
SOMMAIRE DU DOSSIER :
ESPRIT CHIC ET VIEILLES DENTELLES
VIVE LE NOIR ET BLANC !
TOUT CE QUI BRILLE EST D'OR
ÉDITORIALISTE BAROQUE
MIAM-MIAM : Macaron attitude
LE TRÉSOR CACHÉ DES PETITS SENT-BON
Com'à table
RÉDACTRICE RECONNECTÉE
LE POIDS DU LUXE
Mon parfum et moi
GRAPHISTE NOMADE
L'IMPORTANT, C'EST LE ROSE
LA FOLIE DU VINTAGE
À l'est, l'Eden
PINAULT PAIE POUR L'ART
La vie aux Champs
Trop haute couture
Stars, je vous aime
Rêves d'ados
LA VIPMANIA, NOUVEAU LUXE DES JEUNES BRANCHÉS
25/11/2004 - Ne jetez surtout plus vos vieilles robes ! Certaines d'entre elles, celles des grands couturiers, pulvérisent des records dans les salles des ventes.
Vingt-cinq mille cinq cents euros, c'est le prix auquel a été adjugée le 5 juillet dernier une robe en satin ivoire de Christian Dior millésime 1949 pour un musée étranger. Le 1er octobre, une robe en lamé or de Madame Grès est partie à 3 600 euros, soit trois fois son prix estimé, sous le marteau de Pierre Cornette de Saint Cyr. Elle constituait la pièce maîtresse de la vente expertisée par Dominique Chombert et Françoise Sternbach, les deux expertes de la couture considérée comme l'un des beaux-arts.
Chaque année depuis sept ans, leur cabinet organise, avec l'étude Cornette de Saint Cyr, plusieurs ventes aux enchères publiques de garde-robes haute couture et vintage, dont l'une est spécialisée dans les produits Hermès. Ces ventes sont devenues le rendez-vous des collectionneurs, musées, particuliers et marchands à la recherche de pièces rares. Des records de prix y sont pulvérisés par des pièces sorties de greniers à l'occasion d'un déménagement ou d'une succession, et qui seraient parties à la poubelle sans la vigilance des deux expertes. Françoise Sternbach a ainsi sauvé des robes extraordinaires d'Elsa Schiaparelli et de Madeleine Vionnet, dont un modèle datant de 1935 a été adjugé 32 000 euros il y a un an.
Comme pour les peintres, les périodes les plus inspirées des créateurs sont les plus recherchées et les plus chères : les collections des riches heures d'Yves Saint Laurent, inspirées par Matisse, Mondrian, Léger ou Picasso, ou celles des dix années de création de Christian Dior (de 1947 à 1957). Et comme les vins, le vintage est à consommer après bonification en fonction des modes du moment.« Les couturiers mettent en scène leur époque. Je vends leurs créations avec autant de plaisir et de respect qu'une oeuvre d'art »,aime à dire Pierre Cornette de Saint Cyr.« Nous avons donné une pérennité à un produit de consommation en faisant ressortir son savoir-faire »,ajoute simplement Françoise Sternbach.
Dans le filmMoulin Rouge,Nicole Kidman porte une robe des années soixante-dix. Pour la remise de son Oscar, Julia Roberts a choisi Valentino. Vanessa Paradis, elle, préfère les années trente. De leur côté, Gwyneth Paltrow, Demi Moore, Stephanie Seymour et Madonna adorent porter des vieilles dentelles, moyen assuré pour elles de se distinguer.« Avec une robe haute couture ancienne, une star est certaine de porter une pièce unique »,remarque Françoise Sternbach, qui observe que beaucoup de stylistes démontent des vêtements anciens pour s'en inspirer.« Les jeunes adorent les fourrures tachetées, panthère ou jaguar, en étoles ou boléros typiques des années soixante-dix »,s'amuse Dominique Chombert, fille du célèbre fourreur qui habilla les stars de l'époque. Quant aux hommes, ils raffolent des costumes seventies.
D'où le développement de tout un commerce du vintage, avec ses marchands spécialisés et ses boutiques. Nombre de sacs Hermès « hérités d'une grand-mère » ont en réalité été achetés en salle des ventes, à un prix voisin du neuf. Il faut par exemple compter 4 800 euros pour un sac Kelly, 7 500 euros pour le même en crocodile. Un comble quand on sait que cet objet culte est né sous le crayon du patron d'Hermès dans les années trente, mais n'a connu la gloire qu'en 1956, lorsqu'il apparaît dans la main de Grace Kelly. Un succès qui ne se dément pas aujourd'hui, puisque les grands créateurs s'amusent encore à le réinventer, au fil des collections.