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MONASTÈRE

PRIÈRE DE NE PAS DÉRANGER

08/04/2004

À l'écart du rythme effréné du monde moderne, les lieux de culte attirent des publics nouveaux, en quête de calme ou d'une spiritualité parfois peu orthodoxe.

À voir les foules qu'attirent monastères et abbayes, on est tenté de donner raison à Malraux : le xxie siècle sera assurément spirituel ! Ces lieux, qui témoignent souvent des grandes pages de l'histoire religieuse et de l'architecture du Moyen Âge, sont aujourd'hui réinvestis par un public hétéroclite. Pendant quelques jours ou quelques semaines, certains viennent y puiser calme ou inspiration. D'autres sont plus clairement en quête de spiritualité, voire d'une spiritualité un peu « bricolée », au croisement de la psychologie, des religions traditionnelles et des philosophies orientales. Un vrai paradoxe pour ces endroits autrefois voués au respect des règles très strictes des Bénédictins, des Cisterciens, des Dominicains ou autres Chartreux !

Conçus pour la prière, les lieux de culte gardent la trace de leur vocation originelle, même une fois revenus à la vie profane. L'abbaye-école de Sorèze, dans le Tarn, et l'abbaye royale de Fontevraud, en Touraine, font partie du réseau touristique France Patrimoine. Les religieux de Fontevraud ayant été chassés à la Révolution, l'abbaye a abrité une prison, de Napoléon jusqu'au milieu du xxe siècle. Pourtant, en se promenant dans les jardins à la nuit tombée, les clients de l'hôtellerie (52 chambres) peuvent retrouver l'atmosphère qui régnait dans cet ensemble monastique sous l'ordre fontevriste.« Les gens sont ravis de pouvoir venir dans un lieu historique, imprégné de sérénité et où le temps s'écoule de façon différente. Des habitués reviennent chaque année, parfois de très loin, au moment des festivals de musique sacrée de Pâques et de l'Ascension. Ils apprécient aussi nos prix, compétitifs par rapport à certaines chaînes hôtelières »,indique Daniel Rambault, directeur d'exploitation du prieuré Saint-Lazare de Fontevraud, dont la clientèle individuelle a augmenté de 5 % en 2003.

La musique mais aussi le chant sont souvent l'occasion pour un public déchristianisé de renouer avec les lieux de culte. À Sylvanès, dans l'Aveyron, l'abbaye cistercienne du xiie siècle laissée à l'abandon a été réhabilitée autour d'un projet musical doublé d'une hôtellerie. Depuis 1978, elle accueille un festival de musique sacrée qui attire des milliers de personnes, et propose des stages de formation vocale, de chant lyrique ou de polyphonie sacrée.

Une spiritualité à la carte

Les monastères et abbayes qui abritent des communautés religieuses sont aussi très sollicités. Deux guides leur sont consacrés : leGuide des monastèresde Maurice Colinon (éditions Horay, 19 euros) et leGuide Saint-Christophe(Malesherbes Publications, 19 euros). Pour aider les religieux à traiter ces nouvelles demandes, l'université catholique de Lyon vient d'ailleurs de monter une session de formation sur la gestion des maisons d'accueil et des centres spirituels.« Dans une société où l'on passe son temps à courir, les gens de prière et le rythme régulier de la vie monastique donnent l'impression d'avoir su résister à la dictature de la vitesse,indique Élisabeth Marshall, rédactrice en chef du mensuelPrier.Mais si les lieux de culte attirent autant de monde, c'est aussi que l'on y trouve de plus en plus de séjours à la carte, allant de l'hébergement avec ou sans accompagnement spirituel à la participation volontaire à la vie de la communauté en passant par des stages de développement personnel, puisque la psychologie a ouvert la voie à beaucoup de questions sur la spiritualité. Aujourd'hui, tout le monde peut trouver le séjour qui lui convient à partir du moment où l'on respecte un minimum de règles. »Aucun décompte précis n'est disponible, mais les publics les plus divers s'y côtoient donc : l'étudiant qui révise ses examens, le cadre stressé qui veut déconnecter ou l'écrivain qui prépare son prochain livre. Les repas, en général servis en commun, sont parfois préparés à partir de la production du domaine, conjuguant les tendances bio et terroir. Au total, une vie monacale dans sa version light, servie dans un cadre agréable et pour un prix modique, souvent autour de 30 euros par jour en pension complète.

Si certaines communautés sont plus sélectives, c'est justement parce qu'elles ne veulent pas passer pour un hôtel à bas prix.« D'ailleurs, nous n'en avons pas les infrastructures. Ici, chacun fait son lit, son ménage, doit assurer le service des repas et la vaisselle »,précise la soeur hôtelière de l'abbaye de Vézelay, dans l'Yonne, point de départ d'une des routes vers Compostelle. Dans cette abbaye disposant de 20 chambres, comme au Mont-Saint-Michel où seules 5 personnes peuvent être accueillies, la Fraternité monastique de Jérusalem « teste » les motivations de ses candidats.« Nous nous assurons que les gens ont une démarche spirituelle ou qu'ils sont en recherche de liturgie, même si la demande d'accompagnement est ponctuelle ou pas clairement exprimée. Souvent, elle ne se déclenche qu'en partant, au moment du règlement »,ajoute la soeur hôtelière.

Sur place, les communautés apprécient que les laïcs les ayant rejoint assistent aux offices, mais insistent surtout sur le respect du silence et de la vie monacale, ponctuée de prières.

À l'abbaye de Lérins, à trente minutes de bateau de Cannes et de l'agitation de la Côte d'Azur, certaines personnes sans doute mal aiguillées repartent au bout de deux heures.« En dehors de l'abbaye, il n'y a rien sur l'île, pas même un café »,s'amuse le frère hôtelier. Même l'ordre érémitique des Chartreux, qui n'admettait jusqu'à présent que les candidats à la vocation, s'est ouvert sur l'extérieur dans sa chartreuse de Sélignac. Depuis juillet dernier, elle est gérée par deux couples de laïcs dans le respect de l'esprit de Saint-Bruno.« Nous restons fermés aux visites, mais nous accueillons des retraitants, à n'importe quel moment de leur recherche spirituelle. Les retraites longues se passent dans le cloître dans un silence absolu, les retraites courtes dans la cour d'honneur, qui permet quelques échanges avec les frères. À l'avenir, nous espérons ouvrir l'hôtellerie, à l'extérieur du monastère, pour accueillir les familles avec enfants qui veulent faire des retraites. Mais seulement une par une »,tempère déjà Marika Thomas, responsable de la communauté Saint-Bruno à la chartreuse de Sélignac.

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