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Beaux livres

La vogue des carnets de voyage

08/04/2004

Historiques, maritimes, exotiques, érotiques... Pas un éditeur qui n'ait lancé sa collection de carnets où textes et illustrations s'entremêlent.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage... Les globe-trotteurs ont toujours éprouvé le besoin de relater leurs aventures, que ce soit oralement, par écrit, par des dessins ou des photographies. Car le voyage est le mariage heureux d'un avant, d'un pendant et d'un après. Moyen de s'évader d'un quotidien morose ou simples souvenirs de moments exceptionnels, tendant d'ailleurs à se multiplier à l'heure de la société de loisirs. Jamais peut-être, les rayons des libraires n'ont été aussi riches en récits de voyage. Pas un éditeur qui n'ait sa collection. Carnets historiques, maritimes, exotiques ou érotiques, récits, confidences et coups de coeur, en bandes dessinées, illustrés d'aquarelles ou d'huiles, écrits à la plume, rares et précieux ou tout simples, sonores ou multimédia, d'ici et d'ailleurs, de son village ou de son quartier, etc.

« On dit que tout homme porte un livre en soi. C'est à peu près aussi vrai que bien d'autres lieux communs... Par malheur, la tentation de se raconter est irrésistible »,écrivait Groucho Marx dans sesMémoires capitales.Par bonheur, les voyages des grands écrivains et peintres ont donné naissance à des chefs-d'oeuvre et à de très beaux livres d'art : Nizan à Aden, Hemingway à Cuba, de Nerval en Égypte, Chateaubriand à Rome, Delacroix au Maroc, Loti en Perse... Ces oeuvres sont un éloge de la lenteur. Une manière de donner du temps au voyage pour laisser libre cours à l'imagination.

Sur la route de Marco Polo(Michael Yamashita, éditions Geo/Solar, 39 euros),Les Plus Beaux Manuscrits de Saint-Exupéry(Nathalie de Vallières, éditions de la Martinière, 45 euros) qui regroupent les souvenirs, lettres, dessins et photos du père duPetit Prince,ou bien même les aventures de Tintin sont, dans des genres différents, de formidables voyages autour du monde. Et une simple série de cartes postales, signée d'un graphiste de talent, devient le plus beau des souvenirs. Et que dire d'un voyage de noces ou du carnet d'un bébé écrit par sa famille ? Même une ligne de métro parisien peut inspirer un auteur : Pierre-Louis Basse a écritMa ligne 13(éditions du Rocher, 13,50 euros), souvenirs d'événements souterrains survenus au fil des années, entre Saint-Ouen et les locaux d'Europe 1, rue François-ier. Ou encore une croisière dans la baie d'Along, au Vietnam,Mon tour du monde à vélo(par Stéphane Régnier, éditions Michalon, 20 euros) et les carnets d'Odile Lepage et Hervé Touchard qui préparentÉquipage à trois, avec leur enfant Noé. Même Catherine Deneuve publiera prochainement le carnet de tournage de ses plus grands films (À l'ombre de moi-même,chez Stock).

Du génie sous la plume

La querelle byzantine, sémantique ou historique autour de la définition du carnet de voyage a été tranchée par Michel Renaud, fondateur en 2000 de la biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand (1).« Un carnet commence à partir du moment où coexistent au moins deux techniques : un texte bien écrit, des photos, des aquarelles, des collages qui en font une vraie oeuvre créative »,insiste-t-il en citant le navigateur et peintre Titouan Lamazou, qui a redonné ses lettres de noblesse au genre. Certes, cet art n'est pas nouveau, observe-t-il en faisant allusion aux orientalistes, mais« il rencontre un succès croissant grâce à la bande dessinée, qui a façonné l'oeil du lecteur autour d'une belle histoire racontée avec des illustrations ».D'ailleurs, la biennale a connu un tel succès qu'elle est la seule au monde à être devenue... annuelle. La prochaine édition se tiendra en novembre et rendra hommage à la grande voyageuse Ella Maillart qui professait :« Lire, lire, ça ne vaut rien, il faut aller voir. »Elle a lu, vu et écrit. La biennale 2004 montrera notamment un carnet retrouvé par des enfants dans le tiroir de leur arrière-grand-père.

Parmi les fidèles de la biennale, Jacques de Loustal, venu à ce style par la bande dessinée. Sa dernière en date :Rien de neuf à Fort Bongo(éditions Casterman, 12,50 euros) et déjà une trentaine d'ouvrages.« J'aime voyager, j'aime dessiner, je dessine quand je voyage, tout a commencé ainsi. Le carnet de voyage permet d'aborder des techniques très différentes, de découvrir des outils nouveaux, de dessiner en toute liberté en mélangeant les styles. J'écris et dessine une partie sur place, une partie le soir à l'hôtel et le reste au retour, car je voyage rarement plus de quinze jours »,confie-t-il dans son atelier au bord du bassin de la Villette, à Paris. Il ne se déplace d'ailleurs jamais sans un carnet, différent selon l'outil utilisé. Les carnets réédités de Van Gogh, en moleskine, sont parfaits pour le crayon. Le pinceau demande un papier très lisse. En Inde, il a découvert des cahiers blancs extraordinaires ; à l'île Maurice, le travail au pinceau.« Le voyage me permet d'être confronté à des paysages jamais vus qui me procurent une totale liberté et la jubilation de rapporter des images qui n'existent pas. Je suis un maniaque de l'image. Les textes viennent ensuite, en commentaire du dessin »,raconte-t-il, l'oeil pétillant, en évoquant avec gourmandise le voyage qui l'a le plus fasciné : les îles Marquises.« Je suis encore sous le charme, à cause de l'isolement total, de cette nature vierge, avec très peu de touristes, les rochers, un ciel gigantesque, la mer... »Jacques de Loustal en a ramené un reportage pour un hors-série deGeo, « Le Monde dessiné par les plus grands » et de merveilleuses images pour son dernier carnet, qui regroupe plusieurs destinations (Carnet de voyages, 2000-2002,éditions du Seuil, 23 euros). Il y a du génie sous la plume, le pastel, l'aquarelle, le feutre pinceau et le crayon de cet homme inspiré par Matisse, Gauguin, Modigliani, Hockney, les peintures africaines et haïtiennes naïves. Son bestiaire est un concentré de tous les chiens galeux du monde, de poissons-chats et d'oiseaux délicieux... Sur les plages du Sénégal, dans les ruelles de Cuzco ou en vacances en famille sur la presqu'île de Giens, il adore croquer les oiseaux car« ils permettent toutes les variantes de formes stylisées ».

Les éditeurs font leur miel de ces voyageurs inspirés. Le Seuil jeunesse publie de délicats livres d'enfants :Voyage au Portugal(11,45 euros) etVoyage au Sénégal(10,52 euros) d'Anne-Laure Witschger,Au bout, Parakoude Fred Bernard (23 euros),Familles du monde entierd'Uwe Ommer (20 euros), Prix de la presse des jeunes 2003.

Se réapproprier un voyage

Gallimard, qui a lancé sa collection il y a trois ans, en a publié une douzaine réalisés par des auteurs et illustrateurs différents. Les derniers :Sydney au fil de l'eaupar Olivier Balez et Florence Décamp (30 euros),Le Maroc sur les traces de Matissepar Claude Renard et Yves Vasseur (30 euros),Cambodge. Dans les rues de Phnom Penhpar Geneviève Marot (30 euros) etTitouan en Haïtipar Titouan Lamazou (30 euros), l'île incomprise où l'auteur a passé deux mois. Autre projet fou : l'éditeur a embarqué de grands écrivains, six illustrateurs et deux photographes dans un périple en mer de neuf mois autour de l'Afrique, avec des escales dans douze grands ports. Étaient du voyage, entre autres, Érik Orsenna, Jean-Marie Le Clézio, Jean Rolin et Marie Nimier. Ils sont revenus avecSillages d'Afrique(30 euros), leurs 20 000 milles d'aventure maritime et littéraire mis en images, etNouvelles d'Afrique(40 euros), un album de photos et de nouvelles sur chaque escale.

Quant à Flammarion, il a publié une trentaine d'ouvrages dontMes carnets de Venised'Isabelle de Borchgrave (25 euros), qui reproduit sa vision très personnelle de la cité des Doges avec des papiers artisanaux en trompe-l'oeil, etMes carnets d'Égyptede l'aquarelliste Florine Asch (24 euros). Horrible mais unique : la sortie en mai prochain desCarnets d'Amazoniede Claudie Baran, grand reporter dans une tribu d'aplatisseurs d'humains. Contrairement à ses prédécesseurs, elle n'a pas été aplatie et a pu coucher ses aventures sur le papier ! Pour Marie Mocquard, responsable de la communication de Flammarion, cette collection lancée il y a cinq ans dans le scepticisme général, proche du fac-similé avec une reliure en toile, est une sorte de« réappropriation individuelle du voyage, un substitut vécu de manière virtuelle d'une vie d'explorateur ».

Jean-Louis Dumas, président d'Hermès et militant d'une certaine éthique du voyage, a envoyé en expédition plus de 500 collaborateurs tirés au sort« à la découverte de la beauté du monde »,durant un an et par petits groupes. À leur retour, fin 2002, ils ont rapporté une« Odyssée ».

La mode est telle que Le Bon Marché a, l'an dernier, consacré une exposition sur le thème en conviant une dizaine d'auteurs à dévoiler leurs carnets d'errances intimes, « images singulières de déambulations, fragments d'impressions visuelles et tactiles aux routes multiples ». Quant à John Galliano, le créateur star de Dior, il confectionne des carnets qui nourrissent son inspiration. Chaque saison, la maison publie en exclusivité quelques photos dans un magazine de mode.Voguea retracé son voyage en Chine etElleen Inde.

Et puis, il y a les souvenirs que l'on rédige soi-même, accompagnés de photos, tickets d'entrée dans les musées, cartes postales, fleurs séchées et autres babioles, sur de simples cahiers d'écoliers ou des carnets commandés à Cassegrain, le papetier français de luxe : carnets de notes à la couverture en nubuck ou bien en cuir sur lequel est gravé « Notes de voyage » en or ou en argent. Le graveur du faubourg Saint-Honoré, fréquenté aujourd'hui par des esthètes dont Francis Huster et Michel Field, a eu pour cliente Colette, qui n'écrivait que sur son papier bleu foncé royal.

Enfin, les carnets de Louis Vuitton, publiés chaque année depuis dix ans sur une ville différente, sont de jolis objets vendus dans les 300magasins de la marque dans le monde. Bilingues, en anglais et en langue locale, ils donnent des repères illustrés d'aquarelles qui guident les pas du voyageur en mal d'inspiration. Le dernier,Beijing(Pékin en mandarin) est une invitation au voyage dans la capitale de l'empire du Milieu, illustrée par Sun Chuan. Le prochain sera consacré à Barcelone, la ville de Gaudí et deL'Auberge espagnole.

(1) www.biennale-carnetdevoyage.com.

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