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Perso

Christine Orban : « Il n'y a rien de pire que le luxe réduit à l'argent »

20/11/2003

Grande, brune, les yeux clairs, Christine Orban est l'une des femmes les plus élégantes de Paris. Elle baigne dans le luxe depuis sa prime jeunesse et sait parfaitement en parler. Avant « Le Silence des hommes », elle a publié l'an dernier « Fringues », un éloge aussi désopilant que subtil de la frivolité et du besoin de luxe. Ou comment aimer les belles choses sans devenir une esclave de la mode...

Le luxe, c'est quoi pour vous ?

Christine Orban.C'est assez compliqué. En fait, pour moi, le vrai luxe c'est de pouvoir faire ce que je veux, de ne pas avoir trop de contraintes dans ma vie, de pouvoir écrire et ne plus faire que ça, et d'avoir pu abandonner mon métier de notaire. Vivre de sa plume, c'est formidable. Mais, vivre sans contraintes, ne plus avoir de profession aussi cadrée, a aussi généré une période d'adaptation assez dure.

Le luxe, est-ce « show off », ostentatoire ? Cela doit-il plutôt évoquer le charme discret de la bourgeoisie ? Ou bien n'est-ce qu'une question de mode ?

C.O.Il ne faut jamais dissocier le luxe de l'élégance, et l'élégance de l'âme. Je pense que nos vêtements et notre manière de nous habiller en révèlent plus sur notre caractère que notre nudité. Le luxe, c'est surtout ce qui est confortable pour soi et de qualité, c'est le détail qui va transformer un vêtement en une chose faite rien que pour vous. Il ne se remarque pas. On achète d'abord des vêtements pour soi, pour s'embellir, pour avoir du plaisir à les porter. Le luxe, c'est donc l'élégance, mais aussi la matière, la coupe ou un flou parfaitement coupé, comme Emanuel Ungaro sait si bien le faire. Je n'aurais jamais pu écrireFringues[Éditions Albin Michel] si je n'avais pas rencontré Emanuel quand j'avais dix-huit ans. Il m'a donné accès au luxe, en créant les robes dont je rêvais. Il s'est exprimé pour moi. Cela a été une entente parfaite. Il savait concevoir des robes qui se mariaient avec mes trouvailles des souks de Marrakech. Je plongeais dans ses placards avec l'émerveillement d'un enfant. Je nageais parmi des robes de rêve. Il m'a donné l'impression que tout était possible, que je pouvais même changer d'identité. Je ne le remercierai jamais assez.

«Fringues » est un éloge du luxe et des folies qu'il peut engendrer. Vous arrive-t-il d'éprouver de telles frénésies ?

C.O.Non, jamais. J'habille davantage mes héroïnes que moi ! En écrivantFringues,j'ai voulu faire un éloge très littéraire de la frivolité. Ce n'est pas l'oeuvre d'une esclave du luxe, mais un livre qui s'est attaqué au tabou de la frivolité, chose impardonnable en France. Beaucoup ont crié au scandale quand ils ont appris qu'une « intellectuelle », c'est-à-dire une femme ayant fait des études supérieures et écrivain, pouvait aimer des choses aussi frivoles que la mode. Lorsque j'étais sur le même plateau de télévision ou de radio que Catherine Millet, j'étais celle par qui le scandale arrive !

Le luxe, c'est seulement une question d'argent ?

C.O.Certainement pas. C'est d'abord une question de goût. L'argent est à l'origine de dégâts colossaux. Certaines femmes très fortunées font même pitié, comme celles qui n'en ratent pas une, en s'affichant des épaules aux chevilles, malgré leur âge avancé, en cuir clouté de tel créateur, ou en assortissant leur sac à leurs chaussures à talon démesuré. J'ai en horreur les gens qui cherchent à étaler leur argent à travers leurs vêtements. Cela n'a rien à voir avec le luxe, qui est plutôt une question de goût, de style. D'ailleurs, rien n'est plus joli que les mélanges d'habits de couturier avec des pièces dénichées dans un souk marocain ou chez Monoprix.

Le goût, c'est inné ou cela s'acquiert ?

C.O.[Silence.] Le goût peut s'éduquer, mais il englobe une partie innée assez évidente. Quand quelqu'un a du style, on le sent tout de suite. Dans une boutique de luxe, une personne qui a de l'idée mais peu de moyens fera tout de suite la différence avec une autre dépourvue d'imagination mais très fortunée. Et puis, dans le luxe, la pire des injustices n'est pas l'argent, mais la beauté physique. Les gens qui ont du goût et qui savent en tirer parti sont plus avantagés que les autres.

Le luxe, est-ce seulement réservé à la mode et à ses accessoires ?

C.O.Non, bien sûr, c'est un style de vie. Je pense que l'on devrait y intégrer les soins pour soi-même, les massages du visage ou de la plante des pieds. J'ai toujours adoré aller dans les hammams, pour être bien dans ma peau. Se sentir dans une peau nette, lavée, c'est un besoin important. Un luxe !

Votre vision du luxe est-elle la même aujourd'hui que lorsque vous aviez vingt ans ?

C.O.Je suis très fière d'avoir inventé le terme « hippie chic » pourParis Match.Je l'ai toujours été. J'aime le mélange des genres, mais seulement quand c'est moi qui peux choisir les couleurs ou les matières. Il n'y a rien de pire que le luxe réduit à l'argent. Dans « hippie chic », il y a aussi la notion de bohème. Et la bohème, c'est l'imagination, la créativité, le talent, la part de liberté que chaque individu doit absolument garder, pour ne pas devenir une « fashion victim ». Je déteste les créateurs qui choisissent pour vous les couleurs qui se mélangeront.

Avez-vous des objets de luxe cultes qui ne vous quittent jamais ?

C.O.Oui, mais ce sont plutôt des objets d'art, comme une plume en or du xviiie siècle gravée à mes initiales, ou un oiseau de Niki de Saint Phalle acheté lors d'un stage à Drouot. Ils m'entourent, me rassurent. J'ai besoin de sentir leur chaleur, leur magie. J'ai aussi une veste jaune et noire, qui ressemble à une guêpe. Elle est immonde, mais je ne m'en séparerai jamais : je la portais quand j'ai rencontré mon mari !

Si votre sac à main devient un objet culte que l'on voit partout dans la rue, comment réagissez-vous ? Vous le brûlez ?

C.O.Je l'aimerais beaucoup moins. J'ai horreur des vêtements ou des accessoires que tout le monde s'arrache. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais acheté un sac Kelly, Dior ou autre, ni le jean Diesel que tout le monde a envie d'avoir : je n'ai jamais porté d'uniforme. Je déteste tout ce qui pourrait me cataloguer comme appartenant à une tribu. Ce sac, je le rangerais dans un coin, en attendant que la mode passe. De toute façon, il ne faut rien jeter : tôt ou tard, cela reviendra à la mode.

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