
SOMMAIRE DU DOSSIER :
ESPRIT CHIC ET VIEILLES DENTELLES
VIVE LE NOIR ET BLANC !
TOUT CE QUI BRILLE EST D'OR
ÉDITORIALISTE BAROQUE
MIAM-MIAM : Macaron attitude
LE TRÉSOR CACHÉ DES PETITS SENT-BON
Com'à table
RÉDACTRICE RECONNECTÉE
LE POIDS DU LUXE
Mon parfum et moi
GRAPHISTE NOMADE
L'IMPORTANT, C'EST LE ROSE
LA FOLIE DU VINTAGE
À l'est, l'Eden
PINAULT PAIE POUR L'ART
La vie aux Champs
Trop haute couture
Stars, je vous aime
Rêves d'ados
LA VIPMANIA, NOUVEAU LUXE DES JEUNES BRANCHÉS
25/11/2004 - Ou comment une industrie au bord de l'agonie il y a trente ans a réussi à s'imposer sur les podiums des plus prestigieux couturiers.
La dentelle est une écriture sans laquelle je n'ai jamais fait aucune collection »,confie Christian Lacroix, qui a récemment exposé au Musée des beaux-arts et de la dentelle d'Alençon ses dix-sept ans de modèles haute couture. Le point d'Alençon, merveille de l'artisanat normand, a son équivalent industriel à Caudry, non loin de Calais, dans le Nord. Plusieurs centaines de métiers à tisser du xixe siècle y perpétuent un savoir-faire typiquement local puisque la région compte 90 % du parc mondial de machines. Et jusqu'ici, toutes les tentatives de délocalisation ont échoué. Mieux : une marque populaire comme Kookaï, qui fait confectionner ses vêtements en Chine, y importe la dentelle de Calais pour agrémenter ses modèles.
La plus belle dentelle du monde a pourtant failli disparaître en 1962, après un coup terrible porté par le pape, qui supprime le port obligatoire de la mantille pour les femmes pendant la messe dominicale. Puis Courrèges et sa mode de l'uni - tout le contraire de la dentelle, par définition trouée, travaillée et colorée - lui assènent un nouveau coup dur. Elle doit son salut au boom des grands mariages américains des années soixante-dix qui a permis, de mois en mois, de faire tourner les métiers, puis à l'intérêt des Japonais, de Chantal Thomass et de Karl Lagerfeld. Et surtout, au regroupement, il y a trente ans, de quatre tisseurs de Caudry autour de la marque Solstiss.
Très vite, les quatre compères ouvrent un showroom à Paris, créent une filiale aux États-Unis, prennent contact avec les grands couturiers et créateurs de prêt-à-porter, exportent dans le monde entier, d'où ils rapportent textures, idées et modèles. La marque investit dans la communication : une exposition au Carrousel du Louvre en 2002, une autre aux Galeries Lafayette Haussmann l'an dernier avec le « Tout-Paris des créateurs ». À raison de 6 000 mètres tissés chaque jour, Solstiss, 22 millions d'euros de chiffre d'affaires, 250 employés, exporte 92 % de sa production dans 65pays et représente 30 à 35 % du marché mondial de la dentelle haut de gamme pour les robes. Dernier coup d'éclat en date : un reportage dansCapital, sur M6.
« Aujourd'hui, la dentelle fait un retour triomphal dans la mode grâce à la féminité, la légèreté et la transparence de cette matière qui permet, plus que les tissus lourds, mille et une élégances dans l'air du temps »,observe Hervé Protais, associé et directeur commercial de la société. D'où la capacité de Solstiss à proposer sans cesse de nouvelles prouesses à ses prestigieux clients : Chanel, Valentino, Rochas, Escada, Dolce&Gabbana, Elie Saab. à l'heure où les fabricants de tissus souffrent de la concurrence asiatique et où les créateurs cherchent à nourrir leur imagination, la dentelle se vend comme la matière de tous les possibles, des robes romantiques aux créations métallisées et déjantées des stylistes les plus novateurs du moment.
Avec la haute couture comme vitrine, cette matière, dont des fragments ont été retrouvés dans des sépultures égyptiennes du début de notre ère, est forcément de toutes les montées de marches. La preuve : Maggie Cheung, Prix d'interprétation féminine du dernier festival de Cannes, portait une robe de Sonia Rykiel tissée par Solstiss.