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Cinéma

Mon salon est une star

02/09/2004

Louer sa maison ou son appartement pour le tournage d'un spot ou d'un film peut rapporter gros. À condition d'être conscient des risques du métier...

Chantal Hamaide est l'heureuse propriétaire d'une bâtisse au bord de l'Atlantique, dans les Landes. Sa demeure a tapé dans l'oeil des assistants de François Ozon, à la recherche d'une maison isolée. La fondatrice et rédactrice en chef du magazine de designIntramurosa accepté de la louer pour la durée du tournage deSous le sable. Non sans appréhension : dans quel état va-t-elle retrouver sa maison ? Si ce film cartonne au box office, ne risque-t-elle pas d'être envahie de curieux ?« Les décorateurs sont venus un matin, la veille du tournage, pour installer leur matériel et leurs accessoires. Après deux jours de travail, ils ont tout remis en état pendant une autre demi-journée. Rien n'était sali ni cassé. De vrais pros »,raconte-t-elle. Le loyer perçu lui a permis de financer quelques travaux de restauration. Et elle continue à profiter de son jardin en toute quiétude.« Les équipes des sociétés de production font souvent en sorte que les façades des maisons ou des immeubles servant de décor soient transformées par divers accessoires, ou que la manière de filmer ne les rende pas complètement reconnaissable. Dans le cas contraire, le propriétaire risque de demander un loyer astronomique, afin de dissuader les futurs tournages »,insiste Isabelle Rupied, cofondatrice avec sa soeur Nathalie Huet de l'agence Répertoire, qui met en relation cinéastes et particuliers.

Louer son appartement, son loft, sa maison de campagne ou son château à une équipe de tournage pour le cinéma, la télévision ou la publicité est sans conteste une bonne affaire.« Les propriétaires de villas, d'appartements ou de lofts ne viennent pas nous voir pour nos beaux yeux. Ils acceptent de louer leur maison parce qu'ils ont besoin d'argent pour aider leurs enfants, partir en vacances ou financer des travaux dans leur résidence secondaire »,poursuit Nathalie Huet, chez Répertoire. Quand ils ne sont pas sollicités directement par des professionnels, ils peuvent proposer leur logement à des agences comme Répertoire ou 20 000 Lieux, le leader de ce micromarché.« Nous recevons plusieurs dizaines de propositions par jour. Nous ne retenons que celles qui nous séduisent après les avoir visitées »,explique son fondateur, Nicolas Courson. Ceux qui s'adressent à lui doivent toutefois lui céder l'exclusivité des mandats. Une pratique qui agace Isabelle Rupied :« On ne peut pas formuler une telle demande lorsque l'on n'est pas assuré de garantir un minimum de revenus, comme dans une activité immobilière classique »,dénonce-t-elle.

Une cuisine de 35 m2 pour un gros plan sur une omelette

Le tarif syndical a de quoi allécher : 1 525 euros par journée de tournage, quelles que soient la superficie, la localisation ou le caractère exceptionnel du décor. Soit le loyer mensuel d'un studio dans le xvie arrondissement de Paris ! Sans oublier les jours nécessaires à l'installation du matériel et à la remise en état des lieux, facturés la moitié de ce prix.« Certaines régions comme l'Île-de-France ou la Côte d'Azur tirent les tarifs vers le haut »,précise Nicolas Courson. Dans tous les cas, cet argent est assimilé à un revenu immobilier et doit être déclaré comme tel sur sa feuille d'imposition.

Même si la Belgique ou les pays de l'Est proposent des conditions financières défiant toute concurrence, la déflation ne menace pas les particuliers. Il n'y a que les agents pour s'inquiéter de cet exode des professionnels vers des cieux plus cléments. Isabelle Rupied veut rester optimiste :« Ces nouveaux venus dans l'Union européenne ont vocation à s'aligner sur nos standards. Leurs prix finiront bien par remonter un jour. »Les pouvoirs publics semblent prendre conscience de ce phénomène, commencé bien avant le tournage de la vie de Colette à Vilnius. Selon Nicolas Courson, Jean-Paul Huchon lancerait prochainement« un plan très ambitieux, doté de moyens considérables », pour relancer l'attractivité de la région Île-de-France dans ce domaine.

Mais pour figurer dans le fichier des agences comme Mire, 20 000Lieux ou Répertoire, le propriétaire doit répondre à quelques conditions. S'il n'existe pas de définition stricte de la maison idéale, quelques critères demeurent intangibles.« Il faut une surface minimum pour accueillir jusqu'à quarante personnes, voire plus ! En dessous de 100 m2, il est difficile de tourner confortablement »,insiste Nathalie Huet. Sans compter les exigences de certains réalisateurs de publicités, qui demandent« une cuisine de 35 m2 pour faire un gros plan sur des mains battant une omelette ! »,sourit-elle. Ensuite, il faut tenir compte de l'accessibilité des lieux, à savoir la possibilité de garer les camions de la production dans la propriété ou sur la voie publique. À Paris et en proche banlieue, les riverains deviennent de plus en plus exigeants et n'hésitent plus à faire pression sur leur mairie pour interdire toute manifestation de ce genre. Il est désormais impossible de tourner dans le ixe arrondissement parisien !

L'agence se chargera d'obtenir toutes les autorisations administratives indispensables et elle s'assurera également qu'aucuns travaux de voirie ne sont prévus avant ou pendant le tournage. Par ailleurs, quelques précautions s'imposent : ne vous lancez pas dans cette aventure les yeux fermés. N'oubliez pas par exemple de prévenir EDF, si l'agence ou l'équipe de tournage ne l'a pas fait. Et ce, pour deux raisons : éviter qu'une installation trop vétuste saute après le branchement de tout le matériel de la production ou que votre facture n'explose...

Voisins jaloux

Quant à vos objets et meubles signés, n'hésitez pas à les mettre hors du champ de la caméra. Cette précaution vous évitera un procès de la part des ayants droit de l'auteur de ces oeuvres. Toute la profession frémit encore de la campagne publicitaire de l'horloger Patek Philippe « invitant » une chaise Le Corbusier dans l'un de ses spots sans que les descendants de l'architecte en soient avisés... Au final, l'horloger a dû leur verser de solides dédommagements.

Une fois toutes ces conditions réunies, le propriétaire (ou le locataire) du bien et la production doivent signer trois documents indispensables : un contrat fixant les droits et obligations de chaque partie, l'attestation d'assurance du tournage, et surtout un état des lieux. Cette dernière pièce devient indispensable en cas de dommage subi pendant le tournage. Hugo Rubini, directeur de l'agence de courtage d'assurances Rubini etamp; Associés, conseille de l'établir en présence d'un huissier de justice,« afin d'éviter toute contestation possible a posteriori ».

Le premier tour de manivelle n'est pas encore donné que les ennuis peuvent commencer. Nathalie Huet prévient :« Cela représente une galère infernale de voir une équipe de tournage débarquer chez soi, surtout lorsque l'on a des enfants ou un mari qui rentre le soir fourbu après une journée de travail. »On doit sans arrêt slalomer entre les projecteurs, les caméras, les preneurs de son, les assistants, les figurants... Dorothée, qui a l'habitude de prêter sa très jolie maison des bords de Seine à des agences de publicité ou pour le cinéma, conseille aux candidats« de ne pas être maniaque. Il faut penser à demander un calendrier d'occupation précis, avec les heures d'arrivée et de départ, et enfin il faut rester zen ». Quant aux voisins, leurs sentiments oscillent entre la jalousie, la curiosité et l'agacement :« Ils s'imaginent voir débarquer des stars, que je gagne des fortunes en me tournant les pouces et se plaignent des allées et venues et autres tracasseries. Certains sont prêts à aller jusqu'au conflit pour gratter un peu d'argent »,prévient-elle.

Rassurez-vous, l'écrasante majorité des tournages se déroule sans heurts. Dorothée sourit en rappelant qu'elle doit« souvent prévoir de fournir des ciseaux et autres outils courants oubliés ». Hormis ces étourderies, les équipes de production débarrassent le plancher en laissant les lieux aussi propres qu'ils l'étaient à leur arrivée. Hugo Rubini et les agences s'efforcent de sélectionner les maisons de production les plus sérieuses. Toutes jurent la main sur le coeur ne pas travailler pour des films à caractère pornographiques, qui« ne respectent rien, saccagent tout ». Ou suivre de très près les réalisateurs débutants, afin de prévenir tout dommage. Cependant, une telle éventualité doit être envisagée.

« Il faut distinguer ce qui relève de l'usure normale liée au tournage et les dégâts exceptionnels »,nuance Dorothée, qui affirme n'avoir jamais sollicité son assurance, même après le bris de son portail.« Quand ma maison accueille quarante personnes qui vont d'une pièce à l'autre, mes parquets et mes escaliers souffrent. Il y a toujours quelques brûlures de cigarettes sur les tapis. De même, le scotch double face qu'emploient les techniciens arrache toujours quelques pastilles de laque sur les murs. Tout cela fait partie des risques que l'on accepte de prendre »,poursuit-elle. Hugo Rubini a décidé de sensibiliser ses clients en instituant« une franchise de 762 euros. En deçà de ce montant, les dégâts sont à leur charge. Au-delà, ils sont couverts par leur compagnie d'assurance. »Tout comme 20 000Lieux et Répertoire, il reconnaît avoir souvent affaire à des particuliers« saisissant l'arrivée d'Hollywood chez eux comme une aubaine pour se faire payer les nouvelles peintures du salon, en pointant une toute petite tache sur un mur ».

Un bon argument de vente

Nathalie Huet rappelle encore une fois l'importance de l'état des lieux. Avec un bémol, comme le souligne Nicolas Courson :« Il est pour le moins difficile à établir dans un château de 2 000 m2 habitables ! Certaines choses peuvent être facilement oubliées. Mais, dans la majorité des cas, il protège les deux parties. »D'un air las, il raconte son pire souvenir, le vol de CD dans un superbe appartement parisien :« Nous ne les avons jamais retrouvés. L'assureur a remboursé le propriétaire. Qui n'a plus jamais voulu prêter son logement. »De son côté, Hugo Rubini précise aussi qu'il doit régler« des vols de portables et d'autres matériels professionnels sur les lieux de tournage... »Et de conclure :« Il est difficile de faire la part des choses entre les gens honnêtes et ceux qui ont une moralité plus flexible. »

Malgré tous ces désagréments possibles, louer son appartement à une équipe de tournage demeure avantageux pour les propriétaires. Ne serait-ce que lorsqu'ils songent à revendre leur bien. Flairant une opportunité, Nicolas Courson a décidé de doter 20 000 Lieux d'un département « transactions » afin de mettre en relation vendeurs et acheteurs potentiels !« Ma précédente maison s'est très bien vendue pour cette raison. Le bouche à oreille a fonctionné en ma faveur »,s'amuse Dorothée. Elle n'est pas la seule à évoquer une belle affaire, même quand l'appartement a abrité un film « rose ».

Mais, pour éviter toute mauvaise surprise liée à une modification de dernière minute (!) du scénario, mieux vaut sympathiser d'emblée avec le régisseur. Pour rester bien informé et éviter la mésaventure d'un certain curé de campagne. Son église devait abriter une simple messe, qui s'est transformée en orgie...

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