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Petite laine

Des tissus bourrés de neurones

10/06/2004

Pendant que la mode emprunte la machine à remonter le temps, les fabricants de tissus des pays occidentaux innovent à tour de bras. Une façon d'enrichir leur offre d'une valeur ajoutée toujours plus créative, pour résister à la concurrence des pays émergents.

La recherche met les bouchées doubles dans le domaine des textiles. Et l'arrivée des « technologies propres » stimule la mise au point de nouvelles fibres à base de matériaux renouvelables. Fonctionnels, intelligents, communicants, antirisques, les tissus sont devenus actifs.« On assiste à une révolution technologique comparable à celle de l'informatique. Le textile constitue un lieu d'échange et de communication sans égal qui permet de mettre en oeuvre une chimie nouvelle, généralement associée à une technologie d'avant-garde »,observe Bruno Chevet, responsable recherche et développement à l'Institut français textile-habillement. Ces recherches au long cours demandent cinq à dix ans avant de se généraliser. Elles se font moins par ruptures que par améliorations successives.

Les neurones des professeurs Cosinus des nouveaux textiles fonctionnent donc à plein régime et des centaines de prototypes sont déjà sortis de leurs laboratoires. Partout dans le monde, des quantités de projets sont en cours de développement. Le sport, le sportswear, la mode en général et, au-delà, la sécurité, la médecine et la chirurgie sont devenus un gigantesque terrain d'investigation plein d'avenir.

L'intelligence textile se manifeste à la fois dans les fonctions et dans les aspects du vêtement. Côté fonctions, le studio créatif de France Télécom recherche et développement, cellule d'une cinquantaine de personnes (1), réalise à jet continu des « prototypes de concept » destinés à être portés ensuite par des industriels. « L'association du vêtement et de l'électronique est très innovante, elle permet d'offrir de nouveaux services utiles et originaux à nos clients. Son objectif final est de générer du trafic pour les services de France Télécom », explique Emmanuel Delfin, responsable projet des vêtements communicants, qui travaille avec des designers et créateurs de mode. Après le Modoo, un téléphone intégré dans un vêtement ou un accessoire, conçu avec le créateur Olivier Lapidus, pionnier en la matière, puis le blouson intégrant un téléphone GSM, le studio a mis au point, avec Electronic Shadow et le styliste Crstof Beaufays, l'écharpe multimédia, présentée en 2001 au Musée d'art moderne de New York. Ce long col amovible contient dans sa doublure un écran tactile, un téléphone et une caméra permettant de se connecter à Internet. Il permet aussi d'envoyer des mails vidéo, de communiquer en visiophonie, d'écouter de la musique ou de regarder un film. Autre concept, l'affichage lumineux obtenu par le tissage de fibres optiques avec des fibres textiles, pour faire ressortir la lumière sous forme de textes ou d'images animées. Cette technique a été utilisée par le soyeux lyonnais Cédric Brochier Soieries pour fabriquer le « tissu éclairant » d'une robe de mariée d'Olivier Lapidus. Le tisseur italien Zibetti e Orsini a réussi, lui, à tisser la lumière dans des robes en tissu Luminex breveté, qu'il confectionne sur mesure pour des clientes ou des créateurs.

Cybersoutien-gorge et petite-culotte interactive

Des tests en cours auprès des 16-25 ans pourraient déboucher sur la commercialisation, d'ici à 2005 du concept CreateWear dessiné par Elisabeth de Senneville. Son principe ? Un petit écran souple en couleur issu de la technologie sans fil Bluetooth, installé comme une décoration sur un tee-shirt ou une poche de blouson. Il transforme le vêtement en interface de communication. Ce type de vêtements permet d'envoyer le même message en même temps à toute une population, comme le personnel d'accueil de la SNCF, par exemple.

Philips Design, qui a créé en 2000 la première veste électronique en partenariat avec Levi's, cherche aussi à marier l'électronique et la mode. Nancy Tilbury, designer de mode, est chargée de faire descendre au plus vite les prototypes dans la rue. Ses deux axes de recherche majeurs ? La miniaturisation des technologies mobiles et les textiles conducteurs d'informations. Quant à O'Neill, fabricant de vêtements de sport, il s'est associé avec le fournisseur de semi-conducteurs Infineon, pour commercialiser à l'automne prochain The Hub, « la première veste de communication mobile et de divertissement », destinée aux amateurs de snowboard. D'autres recherches portent sur la lingerie : le cybersoutien-gorge, capable de surveiller le rythme cardiaque (projet du Massachusetts Institute of Technology) et la culotte interactive, dont Procter&Gamble posséderait les brevets. Mais personne, chez le géant américain des produits d'hygiène, ne confirme !

La douceur du coton alliée aux performances du synthétique

Si les petites-culottes deviennent intelligentes, côté tissus, tout ou presque semble désormais possible. Le dernier salon Première Vision, la Mecque des tissus d'habillement, qui se tient deux fois par an à Paris, a donné lieu à un festival d'innovations. Les tissus high-tech d'aujourd'hui mémorisent, résistent, se recyclent, sont bioactifs, manipulables, protecteurs, transporteurs, etc. Mieux, ils ont la douceur du coton avec les performances du synthétique, comme le tee-shirt Spring de Lafuma, en Nylon Supplex.« C'est dans les synthétiques et leur combinaison avec d'autres matières que l'on avance le plus »,explique Bruno Chevet. Ces progrès sont possibles grâce aux technologies du plasma, du greffage (qui accroche les molécules aux fibres) et des polymères conducteurs.

Les matériaux à mémoire de forme associant une fibre textile à un alliage de cuivre ou d'acier se souviennent de leur forme initiale et la reprennent dès qu'ils sont chauffés. Les fibres synthétiques polyester et polyamide, elles, n'étaient pas assez résistantes pour certains usages techniques. Elles ont été retravaillées pour devenir des para-aramides, ou polyamides aromatiques, comme le Kevlar de DuPont de Nemours ou la fibre Dyneema, la plus légère de sa catégorie, utilisée pour les gilets pare-balles. Pour répondre à la demande de tissus poids plume et doux, certaines microfibres chimiques défient les lois de la finesse en atteignant des masses linéiques de l'ordre de 1 gramme pour 10 kilomètres de fil. Une veste de golf lancée cet été par Polo Ralph Lauren est en tissu 3XDRY, breveté par le suisse Schoeller. Ultraléger, hydrophobe et antisalissant, il évacue la transpiration tout en étant imperméable. Ce même industriel a réalisé une veste de femme pour Porsche en soft shell, fibre offrant une protection légère. Il lance en juillet les premiers tissus à technologie NanoSphere, qui repoussent les taches de graisse, café, ketchup, vin rouge ou autres par un finissage inspiré du principe autonettoyant des feuilles de certaines plantes ou des ailes d'insectes.

Par incorporation de substances actives avant le filage, un textile peut devenir antibactérien, antimoisissure, antifongique, antiacarien -comme la fibre Noval Care pour moquettes que vient de lancer Rhodia -, antimoustique (dans un parasol), anti-UV ou antiodeurs. Et pour sentir bon, il suffit d'envoyer des « molécules cages » qui piègent les mauvaises odeurs ou d'enfermer un bon parfum dans une microcapsule qui libérera progressivement son contenu. Une technique en plein essor. Demain, la nanoencapsulation permettra d'ailleurs de diffuser toutes sortes de produits actifs...

Les textiles se chargent déjà de cosmétiques et, inversement, les cosmétiques prennent les textiles comme support : lingettes démaquillantes, patchs imprégnés de substances actives. C'est ainsi qu'ont été développés des tissus parfumés - par le français Verel de Belval et l'allemand Ploucquet - et des mailles hydratantes. Après les collants parfumés de Dim, Well lance la « première gamme de produits de beauté pour les jambes » et crée pour l'automne« Voile brillant, dont le fil bicomposant contient une poudre de cristaux réflecteurs de lumière utilisée en maquillage »,dixit Stéphanie Courtois, chef de groupe.

Rieter Perfojet (groupe Rieter), un fabricant de machines industrielles de l'Isère, leader mondial des technologies du non-tissé Spunlace (avec la machine Jetlace 3 000), a organisé en avril 2002 un défilé de mode avec des sous-vêtements et une robe de mariée de Nelly Biche de Bere éphémères. Le marché principal de l'entreprise, explique Laurent Jallat, responsable marketing, est celui des lingettes, qui représentent plus de 3,5 millions de tonnes par an.

Les tissus sont aussi hydrodynamiques : le Fatskin, maille extensible traitée aux résines fluorées et imitant la peau de requin, utilisée par Speedo dans une combinaison intégrale, a permis aux nageurs de haut niveau de gagner quelques centièmes de secondes. Les scientifiques ont percé le secret des teintes iridescentes des ailes de papillons et des plumes de certains oiseaux en découvrant des analogies entre les tissus et les ailes, entre les fils et les stries. De nouvelles fibres, colorées selon ces principes physiques, sont à l'étude.

Lin et ver à soie génétiquement modifiés

Les manipulations génétiques sont une autre voie d'exploration. Après le coton transgénique, qui a accru les rendements de 50 % en vingt ans, les chercheurs ont produit un lin dont le patrimoine génétique a été modifié pour renforcer sa résistance. L'Institut national de la recherche agronomique a réussi la transgenèse du ver à soie et a créé, après dix ans de recherches, des vers mutants vert fluo comme les méduses. Par le même procédé génétique, il semble possible de faire filer à un ver à soie un fil de soie d'araignée qui présente une résistance à la traction cinq à six fois plus forte que l'acier.

Pour créer de nouvelles fibres, la recherche s'oriente aussi vers d'autres sources de matières premières renouvelables. Cargill Dow, joint venture entre Cargill et Dow Chemical, le géant américain de la chimie, a investi 750 millions de dollars dans une usine au Nebraska qui produit de l'acide polylactique synthétique (PLA), obtenu à partir de la fermentation du sucre végétal du maïs ou de la betterave, donc écologiquement correct. Le SeaCell de l'industriel allemand Zimmer combine la cellulose avec des algues marines aux bienfaits thérapeutiques (anti-inflammatoires et hydratants pour la peau). Grâce au vêtement, va-t-on assister contre toute attente à la grande réconciliation de la chimie avec l'écologie ?

(1) Réparties sur quatre sites à Grenoble, Rennes, Lannion et Issy-les-Moulineaux. France Télécom recherche et développement compte 13 sites de recherche, dont 8 en France et 5 à l'étranger, le dernier étant en cours d'ouverture à Pékin.

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