de Corse en vélo, seul, les études d'architecte paysagiste en Suisse, les premiers boulots pour le parc du Vercors, le Conservatoire du littoral en Corse, le bureau d'études d'aménagement du territoire à Nîmes et ce vieux rêve de passer trois mois dans l'Himalaya. Il y restera un an :« J'ai découvert qu'il y avait plus que ces montagnes pour lesquelles j'étais venu, que la photo pouvait exprimer des choses très fortes. »Au retour, il expose ses clichés, en publie même dansGéo. Et vend tout, appartement, voiture, affaires, pour suivre à New York celle qui deviendra sa femme. Une fois l'argent tari, il repart. Au Guatemala. Et en revient avec 5 000 photos... floues. Inexploitables. Le coup est rude.

Pour se refaire, il se met au service de tour-opérateurs et accompagne durant sept ans des groupes de trekking sur tous les continents. Entre deux tournées, il retourne sur les lieux qu'il a repérés avec ses touristes ou dont il a entendu parler, et réalise des reportages. À ce rythme, la vie privée souffre. En 1996, il divorce :« Je n'étais jamais là. »Retour en France. Dans son book,Le Figaro magazine,VSD,Newlook,Montagne magazine,Vertical. Moins prestigieux, les rapports de la Banque mondiale, de l'Unicef ou le magazine des programmes de Discovery Channel ont assuré le quotidien. En 1999,Grands Reportageslui ouvre ses portes.« J'étais mûr »,dit-il. Son contrat ne lui impose qu'une publication un mois sur deux.« Mais je suis boulimique,reconnaît-il.Je me dis que je vais ralentir mais je n'y parviens pas. Je me rends bien compte que c'est une drogue. »

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