
SOMMAIRE DU DOSSIER :
MES TERRES SUR LE NET
GARE À LA PUCE POLICIÈRE !
LA MODE SE MET À LA PAGE NUMÉRIQUE
L'ART DE S'ENDUIRE
Surf in Africa
COMMENT FAIRE DU VIEUX AVEC DU NEUF
La guerre des effets
L'art de créer du lien
La fabuleuse histoire du téléphone
Les modes d'emploi, comment ça marche ?
* GRAPHISTE POST-SOIXANTE-HUITARD
Mutants, mutins ou moutons ?
TENDANCEUR CASANIER
MP3 : TOUT POUR LA MUSIQUE ?
ILLUSTRATRICE SONORE SURBOOKÉE
LES EMBALLAGES SE METTENT À L'ALLÉGÉ
net
LA VENGEANCE DU STYLO SANS PLUME
immersion
computer
Tout un art !
09/06/2005 - Penser « low », « new », ou « high » tech, c'est imaginer un monde où mobiles, PDA et autres portables pour cadres pressurés fonctionnent à plein régime. C'est oublier que les nouvelles technologies constituent également un formidable outil de création pour les artistes.
« La technologie constitue une des clés [...] de toute activité artistique. C'est à la fois un moyen et un obstacle à l'expression de nos idées. Cette tension est tout à fait vitale pour l'oeuvre d'art », écrit Bill Viola, l'un des artistes vidéo les plus reconnus, dans le livre Arts et nouvelles technologies de Florence de Mèredieu (Larousse, collection Comprendre et reconnaître, 2005, 25,65 euros). La technologie et ses outils ont toujours été au service de l'expression et de la créativité. Les techniques évoluant, il était évident que l'art s'intéresse de très près aux toutes nouvelles technologies numériques des xxe et xxie siècles. On parle désormais d'art numérique où virtualité, dématérialisation des oeuvres, voire ubiquité, mais aussi « réenchantement » font partie de la réalité. « L'art a toujours fait plus que se nourrir du progrès : il se confond pratiquement avec lui pendant de longs siècles et l'on doit se souvenir que le premier sens du mot art, est technê », rappellent Edmond Couchot et Norbert Hillaire, plasticiens et théoriciens de l'art numérique, dans un autre ouvrage, L'art numérique (Flammarion, 2003, 18,05 euros).
À la Renaissance, art et sciences entretenaient déjà une relation des plus étroites : les peintres étaient tout à la fois géomètres, mathématiciens, botanistes, anatomistes et la perspective n'était autre que le fruit de la géométrie et de l'optique. C'est dire. Au cours du xxe siècle, l'art s'inspire des nouvelles technologies émergentes. C'est ainsi qu'en 1962, l'artiste américain Michael Noll crée le tout premier « art par ordinateur » en comparant un tableau de Mondrian avec un prototype généré par ordinateur. Ses premiers travaux en « art par ordinateur » ont ouvert la voie à de nombreux artistes qui suivent aujourd'hui encore son exemple. « Plus qu'une technologie, le numérique est une véritable conception du monde, insufflée par la science qui en constitue le soubassement », analysent Couchot et Hillaire.
Travail sur la perception
Véritable miroir des avancées technologiques, l'art numérique n'a cessé d'évoluer. Au début des années quatre-vingt, l'arrivée de l'image animée et de la 3D offrent des perspectives de recherche inégalées pour les artistes. C'est le septième art qui mise le plus sur cette technologie. Il génère des films d'animation et d'effets spéciaux qui révolutionnent les salles obscures. Dans les années quatre-vingt-dix, l'interactivité (du spectateur avec l'oeuvre) et la réalité virtuelle (qui permet un dialogue homme/machine) vont littéralement captiver les artistes par les possibilités qu'elles offrent de travailler sur la perception. Citons les oeuvres du Japonais Kazuhiko Hachiya, dont le travail repose sur les expériences sensorielles (vue, toucher...). En ce début de xxie siècle, l'art numérique est devenu hybride et mobilise des registres de compétences très variées, preuve de la complicité entre créateurs et ingénieurs (synthèse vocale, interactivité, mondes virtuels....). Les artistes, quelle que soit leur discipline, utilisent toute une gamme de nouveaux outils : la vidéo, l'animation numérique, le multimédia, le CD-rom, Internet... entraînant un bouleversement dans la façon même de concevoir et de percevoir une oeuvre d'art. Du 24 juin au 9 octobre 2005, la Fondation Cartier pour l'art contemporain (Paris 14e) donnera la parole, au sein de l'exposition J'en rêve, à de jeunes artistes choisis par des parrains de renommée mondiale. Avec les oeuvres exposées, les technologies (images de synthèse, images numériques, vidéo...) seront bien entendu à l'honneur. Ainsi, Flavia da Rin, jeune artiste de Buenos Aires qui retravaille les photos sur ordinateur et offre une création empreinte de poésie. Dans le cadre de l'exposition, les « Soirées nomades » donneront à voir des artistes qui utilisent les nouvelles technologies dans leurs performances ou concerts. Ainsi, le collectif de « performers » audiovisuels SOSO Limited qui construit son propre network et crée des logiciels capables de manipuler en direct sons et images. Ou le musicien, artiste surdoué de l'informatique Cory Arcangel, avec Super Mario Movie, qui présentera une performance mêlant musique électronique et jeu vidéo. Le duo Gangpol und Mit se produira en concert. L'un compose et l'autre fabrique des images associant animation et images réelles, dans une démarche quasi symbiotique. Après l'engouement pour l'utilisation des « techs » et leur intégration à tout va dans le domaine de l'art, il semble qu'un nouveau courant se dessine pour le futur. La réflexion se (re)centre sur le contenu de l'oeuvre et prône humanité et beauté. Reynald Drouhin, jeune artiste plasticien (qui expose à la Biche de Bere Gallery, à Paris, du 26 mai au 3 juillet) estime que « les nouvelles technologies sont un medium, mais ceci n'est pas une fin en soi ». Et d'ajouter : « Je préfère parler de pratiques numériques au sein des arts plastiques, car le plus important reste une approche plastique avec un contenu, que de réaliser des objets technologiques. » John Maeda, scientifique, professeur au Massachusetts Institute of Technology et artiste mondialement réputé pour son travail avec les ordinateurs prônerait même moins de technologie. « J'ai assez appris des ordinateurs pour réaliser que ça n'est pas ce que je voulais faire, dit-il. Maintenant, je définirais mon travail comme le souhait d'une personne à comprendre la beauté de la vie à travers la compréhension des ordinateurs ». Dans Com' hightech, nous avons souhaité illustrer cet art numérique hybride et en pleine mutation par quatre champs qui montrent l'enracinement dynamique des technologies associées à l'art.
En savoir +
www.numeriscausa.com
www.arsnumerica.org (projet de centre consacré aux arts numériques)

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