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Déco

Vous avez un motif ?

02/09/2004

Après des années de purgatoire, le motif revient dans les intérieurs. Grâce aux styles et aux techniques librement travaillés, tout support peut être mis en scène pour devenir un élément de décoration.

Non, la fantaisie n'est plus ringarde. Après les pois et les rayures, voici les pivoines, dahlias, capucines, marguerites, orchidées, poissons, étoiles de mer, flamants roses, animaux exotiques, papillons, libellules, etc. Une nouvelle flore foisonnante et une faune renouvelée, tout aussi sympathique, entrent dans la maison. Les photos géantes de paysages pixellisés ou floutés mettent la nature mieux qu'à portée de vue : à portée de vie. La poésie se pare de mille et un dessins pour répondre à l'envie d'enchantement du quotidien. Ainsi, après des années de purgatoire, le motif fait un retour joyeux dans nos intérieurs. Comme le fut jadis l'Art déco, qui succéda au révolté Art nouveau, les nouveaux canons de la décoration sont emplis de charme, d'équivoque et d'une certaine élégance. Libres variations sur des thèmes, les motifs contemporains sont porteurs du dynamisme d'un « consommacteur » qui attend des designers une nouvelle créativité, rien que pour lui.

Le papier peint, ce cache-misère du temps qui passe, est à nouveau tendance. Pour preuve, chaque mois, des éditions des célèbres panoramiques de la manufacture Zuber, toujours en activité, se vendent aux enchères. Il y a un an, dix-sept lés de « Vues de la Grèce moderne, ou les combats des Grecs » sont partis à 26 000 euros.« Ces décors, créés au début du xixe siècle pour inviter au voyage et meubler les hôtels particuliers privés des portraits des ancêtres par la Révolution, reviennent au goût du jour »,confirme Frédérica de Bourquenay, qui dirige la boutique parisienne de Zuber, située boulevard des Filles-du-Calvaire. Parmi les clients des 100 000 références, dont certaines planches classées, proposées par Zuber : les Monuments historiques, des ambassades et de plus en plus de particuliers qui« ont envie de refaire des intérieurs plus chaleureux et plus traditionnels ». La fleur de lys, les dessins des xviie et xviiie siècles, les damassés et la traditionnelle toile de Jouy, avec ses angelots, ses scènes bucoliques et autres pastourelles reviennent sur les murs, avec un large choix de tissus assortis pour rideaux, coussins et courtepointes, vendus au mètre ou en « kit créatif ».

Un décor à son image

« On assiste à un phénomène curieux »,remarque Paul Jesslin, conservateur du musée du Papier peint de Rixheim, en Alsace, qui expose actuellement les grandes heures du genre au xxe siècle, de l'Art nouveau aux années pop.« La demande est très sensible chez les jeunes, nostalgiques des années soixante-dix. On trouve désormais du papier peint dans des bars et boutiques branchés, tout particulièrement en Allemagne et en Grande-Bretagne - où le Geffrey Museum expose les nouvelles tendances " Flock etamp; Rock " - ainsi qu'aux États-Unis, où les rééditions à l'ancienne n'ont jamais cessé. Mais en France, l'industrie ne suit pas. Peut-être parce que la distribution du motif demande du conseil »,ajoute Paul Jesslin. Un signe : Le Bon Marché propose à nouveau, depuis peu, les catalogues de papiers peints de la marque britannique Osborne etamp; Little, à poser en touches de quelques pans.

Alternative contemporaine au papier, le concept Vynil, imaginé par Stéphane Arriubergé chez Habitat, qui a fait dessiner une première collection par des designers comme Matali Crasset, Robert Stadler, le collectif Trafik et Christian Biecher.« Il nous fallait trouver un support qui offre des libertés inédites et permette le dessin de motifs muraux sans les traditionnelles contraintes du papier peint. Vynil utilise un support vinyle adhésif habituellement employé dans la signalétique. Il permet de reproduire soi-même son motif présenté sur CD-Rom, à la taille que l'on souhaite, de dissocier les parties et d'être actif dans la construction de son décor. C'est une solution très innovante dans laquelle le client est impliqué et s'approprie le dessin »,explique Stéphane Arriubergé.

Matali Crasset a dessiné une plante qui se développe par ramifications et floraisons successives. Trafik propose des formes et couleurs à agencer librement sur ordinateur. Robert Stadler a imaginé « Home Theater », soit deux rideaux symétriques à placer dans les coins d'une pièce.« Ainsi, notre vie domestique est littéralement mise en scène devant un public fictif. Ce transfert propose de réintroduire de manière contemporaine un élément de décor couramment utilisé autrefois, notamment dans les fresques de la Renaissance italienne, pour réaliser des ouvertures virtuelles »,précise Robert Stadler, qui édite également, avec son groupe des Radi Designers, « Wall Invader », un papier peint à motif floral vendu chez Colette avec un pistolet à fléchettes tampons pour y apposer des insectes ! La première collection Vynil, testée durant huit mois et vendue uniquement sur commande, a connu un succès tel qu'elle est commercialisée depuis début septembre dans tous les magasins Habitat.

Autre décor singulier : le poster photographique flou de la taille d'un mur.« La photo est à la mode, et traitée de cette façon, à l'échelle d'une pièce, elle est une manière humoristique de reproduire la nature en trompe-l'oeil »,observe Élisabeth Leriche,« capteuse de l'air du temps »qui a conçu l'espace « Esprint » pour le salon Maison etamp; Objet.« Objets imprimés de photographies, effets de découpe, accumulation d'impressions florales, nouvelles géométries, projections lumineuses... Le motif sous toutes ses déclinaisons donne de l'esprit à la maison, perçue comme un prolongement de soi. La parure et le recours à l'ornement permettent à chacun de tracer les contours d'un intérieur à son image et d'exprimer sa personnalité sur un mode ludique. Le motif réconcilie les antinomies de l'ombre et de la lumière, de la réalité et de l'illusion, de la modernité et de la tradition »,analyse-t-elle en observant le rideau-cloison des frères Bouroullec, fin comme un macramé, une table au crochet pour Moooi, les rééditions de rideaux à fleurs de Canovas ou de flamants roses et orchidées kitsch chez Cole etamp; Sun. Tout est bon pour apporter un supplément d'âme à la maison.

Laurent Le Mouël, directeur de la création de Promostyl, estime que l'engouement actuel pour le motif, le floral et le végétal rappelle plutôt l'Art nouveau du début du siècle dernier plutôt que l'Art déco lui succédant.« Ce qui me semble le plus intéressant dans le comportement du " consommacteur " d'aujourd'hui, qui revient au décoratif en puisant ses références dans le passé, c'est son intérêt pour l'ouvrage, le respect de l'intelligence de la main, de tous les savoir-faire oubliés de l'ère industrielle : le crochet, la dentelle, la tapisserie, la passementerie, les finitions raffinées d'un abat-jour ciselé, le verre tourné à la main. Et même les émaux ou l'étain, remis à l'honneur dans des formes qui rappellent la pureté de l'art roman »,observe-t-il.

Romantique, surréaliste, baroque ou gothique, le motif saisit tous les moyens possibles de pénétrer dans la maison. Il prend la forme d'un radiateur d'angle ciselé à volutes à la manière de Gaudi ou d'une chaise créée par Philippe Starck pour Xo, à coque polypropylène et assise imprimée d'un motif crocodile par héliotransfert, tous deux présentés au dernier Salon du meuble de Milan.

Des pâquerettes sur les tapis

Le motif apprivoise la dentelle pour décorer fauteuils, paravents ou tables basses.« J'ai voulu développer un concept très luxueux, très féminin, passerelle entre la mode et le design, comme une ligne de mobilier de haute couture, en jouant avec la légèreté, la transparence et le raffinement de la dentelle, qui offre un potentiel de création énorme,explique Olivier Guillemin, qui a créé avec Olivier Védrine la marque O.O. et lancé en janvier sa première collection.On peut tout faire avec la dentelle : la sculpter, la mélanger, la thermoformer, l'incruster. Sa légèreté devient lourde et sa souplesse dure, ce qui lui procure une sensualité qu'elle n'avait pas à l'origine. »Olivier Guillemin a passé un accord de partenariat avec Dacryl et le dentellier Solstiss pour ses premières oeuvres. Son paravent-sculpture peut être réalisé en dix versions différentes en changeant le motif et la couleur. Son prix, 1 800 euros, n'a pas rebuté une clientèle d'esthètes français et internationaux avant-gardistes.

Puisant dans ses racines provençales et les petites fleurs de ses chemisiers Liberty des années soixante-dix, Cacharel a lancé depuis un an une collection maison, signée Arnolfo di Cambio, qui juxtapose les imprimés sur les draps, serviettes de bain, coussins, nappes, assiettes, tasses, etc. Feuilles stylisées, cachemire, fleurs de jardin anglais et toile de Jouy habillent joyeusement la maison de savants mélanges assortis ou opposés.

Le motif, non content de s'être depuis longtemps glissé au fond de nos lits, se couche désormais à nos pieds et se met à table. Toulemonde Bochart fait pousser les pâquerettes, marguerites et anémones de Zofia Rostad sur des tapis de coton et aligne quelques joyeuses sardines de Barbara Léonard sur des tapis bleus et jaunes pour chambres d'enfants. Hilton McConnico fait se promener un chat sur un tapis dont« les petits bouts de laine vous chatouillent les doigts de pieds »,dixit le célèbre créateur touche-à-tout.« J'essaie donc de traduire le gazouillis de mes pieds en images joyeuses »,s'amuse-t-il.

Vent de gaîté sur l'histoire romaine

Sous l'influence de Laurent Buttazzoni, Jean-Charles de Castebajac, Christian Ghion, Kenzo et Yasmina Kossmann, la « Designers Collection » lancée en Europe par Tai Ping, marque chinoise de tapis contemporains et moquettes sur mesure haut de gamme, apporte une nouvelle richesse de motifs très originaux. Sa directrice artistique, Patricia Racine, qui a travaillé chez Kenzo, compte faire appel à des peintres pour créer des éditions limitées et faire mieux connaître la marque en Europe. Le modèle Ekko, signé Kenzo, s'inspire du tatami, sa version mini permet de jouer de libres associations et d'inventer sa propre combinaison.

Sur la table, les assiettes fleurent bon la nature stylisée dans un gigantesque rêve néoromantique de merveilleux. Gien réédite ses services à thèmes de chasse, avec campagnes et jardins imaginaires. Sa créatrice, Isabelle de Borchgrave, a peint en surimpression sur le décor « Oiseau bleu » des fleurs qui donnent à ce service ancien un air nouveau dans la pure tradition de la faïencerie.« Nous sentons très bien chez nos clients, même pour les listes de mariage, l'envie d'ambiances plus gaies, moins traditionnelles, y compris en mélangeant des décors différents »,observe Roselyne de Lucovitch, chargée du marketing.

Dans sa collection d'arts de la table, Christian Lacroix, de son côté, évoque les dînettes d'autrefois, avec une série de poupées semblant brodées sur la porcelaine. Sa dernière collection, « Les Mythologies », réinterprète les grandes figures antiques de l'Odyssée et de l'histoire romaine dans ses modèles : « Arlésienne et Gardian », « Espagnole et Toréro », « Pompéi et Herculanum ». Le motif sait faire du neuf avec du vieux.

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