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« C'est le style qui fait la radio et l'auditeur »

09/06/2005

Hervé Glévarec, sociologue de la culture et des médias, chargé de recherche au CNRS, interviendra fin juin lors du colloque « Jeunes et médias, j'ai 20 ans en 2005 » organisé par Médiamétrie. Il analyse la relation des ados avec la radio.

À quel âge l'auditeur de radio commence-t-il sa « carrière » ?

Hervé Glévarec.Très jeune. Certains pays étudient l'audience des radios à partir de sept ans. Et cette carrière se prolonge relativement tard, elle va au-delà de vingt ans. La question à laquelle il reste difficile de répondre, c'est de savoir si entre 20 et 30 ans, ces auditeurs continueront à écouter des radios jeunes qui vieilliront ou s'ils passeront sur des radios adultes type Europe 2 et RTL 2, ou encore sur des radios généralistes.

Le cas de NRJ semble montrer qu'ils peuvent s'attacher à ce type de formats musicaux bien au-delà de l'adolescence.

H.G.NRJ tente la quadrature du cercle : être une radio transversale en termes d'âge. C'est un pari non seulement radiophonique mais aussi sociologique. Les jeunes viennent à la radio par la musique, mais on ne peut réduire à cela leur lien avec ce média. La radio est pour eux un objet social qui se définit comme jeune, dans un univers complet qui rassemble des titres, des animateurs, un ton, des publicités particulières et de la libre antenne.

Ces « tribus » peuvent-elles se mêler ?

H.G.Je n'utilise pas cette notion de « tribus ». Je préfère reprendre un mot des acteurs eux-mêmes, le style. Le style définit l'identité d'une radio et de ses auditeurs. Je ne crois pas que ces radios se réduisent à des communautés strictement identifiables, comme les « skateurs » ou les « teuffeurs ». C'est plutôt la communauté adolescente qui est concernée. S'y ajoute un attachement à une antenne ou à un animateur. Ce qui les fédère, c'est la série des questions qu'ils se posent sur le sexe, les relations amoureuses, le rapport à la règle (la conduite sans permis, les joints, le vol, etc.) et la relation aux partenaires.

Pourquoi ne s'épanchent-ils pas de la même manière sur d'autres médias ?

H.G.La libre antenne est un espace public, mais les adolescents savent que leurs parents n'écoutent pas, comme ils ne vont pas sur Internet voir leurs blogs, seulement destinés à leurs pairs. C'est la particularité de la libre antenne : elle véhicule un contenu impossible à diffuser par la télévision car extrêmement libéral sur le plan des moeurs. Malgré quelques remontrances du Conseil supérieur de l'audiovisuel, la société tolère cet espace, au nom du moment adolescent et de ses transgressions.

Ces radios peuvent-elles modifier le mode de consommation du média ?

H.G.Les jeunes quitteront probablement les libres antennes. Mais ils auront été familiarisés avec une radio intime. Ce format n'est d'ailleurs pas la propriété des radios jeunes. Les radios adultes ont aussi leurs libres antennes, depuis Ménie Grégoire. Macha Bérenger la perpétue sur France Inter. La différence des radios jeunes : les animateurs jouent beaucoup plus que Macha Bérenger sur les possibilités du média. On attend de leur part une implication subjective, ils ne doivent surtout pas disparaître derrière leur rôle.

Cette subjectivité et cette intimité, les retrouveront-ils différemment ailleurs ?

H.G.S'agit-il de cycles de vie ou de génération de goûts, et vont-ils conserver ces derniers ? Telle est la question. Ceux qui ont connu le rock, la techno ou le rap conservent leurs goûts, mais les gens deviennent plus éclectiques en vieillissant. Ils sont récupérables par les généralistes car leurs centres d'intérêt vont changer. Après l'adolescence, les variables sociologiques réapparaissent, certains font des études longues, d'autres moins. Bref, leur univers se redéfinit par le milieu social. À 30 ou 35 ans, ils voudraient autre chose qu'une radio généraliste, mais ils ne veulent plus une radio jeune. C'est RMC qui est à cet égard la plus mixte.

Les généralistes peuvent-elles être gênées par l'image qu'ont d'elles les jeunes ?

H.G.Pour les jeunes, les généralistes, ce sont les radios de leurs parents. Elles sont souvent liées à l'école, leur apparaissant ringardes, professionnelles et dénuées de parole subjective. Or, tout l'espace médiatique est traversé par la parole subjective : c'est un univers ultralibéral, avec les règles minimales d'une société démocratique.

En savoir +

>Colloque Médiamétrie « Jeunes et médias, j'ai 20 ans en 2005 » : http://www.mediametrie.fr/contenu.php? rubrique=fond&rubrique_id=350&page_id=247

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