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Hôtesses

Toute ma vie j'ai rêvé...

08/04/2004

Les hôtesses de l'air et les pilotes de ligne exercent-ils toujours des métiers de rêve ? Le mythe a certes perdu de son éclat mais il perdure.

Que ferait Frank Abagnale, de nos jours, pour mener la grande vie et échapper aux filets du FBI ? Dans les années soixante, le jeune Américain se déguisait en pilote de ligne pour descendre dans les meilleurs hôtels des États-Unis, tomber les filles, inspirer confiance à « ses généreux donateurs » et filer entre les doigts de toutes les polices. À l'époque, travailler avec une casquette ailée épatait le sexe féminin. En 1965, Hélène Labourdette, la première héroïne de Jean Graton, le père deMichel Vaillant, rêve de devenir hôtesse de l'air pour s'émanciper et vivre sa vie comme elle l'entend !

Quarante ans plus tard, les icônes d'hier semblent passablement ternies. Dans son livreStupid White Men,Michael Moore tue la légende du play-boy pilote de ligne : s'il vole chez American Eagle, filiale d'American Airways, il gagne 16 000 dollars par an. Une fois déduits ses uniformes et les heures de vol nécessaires à l'obtention de sa licence professionnelle, il ne lui reste que 9 000 dollars, soit moins que le Smic français... Et encore peut-il s'estimer heureux : l'un de ses collègues, père de quatre enfants, ira quémander des bons de l'aide sociale. En l'apprenant, sa compagnie a immédiatement réagi par une note de service interdisant à ses pilotes pareilles démarches. Mais ce dernier n'avait plus d'autre choix que de se tourner vers la banque alimentaire. Heureusement, quelques pages plus loin, Michael Moore révèle qu'un commandant de bord long-courriers émarge à plus de 40 000 dollars annuels. L'honneur est sauf.« La paupérisation des pilotes de ligne est à relativiser »,tempère un dirigeant d'Air France.« Les salaires demeurent extrêmement attractifs, même s'ils ne sont plus ce qu'ils étaient »,poursuit-il. Bruno Doat, commandant sur Boeing 777 et chargé du recrutement des pilotes, admet que« le prestige des personnels navigants s'est amoindri »,qu'il s'agisse des commerciaux, comme les hôtesses et les stewards, ou, même si c'est dans une moindre mesure, des techniques, à savoir ceux des cockpits.

« Les pilotes ressentent leur métier comme beaucoup moins valorisé que par le passé. Ils ont l'impression qu'il s'est banalisé aux yeux du public »,ajoute-t-il. Entré dans la compagnie il y a bientôt trente ans, il a pu observer ce phénomène qu'il explique d'abord par une évolution de la notion de prestige :« Aujourd'hui, cette notion s'apparente davantage à la célébrité. D'autres métiers sont apparus et sont considérés comme plus prestigieux que les nôtres, car offrant richesse et renommée. »

Un mystère banalisé

En fait, personnels navigants commerciaux comme techniques sont victimes de la démocratisation du transport aérien. L'avion et son équipage ont perdu de leur mystère. Or sans mystère, le charme n'agit plus...« Lorsque l'on montre à des enfants un cockpit, beaucoup sont blasés parce qu'ils en ont déjà vu. Mais, pour d'autres, la magie, le mythe du vol restent intacts »,raconte Bruno Doat. Aussi, les réalités économiques ont rattrapé les compagnies aériennes, déjà ébranlées par les chocs pétroliers de 1973 et 1979. La déréglementation leur a imposé de se livrer à une concurrence sans merci, voire de quitter le giron de leur État d'origine. Avec, pour tous les salariés, la peur de se retrouver au chômage, idée inconcevable dans les années cinquante. Chez Air France, certains pilotes ont dû patienter trois ans, voire plus, comme mécanicien ou bagagiste avant de voler. La médiatisation de leurs déboires, ajoutée à divers mouvements de grèves, a fini par banaliser ces métiers.

Évidemment, tous ne sont pas logés à la même enseigne.« Le mythe de l'hôtesse de l'air demeure pour les vols long-courriers. Les hôtels sont toujours aussi confortables, même si les escales durent moins longtemps »,nuance Élisabeth, une jeune hôtesse d'Air France.« Le métier de pilote fait toujours rêver, même s'il est moins mythique qu'il y a trente ou quarante ans. L'accès à la profession demeure toujours aussi difficile »,insiste Bruno Doat.« Tout dépend de la compagnie. Être hôtesse chez Air France reste reconnu,martèle de son côté une chef de cabine.D'autres compagnies, plus petites, n'offrent pas les mêmes perspectives de carrière ou de rémunération, voire de variété pour les pilotes. »

Gaby a navigué pendant trente ans pour Air Afrique et a fini sa carrière comme chef de cabine. Lorsque sa compagnie a fait faillite en 2000, il a raccroché son uniforme« avec écoeurement ». « Ce métier ne fait plus rêver les jeunes, surtout pour être hôtesse ou steward. Ils fuient le transport aérien parce que le jeu n'en vaut plus la chandelle. Autrefois, les jeunes acceptaient ces risques parce que les compensations valaient le coup »,lâche-t-il.« Les cadences sont toujours plus élevées et les rotations toujours plus rapides,poursuit-il.Sur certaines compagnies africaines, il n'est pas rare de voir un équipage, pilotes compris, rejoindre l'Europe parmi les passagers et repartir vers l'Afrique dans le même avion, moins de trois heures plus tard. »

Quant aux passagers d'aujourd'hui, ils n'ont plus rien à voir avec les patriciens pétris de bonnes manières des années cinquante. Place aux touristes !« Ils nous considèrent comme des boys ou des bonniches. Et l'avouent sans honte »,affirme Gaby. Des mots qui reviennent régulièrement dans la bouche des hôtesses et stewards. Élisabeth raconte :« Souvent, j'ai l'impression d'être traitée comme une moins-que-rien par des gens qui ne connaissent pas les règles les plus élémentaires de la politesse, comme dire bonjour, merci ou nous regarder en face quand ils ont besoin de quelque chose. Il faut rester au-dessus de leurs réflexions. »Quant au respect des consignes de sécurité...« On a l'impression,ajoute-t-elle,d'être à l'école à toujours répéter les mêmes choses. Avec les bagages ou les téléphones, ils n'hésitent plus à mentir. »Une autre, Anne-Marie, se souvient d'un passager en classe affaires, l'appareil vissé à l'oreille en plein vol :« Il prenait souvent l'avion et se considérait comme chez lui. Comme tant d'autres, il m'a dit que l'avion, pour lui, c'était comme des fournitures de bureau. »Gare aussi aux mouvements d'humeur.« Leurs colères soudaines et leurs hurlements peuvent être déstabilisants. Certaines filles terminent le vol en larmes. Dans ce cas-là ou lorsque les passagers refusent d'appliquer une consigne de sécurité, il faut faire venir le commandant de bord. Sa seule présence suffit généralement à les calmer. Quand il décide de débarquer un passager, celui-ci devient tout penaud »,explique Élisabeth. L'interdiction de fumer à bord n'a pas non plus arrangé les choses.« Pendant longtemps, l'agressivité était vraiment palpable, même si aujourd'hui, elle s'est un peu atténuée »,se souvient Gaby. À ce sujet, beaucoup de compagnies aériennes planchent sur une adaptation des cartons jaunes et rouges que British Airways distribue à ses « hôtes » les plus récalcitrants.

La sélection et l'image

Des cadences de travail usantes, des passagers méprisants et des rémunérations qui ne sont plus ce qu'elles étaient : le job d'hôtesse n'a rien à voir avec le « métier ludique » défini en son temps par Christian Blanc, l'ex-patron d'Air France. Le recrutement de bons personnels navigants commerciaux devient de plus en plus dur. Même après le 11 septembre. Ceux qui reviennent des États-Unis sont frappés de voir des hôtesses de plus en plus âgées. Cette situation peut-elle toucher Air France qui, dans les années cinquante, se vantait de compter beaucoup de jeunes filles à particule parmi ses équipages ? Il y a quelques années, la compagnie nationale devait recruter 1 000 personnels navigants commerciaux par an. Elle ne pouvait plus se permettre d'être aussi sélective que par le passé. D'où l'idée de se tourner vers les banlieues défavorisées. Avec des résultats mitigés.« Un four complet »,tranche Gérard Seldzer, commandant de bord et président de l'Aéro-Club de France.« Aujourd'hui, nous payons les frais de cette politique. Il est très difficile de travailler avec un certain type de personnel, issu de milieux défavorisés, éprouvant les plus grandes difficultés à parler correctement. On est en face de problèmes d'attitudes, d'éducation et de comportements. »Une anecdote circule : un passager a demandé et obtenu plusieurs fois un verre d'eau. Il a fini par venir à bout de la patience de l'hôtesse qui s'est retournée vers lui en lui lançant :« Y va pas m'faire c... çuila avec son verre d'eau ! »Balayée l'image glamour de l'hôtesse longiligne, à la dentition parfaite et au chignon impeccable sous son petit chapeau aux armes de la compagnie, servant du champagne à un gentleman.

Pourtant, ouvrir le recrutement à d'autres profils a permis de découvrir« de véritables perles, des filles qui avaient vraiment envie de s'en sortir, vraiment motivées »,modère Élisabeth. Une preuve supplémentaire, selon Gérard Seldzer, que le métier fait encore rêver dans certains milieux ou pays du tiers-monde.« Au Vietnam et dans certains pays d'Asie, le prestige des hôtesses de l'air est intact. Ce qui permet aux compagnies asiatiques de recruter des filles exceptionnelles, diplômées d'études supérieures, voire issues de milieux très favorisés »,précise-t-il.« Dans d'autres contrées, cela reste souvent le seul modèle d'émancipation pour les jeunes filles »,insiste Bruno Doat. Jeunes filles que s'arracheront plus tard de grandes compagnies aériennes à la recherche d'hôtesses capables de s'adapter à la clientèle internationale de leurs vols long-courriers.

Pour encourager les vocations de steward ou d'hôtesse, l'Aéro-Club de France a mis en place un financement leur permettant de payer, en fonction de leurs ressources, le certificat de sauvetage sécurité. Avant d'organiser une cérémonie de remise de diplômes dans ses locaux, qui hébergèrent les pionniers d'Air France tels que Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet... des noms qui ont fait rêver, même si en France, les jeunes générations sont aujourd'hui beaucoup plus réalistes. Élisabeth, elle, n'a« jamais idéalisé ce métier avant de le faire. C'est parfois dur, mais plus rigolo que l'usine ! » « Les jeunes ne rêvent plus du tout,note Gérard Seldzer avec un sourire.Aujourd'hui, dès qu'ils font une heure de vol, ils la cochent dans leur Palm, pour savoir combien ils gagneront à l'euro près. Cela ne me serait jamais venu à l'idée il y a trente ans »,poursuit ce passionné, qui n'hésite pas à voler gratuitement pour Aviation Sans Frontières quand il peut« se rendre utile ». « Les idéalistes comme Gérard sont de plus en plus rares »,constate Bruno Doat. Avant de préciser :« L'argent ne doit pas être la principale motivation d'un candidat. Sinon, il passera à côté des autres dimensions de ces métiers, comme la magie du vol. »

Quant aux stewards, certaines hôtesses s'amusent de la gêne qu'ils peuvent éprouver à avouer leur métier.« Ils préfèrent dire " hôtesse de l'air ". »Un travail plus valorisant que celui de steward... Conclusion d'Élisabeth :« Si je dis seulement " hôtesse ", on va me prendre pour une standardiste. Mais quand je précise à un homme " hôtesse de l'air ", il devient plus intéressé ! »Certains mythes ont tout de même la vie dure...

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