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L'ALGÉRIE ENTROUVRE SES PORTES

31/03/2005 - Alors que les feux de la guerre civile commencent à s'apaiser, l'Algérie rouvre timidement ses frontières aux touristes. Tout ou presque est à reconstruire dans ce pays.

C'est le plus beau pays du Maghreb. Et le plus prometteur pour les professionnels du tourisme : plus de 2,3 millions de kilomètres carrés, quasiment vierges de toute installation touristique. Des paysages variés et d'une beauté à couper le souffle : des côtes découpées et rocheuses, des montagnes élevées pour les sports extrêmes, des vestiges archéologiques pour le tourisme culturel. Et, bien sûr, Le Sahara. Quant à ses habitants, Sidonie, de retour du Marathon des Dunes, dont la cinquième édition s'est achevée en début d'année dans le Grand Sud algérien, en garde un souvenir particulièrement ému :« Je n'ai jamais vu des gens aussi accueillants et généreux lorsqu'ils nous recevaient chez eux. »

Une poignée de voyagistes partagent l'enthousiasme de Sidonie.« Depuis 1998, le tourisme repart, même si le pic de fréquentation atteint il y a deux ans, avec 10 000 passagers, reste inférieur de moitié au chiffre de 1992 »,constate Hervé Saliou, président de l'agence Déserts.« La progression a été brutalement interrompue par la prise en otages de touristes dans le Sud saharien, emmenés au Mali avant d'être libérés à l'issue de longues négociations »,poursuit-il. Un épisode fâcheux, qui a duré plusieurs mois en 2003, et qui justifie à lui seul les recommandations prudentes du Quai d'Orsay : n'y aller qu'en cas de nécessité absolue.« Cela demeure le principal frein au développement du tourisme. Y envoyer des clients reviendrait à rouler sans permis »,se désole, sous couvert d'anonymat, un tour-opérateur fasciné par« ces 1 300 kilomètres de côtes parsemées d'une petite dizaine d'hôtels vétustes ». « Il faut faire la distinction entre le Sahara, jamais touché par la guerre civile, avec des routes étroitement surveillées au moyen de techniques dernier cri, et le triangle Oran-Alger-Ghardaïa, où les meurtres demeurent fréquents »,insiste Hervé Saliou.

L'Algérie souffre surtout d'un manque cruel d'infrastructures.« La rente pétrolière permet de « faire couler le béton » pour construire des logements ou des hôtels. Mais, dans ce domaine, il faudra arbitrer entre le tourisme et les besoins criants de la population. Et compter avec le nationalisme des Algériens, qui n'est pas une légende »,conclut cet autre tour-opérateur.« Ils sont très fiers. Ce qui m'a marquée, c'est l'absence totale de mendiants dans les rues. Ils ne réclament pas de pourboires. Les gens expliquent qu'ils préfèrent voler plutôt que faire la manche »,raconte Sidonie qui, pour sa part, aime mieux ne retenir que leur hospitalité exceptionnelle,« perdue depuis des lustres ailleurs dans le Maghreb ».Et oublier« le formidable gâchis engendré par ce marathon : je me demande encore où est passé l'argent que nous avons versé ».

L'Algérie doit aussi compter avec ses voisins. Le Maroc et la Tunisie se sont en effet lancés dans une ambitieuse politique de rénovation de leurs infrastructures. Et surtout, à l'est, la Libye rouvre elle aussi ses frontières, allant jusqu'à démarcher les professionnels du secteur. Lesquels se précipitent pour lui fournir les capitaux et l'expertise que les Algériens semblent rechigner à accepter.

LA PUBLICITÉ SOUS CONTRÔLE

La pression des autorités algériennes sur les journaux d'opposition a encore monté d'un cran. Il y a quelques mois, le gouvernement d'Abdelaziz Bouteflika a en effet accordé un monopole à l'Agence nationale d'édition et de publicité (Anep) pour gérer les budgets presse des administrations et entreprises publiques. Autrement dit, ces dernières ne peuvent plus choisir librement le support dans lequel diffuser leurs messages. Surtout, les journaux un tant soit peu contestataires, à l'instar d'« El Watan » ou de « Liberté », sont privés de la manne financière que représentent ces gros annonceurs locaux. « Ce retour au monopole du marché publicitaire public vise clairement à asphyxier les médias qui refusent de porter la bonne parole du Président et de ses acolytes. Car il ne faut pas se leurrer. Dans un pays comme l'Algérie, l'État reste l'un des plus gros annonceurs », déplore un journaliste soucieux de conserver l'anonymat.

Heureusement, la bonne santé économique du pays, qui affiche une croissance de 5,5 % du PIB en 2004, attire les investisseurs étrangers. Dans un numéro d'« El Watan », l'un des principaux quotidiens francophones du pays, qui tire à près de 100 000 exemplaires, il est fréquent de trouver des publicités signées du français Aston, « architecte de la relation Internet », ou du constructeur automobile japonais Mitsubishi. Le groupe d'hôtellerie Accor ne tardera sans doute pas à vanter dans la presse le confort des trente-six hôtels Ibis qu'il envisage de construire prochainement...

« Depuis deux ans, on assiste en Algérie à une explosion des annonceurs étrangers. Les multinationales, telles que Danone ou Nestlé, sont très présentes dans la presse nationale, confirme Sofia Djama, chef de publicité pour l'agence Mc Cann. C'est en partie grâce à elles que les journaux parviennent à tirer leur épingle du jeu. Le seul problème est que la stratégie médias de ces grands groupes est définie par zone. Ainsi, elle sera identique pour le Maroc, la Tunisie et l'Algérie, alors que chacun de ces pays connaît des modes de consommation spécifiques. »

En attendant que les entreprises étrangères peaufinent leur communication locale, les journaux algériens peuvent se réjouir d'avoir encore les moyens de sortir en kiosque. À moins que l'État ne continue à user d'une autre arme imparable : la répression des journalistes... Alexandra Rey

En image
... de l'extraordinaire potentiel touristique de l'Algérie. Contexte politique et social oblige, elle n'a pas encore pu réellem ent en tirer parti, au grand dam des tour-opérateurs...
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