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L'image des villes

Non, il ne s'agit pas du énième hit-parade des « villes où il fait bon vivre » établi à partir d'atouts objectifs minutieusement recensés. L'étude réalisée par l'institut Agicom, en septembre dernier, en exclusivité pour Stratégies, ne fait pas le décompte de critère factuels, comme le taux de chômage, les services de santé, le nombre d'espaces verts, les loisirs, l'offre culturelle, le prix du mètre carré, etc. Pour mesurer le bonheur à vivre dans une ville, Agicom a choisi d'interroger directement les habitants sur leur « ressenti », c'est-à-dire sur l'opinion générale qu'ils portent sur leur ville et sur les réalisations menées par la municipalité en termes de pertinence, de performance et de... gaspillage. Plus de six mille ménages représentatifs des vingt-deux capitales régionales (plus Reims) ont ainsi été questionnés sur des items relatifs à leur vie quotidienne et aux actions municipales, et sur l'importance qu'elles revêtent pour eux (lire la méthodologie page 33).

« La visibilité d'une action, associée à son importance pour les citoyens, nous a permis d'établir un indice de pertinence de l'action municipale que nous avons défini symboliquement comme celui du bonheur, explique Philippe Plantier, directeur général d'Agicom. Une action visible, mais sans importance pour les citoyens, définit, a contrario, un indice du gaspillage. » L'« indice du bonheur » est compris entre l'enfer (0) et le paradis (100). À l'inverse, plus l'indice de gaspillage est élevé, plus il est problématique.

Les villes moyennes plébiscitées

Sur les vingt-trois villes étudiées, la note du bonheur se situe modestement à 60, avec un écart de 25 % entre la ville numéro un, Besançon (68), et la dernière du classement, Rouen (54). L'indice du gaspillage grimpe, lui, à plus de 10 (Rouen), et près de ce chiffre pour Caen et Lyon. Satisfecit en revanche pour Marseille et Limoges (respectivement 5,76 et 5,51). Le gaspillage est épinglé concernant les transports à Dijon, Metz et Caen (16), et sur les loisirs, où les maires en font trop et mal, particulièrement à Bordeaux (16), Montpellier et Lyon (17). Pour Philippe Plantier, ces résultats révèlent que les villes ne gèrent pas les citoyens comme des clients à satisfaire. Et qu'elles ont tort. « Dans les entreprises, on tire la sonnette d'alarme quand l'indice de qualité de service est inférieur à 85 et quand celui du gaspillage dépasse 6 ! » (lire l'entretien page 30). Une affirmation qui dérangera peut-être, mais qui n'est pas la seule révélation de ce classement.

Autre enseignement : les citoyens des villes administrées par une équipe socialiste seraient plus heureux. Ainsi, alors que les vingt-deux chefs-lieux de région sont tenues à part quasi égale par la gauche et la droite, les six villes les plus pertinentes dans leur action, pour leurs habitants, sont « roses ». Et sur les dix qui obtiennent un score supérieur à la moyenne, seulement quatre sont « bleues ». Mieux : Lyon et Ajaccio, villes à gauche, obtiennent un indice de bonheur supérieur de 10 % auprès des sympathisants de droite ! Amiens, capitale de la Picardie dirigée par Gilles de Robien (UDF, qui a laissé sa place à Brigitte Fouré depuis son entrée au gouvernement), est la première ville de droite dans le palmarès, au septième rang, mais elle prend sa revanche en obtenant la palme sur le thème très sensible du comportement des élus, qui mesure leur disponibilité, leur capacité à se battre pour les emplois et à porter l'image de la ville.

Le classement révèle que ce ne sont pas les grandes métropoles et le sud du pays qui font le « bonheur » : Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Lille et Marseille se situent entre la quinzième et l'avant-dernière place du classement. Dans ces agglomérations, il est difficile de satisfaire des populations brassées et de permettre aux nouveaux venus de prendre la mesure de l'action municipale. Il faut en moyenne plus de dix ans d'ancienneté dans la ville pour apprécier les actions. À cet égard, Paris fait figure d'exception : la ville émerveille les nouvelles recrues, installées depuis moins deux ans, qui lui attribuent une note exceptionnelle (81), mais lasse très vite, avec un score en chute libre (59) pour les habitants de plus de dix ans. Ce sont bien les villes moyennes qui s'en sortent le mieux, à l'instar de Besançon, Limoges et Rennes, qui montent sur le podium (respectivement numéro un, deux et trois), avec un parcours sans faute et des notes toujours supérieures à la moyenne sur chacun des quinze thèmes étudiés (lire les tableaux par item page 32). Nantes arrive en quatrième position, avec toutefois une première place enviable (ex-aequo avec Rennes) sur le thème de « la vie en général », qui rassemble les opinions sur le bonheur de vivre dans sa ville et l'avenir qu'on pense y trouver pour soi et pour les jeunes générations.

À Besançon, le maire (PS) Jean-Louis Fousseret et son équipe goûtent cette palme d'or comme une récompense des efforts entrepris. Bezac - surnom de la ville - arrive en tête pour les loisirs et la convivialité et se place dans le trio gagnant pour le social et la santé, l'environnement, la confiance, les transports, la sécurité... L'action de la municipalité auprès des jeunes, des personnes seules, des retraités et des familles est également reconnue comme pertinente. Le gaspillage est pointé dans les domaines des transports et du commerce. « Depuis le début de mon mandat en 2001, je m'emploie avec l'équipe d'adjoints et de conseillers municipaux qui m'entoure à construire une ville où il fait bon vivre ensemble », souligne l'édile.

Décalage dans l'économie-social

La ville a ainsi mis en place il y a trois ans Proxim'Cité, un numéro d'appel gratuit pour signaler tous les dysfonctionnements (dont propreté, éclairage public, voirie) et les traite en 48 heures. Elle a également créé un Conseil des sages pour les anciens et entrepris d'équiper gratuitement les élèves de CE2 d'Internet à domicile. Elle travaille aussi à la requalification des quartiers d'habitat social et vient d'inaugurer son palais des Sports. Elle promet, pour 2006, un Festival des musiques de rue et s'est portée candidate au classement de sa citadelle, construite par Vauban, au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Une stratégie offensive destinée à combler le grave déficit de notoriété de la ville qui accumule, comme autant de preuves de ses atouts méconnus, les médailles dans les palmarès : ville la plus écolo pour Le Figaro, la plus fraternelle pour La Vie, amie des enfants pour l'Unicef, troisième ville où l'on vit le mieux pour Le Point.

À Besançon comme ailleurs, les Français apprécient les marchés qui animent leur ville, l'offre de loisirs, la qualité de vie et les transports. Mais sur le développement économique et la capacité des élus à s'impliquer pour sauver ou créer des emplois, favoriser l'implantation d'entreprises et à se rendre globalement disponible, le décalage se creuse entre les actions municipales et les attentes des citoyens. Le bonheur est (toujours) dans le pré !

Non, il ne s'agit pas du énième hit-parade des « villes où il fait bon vivre » établi à partir d'atouts objectifs minutieusement recensés. L'étude réalisée par l'institut Agicom, en septembre dernier, en exclusivité pour Stratégies, ne fait pas le décompte de critère factuels, comme le taux de chômage, les services de santé, le nombre d'espaces verts, les loisirs, l'offre culturelle, le prix du mètre carré, etc. Pour mesurer le bonheur à vivre dans une ville, Agicom a choisi d'interroger directement les habitants sur leur « ressenti », c'est-à-dire sur l'opinion générale qu'ils portent sur leur ville et sur les réalisations menées par la municipalité en termes de pertinence, de performance et de... gaspillage. Plus de six mille ménages représentatifs des vingt-deux capitales régionales (plus Reims) ont ainsi été questionnés sur des items relatifs à leur vie quotidienne et aux actions municipales, et sur l'importance qu'elles revêtent pour eux (lire la méthodologie page 33).

« La visibilité d'une action, associée à son importance pour les citoyens, nous a permis d'établir un indice de pertinence de l'action municipale que nous avons défini symboliquement comme celui du bonheur, explique Philippe Plantier, directeur général d'Agicom. Une action visible, mais sans importance pour les citoyens, définit, a contrario, un indice du gaspillage. » L'« indice du bonheur » est compris entre l'enfer (0) et le paradis (100). À l'inverse, plus l'indice de gaspillage est élevé, plus il est problématique.

Les villes moyennes plébiscitées

Sur les vingt-trois villes étudiées, la note du bonheur se situe modestement à 60, avec un écart de 25 % entre la ville numéro un, Besançon (68), et la dernière du classement, Rouen (54). L'indice du gaspillage grimpe, lui, à plus de 10 (Rouen), et près de ce chiffre pour Caen et Lyon. Satisfecit en revanche pour Marseille et Limoges (respectivement 5,76 et 5,51). Le gaspillage est épinglé concernant les transports à Dijon, Metz et Caen (16), et sur les loisirs, où les maires en font trop et mal, particulièrement à Bordeaux (16), Montpellier et Lyon (17). Pour Philippe Plantier, ces résultats révèlent que les villes ne gèrent pas les citoyens comme des clients à satisfaire. Et qu'elles ont tort. « Dans les entreprises, on tire la sonnette d'alarme quand l'indice de qualité de service est inférieur à 85 et quand celui du gaspillage dépasse 6 ! » (lire l'entretien page 30). Une affirmation qui dérangera peut-être, mais qui n'est pas la seule révélation de ce classement.

Autre enseignement : les citoyens des villes administrées par une équipe socialiste seraient plus heureux. Ainsi, alors que les vingt-deux chefs-lieux de région sont tenues à part quasi égale par la gauche et la droite, les six villes les plus pertinentes dans leur action, pour leurs habitants, sont « roses ». Et sur les dix qui obtiennent un score supérieur à la moyenne, seulement quatre sont « bleues ». Mieux : Lyon et Ajaccio, villes à gauche, obtiennent un indice de bonheur supérieur de 10 % auprès des sympathisants de droite ! Amiens, capitale de la Picardie dirigée par Gilles de Robien (UDF, qui a laissé sa place à Brigitte Fouré depuis son entrée au gouvernement), est la première ville de droite dans le palmarès, au septième rang, mais elle prend sa revanche en obtenant la palme sur le thème très sensible du comportement des élus, qui mesure leur disponibilité, leur capacité à se battre pour les emplois et à porter l'image de la ville.

Le classement révèle que ce ne sont pas les grandes métropoles et le sud du pays qui font le « bonheur » : Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Lille et Marseille se situent entre la quinzième et l'avant-dernière place du classement. Dans ces agglomérations, il est difficile de satisfaire des populations brassées et de permettre aux nouveaux venus de prendre la mesure de l'action municipale. Il faut en moyenne plus de dix ans d'ancienneté dans la ville pour apprécier les actions. À cet égard, Paris fait figure d'exception : la ville émerveille les nouvelles recrues, installées depuis moins deux ans, qui lui attribuent une note exceptionnelle (81), mais lasse très vite, avec un score en chute libre (59) pour les habitants de plus de dix ans. Ce sont bien les villes moyennes qui s'en sortent le mieux, à l'instar de Besançon, Limoges et Rennes, qui montent sur le podium (respectivement numéro un, deux et trois), avec un parcours sans faute et des notes toujours supérieures à la moyenne sur chacun des quinze thèmes étudiés (lire les tableaux par item page 32). Nantes arrive en quatrième position, avec toutefois une première place enviable (ex-aequo avec Rennes) sur le thème de « la vie en général », qui rassemble les opinions sur le bonheur de vivre dans sa ville et l'avenir qu'on pense y trouver pour soi et pour les jeunes générations.

À Besançon, le maire (PS) Jean-Louis Fousseret et son équipe goûtent cette palme d'or comme une récompense des efforts entrepris. Bezac - surnom de la ville - arrive en tête pour les loisirs et la convivialité et se place dans le trio gagnant pour le social et la santé, l'environnement, la confiance, les transports, la sécurité... L'action de la municipalité auprès des jeunes, des personnes seules, des retraités et des familles est également reconnue comme pertinente. Le gaspillage est pointé dans les domaines des transports et du commerce. « Depuis le début de mon mandat en 2001, je m'emploie avec l'équipe d'adjoints et de conseillers municipaux qui m'entoure à construire une ville où il fait bon vivre ensemble », souligne l'édile.

Décalage dans l'économie-social

La ville a ainsi mis en place il y a trois ans Proxim'Cité, un numéro d'appel gratuit pour signaler tous les dysfonctionnements (dont propreté, éclairage public, voirie) et les traite en 48 heures. Elle a également créé un Conseil des sages pour les anciens et entrepris d'équiper gratuitement les élèves de CE2 d'Internet à domicile. Elle travaille aussi à la requalification des quartiers d'habitat social et vient d'inaugurer son palais des Sports. Elle promet, pour 2006, un Festival des musiques de rue et s'est portée candidate au classement de sa citadelle, construite par Vauban, au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Une stratégie offensive destinée à combler le grave déficit de notoriété de la ville qui accumule, comme autant de preuves de ses atouts méconnus, les médailles dans les palmarès : ville la plus écolo pour Le Figaro, la plus fraternelle pour La Vie, amie des enfants pour l'Unicef, troisième ville où l'on vit le mieux pour Le Point.

À Besançon comme ailleurs, les Français apprécient les marchés qui animent leur ville, l'offre de loisirs, la qualité de vie et les transports. Mais sur le développement économique et la capacité des élus à s'impliquer pour sauver ou créer des emplois, favoriser l'implantation d'entreprises et à se rendre globalement disponible, le décalage se creuse entre les actions municipales et les attentes des citoyens. Le bonheur est (toujours) dans le pré !