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La nouvelle vague des séries

29/09/2005

La fiction et les séries sont au coeur des grilles de rentrée des chaînes de télévision. Un genre qui connaît un second souffle grâce à de nouveaux formats et une écriture plus moderne.

Clara Sheller est une trentenaire active. Célibataire, elle est confrontée au douloureux problème de l'avortement. Avec son ami homosexuel, la jeune femme s'essaie même à une partie à trois... à 21 h sur France 2 ! Jamais une série française programmée en prime time n'avait été aussi loin dans l'écriture et les thèmes abordés. Diffusée avec succès en mai 2005, la minisérie de six épisodes a tranché par sa forme et son propos, résolument modernes.

Cet audacieux pari a payé : en moyenne, selon Médiamétrie, les six épisodes ont été regardés par plus de 5,6 millions de téléspectateurs, assurant à France 2 une part de marché de 35 % sur la cible des ménagères de moins de 50 ans. « J'ai même entendu dire qu'il y avait un avant et un après Clara Sheller ! », se réjouit Perrine Fontaine, directrice de l'unité fictions chez France 2.

La série est en effet révélatrice d'un vent nouveau dans la fiction française, porté par une génération d'auteurs libérés de certaines contraintes d'écriture. Les patrons de chaînes l'ont compris. Lors de la présentation des grilles de rentrée, chacun y est allé de son couplet élogieux sur la fiction et les séries. Élément révélateur : de nombreux chantiers sont en cours, dont RIS sur TF1, Faites le 15 sur France 2, Les Mariages d'Agathe sur M6, mais aussi la suite de Clara Sheller sur France2, un projet qui n'était pas prévu au départ.

Au coeur de cette petite révolution cathodique se trouve le 52 minutes. Diffuseurs, producteurs et auteurs ne jurent plus que par ce format imposé depuis longtemps au niveau international par les chaînes américaines. Un signe ? France 3, qui prépare pour 2006 une version controversée de L'affaire Grégory, a prévu de réaliser six épisodes de cette durée.

Pour Olivier Szulzynger, coauteur des feuilletons estivaux Garonne, Méditerranée ou Tramontane, et qui officie actuellement sur le feuilleton quotidien de France 3, Plus belle la vie, il s'agit d'une évolution salutaire : « En France, le genre principal était le 90minutes car la fiction dominait en prime time, mais il fallait trouver des alternatives à des oeuvres de cinéma de plus en plus segmentantes, qui ne peuvent plus être programmées à 20 h 30. »

Apprécié jusqu'à présent, le 90 minutes a certes des vertus. Mais il a aussi des inconvénients... ­purement commerciaux. D'une part, là où, en France, un téléfilm autorise une seule coupure publicitaire, deux feuilletons de 52 minutes diffusés à la suite permettent de placer trois écrans publicitaires dans une même soirée de prime time : deux en coupure et un entre les deux épisodes. D'autre part, la fiction unitaire d'une heure et demie est un ovni international dont l'exportation s'avère difficile.

« Nous avons un réel retard en matière de programmes ­exportables, confirme Mathieu Béjot, délégué ­général de TV France International. Le format 90minutes se vend difficilement et nos séries n'offrent pas encore assez de volume. » Enfin, note Olivier Szulzynger, « il y a aussi un problème de ringardisation. Élevés avec des formats américains de 52 et 26 minutes, les plus jeunes se ­détachent des longs formats. Il y a urgence à produire des programmes plus rythmés pour ­conserver ce public. »

Le format ne fait pas tout. La fiction française profite aussi d'une nouvelle liberté de ton : les thèmes abordés sont plus contemporains et l'introduction du paranormal ou de l'angoisse, comme dans Les Rats, sur TF1, rendent les histoires plus tendance. « Nous avons souvent eu l'impression que le système établi fonctionnait très bien avec des séries telles que ­Navarro ou Julie Lescaut, et que tout ce qui sortait de ce cadre n'était pas retenu, estiment Nicole Jamet et Marie-Anne Le Pezennec, coauteurs de Dolmen, le succès de l'été 2005 sur TF1. Quand des diffuseurs font confiance aux auteurs, on voit bien qu'il existe des auteurs de qualité. Il y a très longtemps que nous proposions des projets novateurs, mais ils restaient dans les placards. »

Trop frileux, les diffuseurs ? « Nous ­entendons cette critique depuis longtemps, se défend Perrine Fontaine, de France 2. Peut-être aussi que nous n'avions pas lu de choses formidables. Quand on nous a soumis Clara Sheller, nous n'avons pas hésité. Nous aussi, nous avons besoin d'être surpris. »

Les méthodes d'écriture évoluent également. Le cliché de l'auteur vivant reclus trois mois dans une maison isolée appartient au passé. Désormais, séries et fictions se conçoivent en équipe. Quinze auteurs sont nécessaires pour rédiger les épisodes du feuilleton quotidien Plus belle la vie. Néanmoins, la France reste loin des grands studios américains, qui en mobilisent plusieurs dizaines, se relayant par équipe. L'équipe de Plus belle la vie, elle, se contente d'une réunion hebdomadaire... dans l'appartement d'un des auteurs.

Les séries françaises profitent donc d'une certaine ouverture d'esprit dans l'écriture. Elles bénéficient aussi de nombreuses innovations sur la forme, c'est-à-dire sur la mise en scène et le montage. En revanche, le développement de la fiction française est suspendu à des critères matériels. Ainsi, l'exposition des oeuvres pose problème. « Des créneaux peuvent encore être explorés, assurent Nicole Jamet et Marie-Anne Le Pezennec. Une case en seconde partie de soirée sur une chaîne hertzienne permettrait, par exemple, de proposer des projets un peu plus segmentants actuellement mis de côté. »

Dans ce sens, Perrine Fontaine reconnaît que l'ouverture de la case du mercredi soir à des fictions non policières a permis la programmation de Clara Sheller. Par ailleurs, rares sont les diffuseurs à s'engager sur des projets à long terme. La nouvelle série policière de TF1, RIS, ne comportera que 8épisodes, quand ses concurrentes américaines en proposent 24 ou 25 d'entrée de jeu. « Le développement de la fiction française n'est pas un problème d'argent, avance Olivier Szulzynger. Il s'agit plutôt de trouver des décideurs capables de commander 24 épisodes et non 6. » Et de citer une nouvelle fois en exemple Plus belle la vie, qui bénéficie d'un budget annuel de 20 millions d'euros.

Trouver la bonne tranche

Vitrine de la réussite de la fiction française, la série quotidienne de France 3 est un succès d'audience. Selon une étude d'OMD, en un an, la chaîne a plus que doublé le nombre de ses téléspectateurs à 20 h 25 et a grignoté près de quatre points de part d'audience à ses concurrentes. On ne donnait pourtant pas cher de ce programme à ses débuts...

Du coup, TF1 et M6 réfléchissent à un projet de série quotidienne. « Cette contre-programmation est une réussite, mais France 3, sur cette tranche ­horaire, peine aussi à modifier le profil de son ­public », indique Katrine Vincent, directrice des études chez OMD. En effet, avec une audience constituée aux deux tiers d'individus âgés de plus de 35ans, dont 55 % de plus de 50 ans, Plus belle la vie à du mal à séduire les jeunes. L'audace d'une Clara Sheller serait peut-être la bienvenue.

www.serieslive.com

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