
SOMMAIRE DU DOSSIER :
COMMENT LES GUIDES ONT ENDIGUÉ LA VAGUE
Mamie fait du trekking
UN PREMIER DE LA CLASSE MENACÉ
D'un château l'autre
Robert Louis Stevenson fait des (é)mules
Lieu de vie
PP : PROSPECTIVISTE POSSÉDÉ
Les derniers baroudeurs
DAI : DIRECTRICE ARTISTIQUE ILLUMINÉE
CF : CHRONIQUEUSE FLAMBEUSE
Ouest
LA LUNE DE MIEL SE NOMADISE
L'ALGÉRIE ENTROUVRE SES PORTES
Sud
L'E-TOURISTE VEUT VOYAGER À LA CARTE
Est
LE MAINTIEN DE L'EMPIRE AMÉRICAIN
Nord
HÔTELS ET RESTAURANTS TOUTES GRIFFES DEDANS
Les 4 points cardinaux du design
LE MONDE À LIVRE OUVERT
Saison creuse
LE TOURISME CULINAIRE FAIT RECETTE
Les baby-entrepreneurs du commerce équitable
31/03/2005 - Les touristes français auraient pu bouder les États-Unis au profit du Canada et du Mexique. Il n'en a rien été. Conscients de l'irrésistible pouvoir d'attraction de leur voisin, ces deux pays ciblent une clientèle différente.
L'incident est passé inaperçu. Lors d'un voyage de presse aux États-Unis, au printemps 2003, quelques journalistes français ont connu un problème de visa à leur arrivée dans un aéroport de l'Ouest. La réplique des douaniers ne s'est pas fait attendre : une fouille à corps en règle avant l'expulsion par le premier avion... Pareille indignité (ou excès d'orgueil) peut expliquer l'aversion qu'inspirent les États-Unis à certains.« On constate un véritable rejet de l'idéologie et de la société américaines chez une partie des moins de 30 ans, qui refuse absolument de s'y rendre. C'est la première fois que nous observons un tel sentiment, qui s'apparente à un boycott,s'inquiète Philippe Rochette, porte-parole de Nouvelles Frontières.Il est heureusement très minoritaire. »
Hormis cet épisode regrettable, de l'avis des voyagistes, la plupart des touristes français qui se rendent aux États-Unis sont plutôt bien accueillis. Éric Savournin, de la Maison des États-Unis, se souvient même d'une escale à Houston :« Je lisais un journal français. Des gens sont venus à moi pour me remercier de la position anti-guerre du gouvernement. Et s'excuser des propos de tel ou tel homme politique ».Mieux, habiter Paris reste une source d'émerveillement au fin fond des États-Unis, comme en témoigne Valérie Ferrière, qui travaille à l'ambassade américaine à Paris :« Lors d'un séjour à Saint Louis, la patronne d'une boutique a ameuté les passants pour leur présenter une Parisienne. C'est ainsi que l'espace d'un instant, je suis devenue une star pour toutes ces dames ! »
Le tourisme américain n'avait pas besoin des manifestations de « french bashing » (rejet des Français) pour dévisser.« Les familles ont cessé de s'y rendre par peur des menaces terroristes »,insiste Isabelle Gelée, présidente du Visit USA Committee français, qui regroupe des professionnels du tourisme (compagnies américaines, loueurs de voitures, voyagistes, etc.). Depuis le 11 septembre 2001, le nombre de touristes français a chuté de près de 30 %, passant de 1,074 million à 689 000 en 2003, avant de remonter de 9 % l'an dernier. La dégringolade a même frôlé les 70 % pour la Compagnie des États-Unis et du Canada, l'agence fondée et dirigée par Jean-Alexis Pougatch :« Nous avons vécu six mois difficiles au moment des opérations militaires en Irak, mais les choses sont vite rentrées dans l'ordre »,tempère ce dernier.
Avec la chute du dollar, les États-Unis sont redevenus attractifs. Quant aux mesures de sécurité drastiques appliquées dans les aéroports américains,« elles rassurent tout le monde, même si les Français n'osent pas l'avouer »,sourit Jean-Alexis Pougatch. D'où, selon les chiffres de l'ambassade américaine à Paris, une durée moyenne des séjours qui s'allonge de quinze à vingt-deux jours sur les deux dernières années et des dépenses quotidiennes grimpant à 76 dollars, contre 71 auparavant.
La désaffection passagère des Français pour les États-Unis n'a donc pas profité à ses deux voisins, le Mexique et le Canada. Et ce en dépit d'une subtile inflexion de leur politique promotionnelle :« Nous n'avons pas cherché à faire campagne sur la mauvaise image des États-Unis,explique Alyre Jomphe, responsable des partenariats au bureau parisien de la Commission canadienne du tourisme.Nous avons préféré capitaliser sur notre image positive : la culture, les artistes, la réputation d'accueil, de non-interventionnisme dans le monde. Nous avons mis en avant nos grands espaces, la sécurité qui règne dans notre pays, la proximité de la langue, les liens historiques et affectifs entre nos deux peuples ».Le Canada récolte les fruits d'une communication intensive engagée il y a plus de quinze ans. Et que la découverte de porteurs de sras à Vancouver, en 2003, a bien failli compromettre. Quant au Mexique, qui joue à fond la carte de la culture et du soleil, il doit, comme l'explique Philippe Rochette,« compter avec la concurrence de l'Inde ou du Pérou, deux destinations de plus en plus prisées des adeptes du tourisme culturel ».
Hollywood et les séries TV
Ces trois pays d'Amérique visent des clientèles différentes.« Sur ce continent, seuls les États-Unis sont mythiques »,tranche Éric Savournin.« C'est le seul pays au monde qui déclenche des réactions lorsque l'on prononce son nom »,s'enthousiasme Jean-Alexis Pougatch, reprenant les mots de Frédéric Beigbeder, interviewé dans son catalogue de la saison 2005. De plus, la puissance de feu d'Hollywood compense avantageusement l'absence d'un office du tourisme fédéral. Que les Français y soient dépeints comme les nouveaux méchants (dans les filmsMaster and CommanderetOcean's Twelve,par exemple) ou que les séries TV tirent à boulets rouges sur les dérives de la société américaine, rien n'y fait : L'« american way of life » fascine toujours.« Les Français passent en moyenne plus de trois heures par jour devant leur télé. Sur ce total, ils entendent parler des États-Unis pendant au moins un quart d'heure. Que demander de plus ? »,sourit Éric Savournin.« C'est le pays par excellence où l'on peut partir en famille avec des enfants devenus grands. Les ados le plébiscitent,renchérit Jean-Alexis Pougatch.Essayez de traverser le Mexique en voiture avec vos enfants... »
Face à un tel pouvoir d'attraction, le Canada tire tout de même son épingle du jeu.« Nous préférons jouer sur le côté affectif qui nous lie aux Français »,explique Alyre Jomphe, en présentant divers produits pour augmenter la « diffusion » de son pays : album de Lucky Luke(La Belle Province),sacs à dos Lafuma en série limitée, publicité vantant le homard dans des chaînes de restaurants... L'objectif est de conforter le Québec comme destination de coeur des francophiles. Mais aussi d'inciter à découvrir les Rocheuses et la côte pacifique. Et là, nombre de voyagistes sont sceptiques. D'abord parce qu'il n'existe pas de vol direct de Paris à Vancouver. Ensuite, les hôtels de ces régions pècheraient en quantité et en qualité. Et surtout, comme le relève Jean-Alexis Pougatch :« Pour découvrir la société américaine, les Français ou les Anglais préfèreront toujours l'original à la copie... »

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