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Mamie fait du trekking

31/03/2005 - Les plus de 60 ans représentent plus de 12 millions de personnes en France. Un marché juteux pour les professionnels du tourisme.

« Pour que votre retraite soit une seconde vie. »Voilà ce que promettait la dernière campagne publicitaire d'AGF en montrant une mamie rayonnante de bonheur, collier de fleurs autour du cou et cocotiers en arrière-plan. Ce n'est pas un scoop, les seniors du troisième millénaire consacrent de plus en plus de temps aux loisirs et aux escapades. D'après une récente étude effectuée par Seniorscopie, site d'informations professionnelles pour les acteurs du marché senior, ils voyageraient une fois et demie plus que le reste de la population française. Pas étonnant si les professionnels du tourisme chouchoutent cette cible.

Les plus de 60 ans représentent désormais quelque 12,4 millions de personnes. Certes, ils n'ont pas tous l'énergie à revendre des jeunes seniors, anciens baby-boomers, qui débarquent en masse sur le marché de la retraite. Mais, depuis 1996,« il " naît " un senior toutes les 50 secondes »,se plaît-on à répéter chez Senioragency, un réseau de publicité international attentif à ce public.

Un public en pleine mutation, selon l'expression consacrée. C'est précisément sa diversité qui angoisse les tour-opérateurs.« Ils doivent à la fois veiller à conserver leur clientèle actuelle, qui s'est construite autour de valeurs telles que le respect, l'amitié, l'honnêteté, la rigueur, et séduire les baby/papy-boomers qui eux sont nostalgiques, hédonistes et ont pour maître mot la liberté »,prévient Frédéric Serrière, président de Senior Strategic, autre réseau d'experts du marché senior.

Cette analyse est partagée par Jean-Paul Bury, rédacteur en chef du magazineNotre Temps,un mensuel leader sur le créneau senior. Pour lui, les jeunes retraités, ou papy-boomers,« sont des épicuriens qui veulent retraiter leur vie et non plus partir à la retraite ».Les inactifs d'aujourd'hui - qui ont en horreur cette étiquette - sont les soixante-huitards d'hier.« Ils ont toujours été sur le devant de la scène en étant d'abord les premiers bébés d'après-guerre, puis les vedettes des Trente glorieuses. Ils ont l'habitude de maîtriser leur vie et veulent continuer à le faire »,poursuit-il.

Prenez Suzanne et René, pourtant un peu plus âgés que cette génération du baby-boom. Pour son anniversaire de mariage, ce couple de retraités antibois a décidé de parcourir le Maroc à son rythme. Hors de question de s'engouffrer dans un bus rempli de touristes du troisième âge et de se lever à l'aube chaque matin pour découvrir la médina de Fès ou se balader sur les remparts d'Essaouira.« Nous voulions avant tout être indépendants et sortir des sentiers battus »,explique René. Après avoir potassé quelques guides, l'ancienne professeur d'anglais et l'ex-chercheur en agronomie demandent à une agence de voyages de leur réserver un billet d'avion aller-retour, les nuits d'hôtel - quatre étoiles minimum - dans les grandes villes où ils prévoient de faire escale, ainsi qu'une voiture. Munis duGuide du routard,« qui regorge de bonnes adresses incongrues »,et duGuide vert,« incontournable car très bien documenté sur les sites à visiter »,les voilà partis pour un mois à l'aventure.

« Plutôt que de dormir dans la ville touristique d'Agadir, nous avons pu dégoter un petit village charmant à 20 kilomètres de là, où nous avons passé la nuit. Nous voyagions au gré de nos envies et de nos rencontres. Cette formule nous offre sans conteste l'avantage d'avoir plus de contacts avec la population locale »,raconte le septuagénaire.

Aucun incident à noter dans leur carnet de voyage ?« Oh, certes, nous avons parfois atterri dans des hôtels soi-disant corrects et qui se sont avérés minables. Nous avons également eu un petit souci avec notre voiture de location. Mais rien de grave. Rien du moins qui nous ait fait regretter d'avoir choisi un séjour libre »,insiste le couple. Sont-ils atypiques, eux qui avaient également sillonné l'Égypte en transports locaux l'année précédente ? Peut-être, même s'ils ne sont pas totalement réfractaires aux voyages organisés.« Nous avions fait ce choix pour la Turquie. C'est intéressant dans la mesure où cela nous permet d'avoir un aperçu des atouts du pays. Et puis, les explications d'un guide sont toujours les bienvenues, à condition qu'il soit bon, bien entendu »,sourient-ils. En tout cas, ce n'est pas par souci d'économie que René et Suzanne voyagent par leurs propres moyens.« Le coût est peu ou prou identique à celui d'un séjour organisé car les tours-opérateurs ont une force de négociation que nous n'avons pas »,résume René.

Ces Antibois font ainsi partie des 7 seniors sur 10 qui voyagent individuellement. Une proportion qui a enregistré une nette progression ces dernières années.« Les tour-opérateurs doivent réfléchir à une nouvelle stratégie pour satisfaire les jeunes retraités. Ces derniers veulent avoir le choix, même s'il est illusoire. Psychologiquement, ils ont besoin d'avoir le sentiment de choisir. Les voyages organisés sont à réinventer »,tranche Frédéric Serrière.

L'habitation légère de loisirs, la tente du sexagénaire

Les séjours individuels se développent sans doute aussi parce que les seniors n'ont pas peur de parcourir de longues distances en voiture. D'autant plus qu'ils sont propriétaires de véhicules confortables. Aujourd'hui, 7 voitures neuves sur 10 sont achetées par des personnes de plus de 50 ans ! L'automobile semble être, pour les papy-boomers, le symbole de la liberté par excellence.

Tout comme le camping-car, qui trouve de nombreux amateurs parmi eux. D'après les constructeurs, 70 % de ce marché est occupé par les plus de 55 ans. Ce fut le choix de Jacques et d'Irène dès qu'ils ont été à la retraite.« Nous avions le désir de découvrir notre pays, que nous connaissions finalement assez mal. Nous avions en effet l'habitude, lorsque nous travaillions, de privilégier les destinations exotiques, de manière à ce que la rupture avec notre quotidien soit plus forte. Le camping-car s'est imposé comme une évidence. Il évite de perdre du temps à chercher un hôtel. Nous ne sommes pas obligés non plus d'aller tout le temps au restaurant. Nous avons beaucoup moins de contraintes »,s'enthousiasme Irène.

Étonnamment, le camping revient lui aussi à la mode et les acteurs de ce secteur se sont adaptés aux demandes des « sexas » en remplaçant la tente par les « HLL », ou habitations légères de loisirs. À l'intérieur de ces chalets, on trouve tout le confort, cuisine équipée comprise. Le prix de ces logements équivaut tout de même à celui d'un appartement sur la Côte d'Azur. Il s'agit donc véritablement d'une question de choix.

Concernant les destinations, les seniors apprécient particulièrement la France comme lieu de vacances ou d'escapade pour le week-end. Le terroir est en vogue - en 2000, c'était déjà une valeur forte pour 25,9 % des seniors d'après une étude effectuée par TNS Secodip et Interdeco -, ainsi que le tourisme vert. Les randonnées sont prisées des retraités, au même titre que les auberges gastronomiques. Ces nouveaux « routards » attachent une grande importance à la sécurité et au confort. Outre la France et le reste de l'Europe, accessible en voiture, beaucoup visitent les États-Unis ou le Canada.« Ils ne veulent pas prendre de risque. Au contraire, cette tranche de la population est très attachée à son capital santé »,ajoute Jean-Paul Bury deNotre Temps.

Une fois encore, qu'importe le prix à condition que la qualité soit à la hauteur de leurs exigences, car les sexagénaires des années 2000 sont des consommateurs avisés. Ils ont l'intention de disposer intelligemment de leur fort pouvoir d'achat, lequel a été multiplié par sept en vingt ans ! Ils peuvent d'ailleurs se targuer depuis peu de revenus globaux supérieurs à ceux des quadras. Le marché des seniors est ainsi évalué à plus de 100 milliards d'euros... Et pour les professionnels de ce marché, les 60-74 ans incarnent l'âge d'or de la consommation. Selon une enquête de Senioragency, ils dépenseraient en moyenne près de 2 800 euros par an pour leurs vacances.

Frédéric Serrière, chez Senior Strategic, affiche toutefois un certain scepticisme :« Lors d'une étude que nous avons menée récemment auprès de 3 000 personnes âgées de 45 à 62 ans, nous avons constaté que les personnes interrogées surestimaient leur retraite de 30 %. Quand on leur livre notre constat, elles affirment qu'elles économiseront, en premier lieu, sur le tourisme et les loisirs. Elles prévoient du coup de partir moins loin et pour moins cher. »

Pour l'heure, les seniors en profitent. Beaucoup plus que leurs aînés, dans la mesure où« ils ne sont plus tenus par l'impératif de léguer un capital à leurs enfants,analyse le rédacteur en chef deNotre temps. Ils entendent tirer pleinement profit de la retraite qu'ils touchent aujourd'hui et qu'ils ont gagnée à la sueur de leur front. »

Est-ce à dire que les seniors d'aujourd'hui sont plus égoïstes que les mamies et papys d'autrefois ? C'est sans doute l'une des caractéristiques de la génération du baby-boom, née avec la société de consommation et son lot de valeurs individualistes. Cela ne signifie pas qu'ils ne s'occupent plus de leurs petits-enfants, mais plutôt qu'ils s'octroient des vacances, de plus en plus longues, entre deux périodes de baby-sitting.

Certains tour-opérateurs se sont d'ailleurs spécialisés dans le créneau des séjours longue durée. Le groupe Sangho, par exemple, propose sept semaines tout compris en Tunisie, à Djerba, à l'automne ou avant les vacances de février pour moins de 1 000 euros ! Des promotions hivernales qui permettent aux voyagistes de combler leurs périodes creuses tout en fidélisant une partie de leur clientèle - qui plus est, la plus « fidélisable »...

Communauté virtuelle senior

Autre atout de ces retraités nouvelle génération, ils veulent coûte que coûte rester dans le vent. Autrement dit, les nouvelles technologies de l'information ne leur font pas peur. Joëlle, 66 ans, a réservé récemment, via Internet, son billet d'avion pour l'Afrique du Sud, où elle rejoint des amis. Conscient de cette évolution, le site Web deNotre temps,qui s'enorgueillit de totaliser 2 millions de pages visitées par mois, propose des conseils pour bien choisir son voyage sur la Toile. Jean-François Weill, l'un des responsables du tour-opérateur Escapades Vacances, envisage de créer une véritable communauté virtuelle senior grâce au site www.escapades-seniors.com, mis en ligne en 2002. Visité par près de 300 personnes par jour,« avec une progression de 150 % tous les semestres »,ce média, estime Jean-François Weill, est en passe de devenir un« support de prédilection ».

Jean-Paul Tréguer, PDG de Senioragency et fondateur du site www.seniorplanet.fr, confirme que les nouveaux retraités« prêtent une forte confiance à Internet qui est devenu un moyen privilégié pour la préparation des vacances. 60 % d'entre eux ont même déjà fait une réservation via le Web ».Mais de là à bénéficier des offres d'appel des sites proposant des séjours de dernière minute, rien n'est moins sûr, car les seniors aiment prendre leur temps. Quoi de plus logique quand on en a ?

En image
Mis en ligne en 2002, le site Escapades-seniors.com, accessible via le portail du voyagiste Escapades Vacances, reçoit 300 visiteurs par jour.
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