
SOMMAIRE DU DOSSIER :
COMMENT LES GUIDES ONT ENDIGUÉ LA VAGUE
Mamie fait du trekking
UN PREMIER DE LA CLASSE MENACÉ
D'un château l'autre
Robert Louis Stevenson fait des (é)mules
Lieu de vie
PP : PROSPECTIVISTE POSSÉDÉ
Les derniers baroudeurs
DAI : DIRECTRICE ARTISTIQUE ILLUMINÉE
CF : CHRONIQUEUSE FLAMBEUSE
Ouest
LA LUNE DE MIEL SE NOMADISE
L'ALGÉRIE ENTROUVRE SES PORTES
Sud
L'E-TOURISTE VEUT VOYAGER À LA CARTE
Est
LE MAINTIEN DE L'EMPIRE AMÉRICAIN
Nord
HÔTELS ET RESTAURANTS TOUTES GRIFFES DEDANS
Les 4 points cardinaux du design
LE MONDE À LIVRE OUVERT
Saison creuse
LE TOURISME CULINAIRE FAIT RECETTE
Les baby-entrepreneurs du commerce équitable
31/03/2005 - Sans Internet, les éditeurs de manuels touristiques auraient pu difficilement être réactifs après le tsunami du 26 décembre dernier. Non contents de limiter leurs reports d'édition et rappels d'exemplaires, ils se sont fait un devoir d'inciter leurs lecteurs à ne pas abandonner les pays touchés par la tragédie.
Avant de raconter comment Lonely Planet a réagi à la catastrophe qui a frappé l'Asie du Sud le 26 décembre dernier, Christophe Corbel, l'un des responsables de l'éditeur en France, est resté longtemps silencieux. Ensuite, sa voix était chargée de remords :« Nous étions fermés entre Noël et le jour de l'An. Je suis rentré à Paris le 3 janvier. Heureusement, nos collègues anglo-saxons, en particulier australiens, étaient là. Notre présence sur tous les fuseaux horaires nous a permis de réagir immédiatement sur notre site, pour faire passer quelques messages et indiquer que nous ne disposions pas d'informations dans l'immédiat. Nos correspondants et mes amis sur place ont réussi à entrer en contact immédiatement avec nous, pour un premier état des lieux au début de janvier ».Quand on lui demande, quelques semaines après cette tragédie, comment il compte réactualiser les éditions de ses guides, la prudence est de mise, tout comme chez ses confrères de Hachette (qui édite les guides Bleus, Bleus évasion et Voir), Gallimard, Le Petit Fûté, etc.« C'est encore un peu « chaud » pour répondre à cette question aujourd'hui,note-t-il.On laisse un peu les choses se reposer. Il est difficile de faire une actualisation dans l'immédiat, car cela bouge encore sur le terrain. On va attendre quelques mois ou quelques semaines. »
Tous ou presque ont dû improviser face à la tragédie.« Je me trouvais à Bali le 26 décembre. J'ai pu rentrer par le premier avion grâce à l'agence de voyages d'un copain qui habite sur place »,raconte Philippe Gloaguen, fondateur des guides du Routard. Comble de malchance, toutes les éditions en vente à l'époque étaient arrivées dans les rayons des libraires à l'automne, période où la saison touristique bat son plein, jusqu'en mars ou avril, dans l'océan Indien. Entre l'envoi d'équipes sur place et la parution d'un guide, il s'écoule au moins un an. Dans ces conditions, il était difficile de réactualiser les ouvrages du jour au lendemain.
Pêche aux informations
Heureusement, leurs sites Internet ont permis aux éditeurs de répondre présent aux demandes des proches de touristes partis en Inde, en Thaïlande, en Indonésie, aux Maldives ou au Sri Lanka pour passer Noël au soleil. Ainsi, Hachette a pu mettre en ligne ses premières données, très vagues, dès le 27 décembre. Les forums ont-ils été submergés ?« Ce n'est pas le mot. Il s'agissait surtout de réactions et de témoignages de gens qui se trouvaient sur place ou à proximité des lieux touchés par le raz-de-marée »,se souvient Jean-Paul Labourdette, cofondateur et éditeur du Petit Fûté.« Nous avons ouvert un forum sur notre site lonelyplanet.com deux jours après le tsunami, pour mettre en contact les voyageurs avec leurs proches, leur éviter de se rendre sur place et de se lancer dans des recherches aléatoires »,raconte Christophe Corbel. Depuis, la rubrique « Tsunami updates » continue à diffuser informations et conseils.
Alimenter la Toile d'informations fiables dans un délai aussi bref relevait de la gageure.« Début janvier, personne n'était en mesure de faire un état des lieux précis dans un laps de temps aussi court, aussi bien nous que nos envoyées sur place, correspondantes de RFI, en Indonésie et en Thaïlande,explique Jean-Paul Labourdette.D'ici un mois ou un mois et demi, nous aurons une idée un peu plus précise de ce qui est détruit durablement, de ce qui pourra être reconstruit assez vite. »Les éditeurs s'appuient sur les informations des agences de presse, des voyagistes, sur des témoignages de survivants... Et doivent compter avec le contexte politique local. Ainsi, le gouvernement de l'Inde, dont le sud de la côte orientale a pourtant été ravagé par le tsunami, s'est borné, en guise d'informations, à vanter l'envoi de renforts et de matériel chez ses voisins...
L'intérieur épargné
Internet a surtout permis aux uns et aux autres de marteler le même message humanitaire :« Une dizaine de jours après la catastrophe, Joe Cummings, l'auteur de notre guide sur la Thaïlande, a pu effectuer un survol en hélicoptère de ce pays,poursuit Christophe Corbel. Et obtenir une première estimation des dégâts. Dans son texte, il rappelait à nos clients notre responsabilité dans la lutte contre le second effet tsunami : éviter que les touristes fuient des pays qui ne vivent presque que de l'activité touristique. »Dans la foulée, les sites rappelaient une évidence : l'intérieur des pays touchés avait été épargné par le tsunami. Une raison supplémentaire de ne pas délaisser ces destinations.
L'utilisation du Web a logiquement permis aux éditeurs de s'affranchir de contraintes logistiques et industrielles, donc financières, très lourdes : sans la Toile, il aurait fallu rappeler tous les titres en vente chez les libraires ! Hachette reporte à juin prochain la parution de la nouvelle édition de son guide sur l'Inde du Sud, après modification d'une trentaine de pages sur 500. Pour le guide sur la Thaïlande,« nous allons insérer un encart de quatre pages dans les réassorts que commanderont nos libraires »,indique l'éditeur. Chez ses concurrents, les futures éditions et mises à jour attendront l'automne prochain.« La " date de publication " devient de plus en plus un concept marketing pour allécher le lecteur. Elle ne correspond pas toujours à la collecte de l'information. La date initiale de publication inscrite sur nos livres sera la même. Nous ne la changeons que lorsque l'intégralité du guide est modifiée. Ainsi, pour le guide sur l'Inde, nous garderons " janvier 2004 ", puisque les modifications ne porteront que sur quelques pages »,précise Christophe Corbel.
Quant à savoir si cette catastrophe entraîne un préjudice commercial, la question fait bondir Philippe Gloaguen :« Je me fiche de savoir si je perds de l'argent,s'emporte-t-il.J'ai failli perdre un très bon copain et toute sa famille en Indonésie. »La situation n'a rien à voir avec celle qui avait suivi les attentats du 11 septembre 2001 :« New York ne vit pas que du tourisme. Nous avions interrompu immédiatement l'impression du guide concerné et nous avions préféré observer une période de deuil de trois mois »,explique l'éditeur.« Nous ne constatons pas d'écroulement majeur des ventes comparable à celui qui a touché nos titres sur l'Afrique du Nord après les attentats contre les Twin Towers »,indique-t-on chez Hachette. Tout en rappelant qu'en Asie, le tourisme repartait tout juste depuis un an, après l'épidémie de grippe aviaire.

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