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Les bons scoops de la presse automobile

18/09/1998

Quoi qu'en disent certains éditeurs, la chasse aux scoops reste monnaie courante dans les magazines automobiles. Car ils font vendre et assurent la notoriété d'un titre.

Septembre 1955. À un mois du Salon de l'auto, Citroën prépare activement la présentation de sa nouvelle voiture. Le projet, stratégique pour la marque aux chevrons, a demandé de longs mois de travail dans le secret le plus absolu. Pourtant, quinze jours avant la date fatidique,L'Auto-journalvient bouleverser tous les plans du constructeur en dévoilant en exclusivité les dessins de la DS 19 et de son révolutionnaire volant à une branche. Citroën grince des dents et intentera même un procès, perdu, qui durera une dizaine d'années. Le magazine de Robert Hersant, lui, se frotte les mains. Sa diffusion passera de 200000 à plus de 500000exemplaires. Quarante ans plus tard, les scoops ont encore la vie dure. Il y a ainsi déjà plus d'un an que la nouvelle Peugeot206, mise en vente ce mois-ci, n'a plus de secret pour les lecteurs de la presse automobile. L'exclusivité, l'avant-première, la révélation restent le nerf de la guerre. Philippe Verheyden, rédacteur en chef deL'Auto-journal, tente cependant d'y mettre un bémol.«Il y a moins de sensationnalisme qu'avant,se défend-il.Même si c'est la marque de fabrique deL'Auto-journal, nous passons moins de photos volées, dont les qualités sont souvent mauvaises. Et puis franchement, les scoops ne font plus vendre comme jadis.»Un sentiment en partie partagé par Jean-Jacques Blanchet, chef du service industrie-nouveautés àAuto plus.«Il y a dix ans, nous faisions beaucoup de couvertures avec les scoops,explique-t-il.Les photos d'une nouvelle Renault ou Citroën garantissaient de bonnes ventes. Plus maintenant. Nous nous sommes aperçus que seule une petite partie du lectorat était vraiment intéressée. Et puis les marques emblématiques se sont sans doute banalisées et le scoop par lui-même décrédibilisé.»

Les scrupules des éditeurs

À trop vouloir en faire, la presse automobile aurait-elle tué la poule aux oeufs d'or? Voire. Car il ne se passe pas un mois sans qu'un titre publie un scoop.«Il y a eu une surenchère,reconnaît Francis Monsenergue, rédacteur en chef deL'Automobile magazine.Cela ne veut plus rien dire aujourd'hui. Les lecteurs sont plus intéressés par une voiture qui sortira dans six mois plutôt que dans deux ans.»Du coup, certains titres jurent que le scoop ne les intéresse plus.«Il y a parfois une gêne, un malaise, quand certaines photos sont prises dans des conditions discutables,n'hésite pas à dire Jean Savary, directeur de la rédac-tion d'Auto moto. Avec le scoop, nous ne sommes plus dans le rêve.» «Il ne marche pas du tout, ajoute Éric Bhat, fondateur d'Auto30.Le public n'achète pas le journal pour une exclusivité, mais pour les essais. En revanche, reconnaît-il,un scoop permet d'obtenir d'excellentes retombées médias, et donc de travailler sa notoriété.»Des propos qui surprennent Gilles Paul, responsable de la presse France chez Peugeot Automobiles.«Si cela ne fait plus vendre, pourquoi les magazines en publient-ils toujours autant?s'insurge-t-il.Ces informations sont souvent dommageables, voire préjudiciables, notamment dans le cas de restylage sur certains modèles. Les acheteurs peuvent retarder leur achat ou même porter leur choix ailleurs.»Les constructeurs grimacent, mais peuvent aussi quelquefois se satisfaire des fuites.«Ces informations permettent de faire patienter les clients, constate Jean-Jacques Blanchet, d'Auto plus.Notamment quand le nouveau modèle arrive en complément de gamme et n'en remplace pas un autre.»C'est l'exemple de la Mercedes ClasseA qui a bénéficié d'une couverture presse durant les cinq ans précédant sa sortie officielle, les essais extérieurs étant généralement plus ou moins bien camouflés...«Je ne crois pas à une réelle stratégie des constructeurs,poursuit Jean-Jacques Blanchet.Il existe des moyens plus simples de communiquer.»Dans la plupart des cas, la traque aux nouveaux modèles est devenue plus ardue. Le mont Ventoux, autrefois lieu de passage incontournable pour l'ensemble des constructeurs européens, est devenu moins fréquenté. Les voitures circulent camouflées et les bureaux d'études sont très bien protégés. Le Technocentre Renault de Saint-Quentin-en-Yvelines, en région parisienne, est ainsi un véritable bunker.«Nos pistes d'essais sont bien gardées, explique Gilles Paul, de chez Peugeot.On s'applique à parler le moins possible et à garder un maximum de discrétion.»Pour limiter les risques de fuites, tout est compartimenté. Chaque groupe de réflexion travaille dans son seul domaine, et peu de personnes connaissent l'ensemble du dossier.

Manipulations informatiques

Malgré tout, certains sont toujours bavards... et des indiscrétions remontent jusqu'aux journalistes et aux photographes spécialisés. Pourtant ces derniers, rouages essentiels du scoop, ne veulent pas être assimilés aux paparazzi de la presse people.«C'est du journalisme d'investigation, se défend Jean-Michel Psaila, directeur de l'agence de photos spécialisée Abaca.Nous travaillons souvent directement avec les journaux pour les reportages et tous les clichés sont réalisés régulièrement, sans infractions.»Des pistes africaines aux routes de Laponie, les chasseurs d'images sont partout à la recherche de tout ce qui roule. Mais les bancs d'essais ultraperfectionnés que possèdent les constructeurs limitent le champ d'investigation. Une nouvelle voiture pourrait pratiquement se permettre de sortir sans jamais avoir vu la lumière du jour. L'information remonte alors via les vigiles, femmes de ménages, sous-traitants de passage, voire collaborateurs de l'entreprise.«On se repose sur toutes les sources», reconnaît Philippe Verheyden, qui affirme que toutes les photos envoyées par les lecteurs sont systématiquement étudiées et vérifiées.«Inutile d'avoir des agents secrets chez les constructeurs pour se tenir au courant de leur stratégie,ajoute Jean-Jacques Blanchet.Les concept-cars, qui sortent régulièrement, et le cycle de renouvellement des modèles, entre sept et neuf ans, sont d'excellents indicateurs. Avec une bonne collecte d'informations, pas besoin d'espionnage.»Si la presse automobile dispose d'une profusion d'images, elle n'hésite pas, néanmoins, à recourir à l'informatique. Les logiciels de retouches d'image permettent des prouesses techniques: plusieurs studios, allemands pour la plupart, n'hésitent pas à effectuer des manipulations sur les modèles. Partant d'une simple information ou même d'une photo de mauvaise qualité, ces artistes, virtuoses de la souris et du clavier d'ordinateur, redessinent entièrement une voiture et l'ensemble de ses déclinaisons (break, coupé, cabriolet, 3 ou 5portes, etc.). Le modèle se retrouve en situation, incrusté dans de véritables paysages. L'effet, très surprenant, est d'un réalisme trompeur. C'est ainsi que l'on a pu voir une 206 esquissée sur les bases... d'une Polo de Volkswagen.«Ce sont des mensonges,clame Jean-Michel Psaila.Les éditeurs qui trichent avec l'ordinateur se condamnent eux-mêmes.»Pour autant, le marché des scoops photos est loin d'avoir disparu. Il reste même encore profitable pour certains. Les exclusivités peuvent, pour quelques gros coups, se négocier à près de 200000francs pour une première vision dans un titre. Et ils sont encore assez nombreux à se battre afin d'obtenir les droits, comme cela a été le cas pour les premiers essais de la fameuse Peugeot206 au Kenya.

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