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Télévisions thématiques

La France est connue pour être un pays d'exceptions. Elle rentrera dans le rang concernant le marché de la télédiffusion satellitaire. D'ici à quelques mois, les deux plates- formes existantes, CanalSat (groupes Canal + et Lagardère) et TPS (groupes TF1 et M6), fusionneront. L'accord a été annoncé le 11 décembre 2005. La France est l'un des derniers pays à posséder deux offres concurrentes. Ailleurs, la règle est celle de l'opérateur unique : BSkyB en Grande-Bretagne (intégration d'ITV Digital en 2002), SkyItalia en Italie (fusion Stream-Télé + en 2003), Digital + en Espagne (absorption de Via Digital par Sogecable en 2003), etc. L'enjeu économique est important car il ne porte pas que sur le marché des quelque neuf millions d'abonnés cumulés des deux bouquets satellitaires. Ce rapprochement influencera le paysage audiovisuel français et les modèles économiques des chaînes thématiques, qui représentent un secteur importa nt. En octobre 2005, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a référencé 104 « services de télévision en activité » disponibles en France et conventionnés. Auxquels il convient d'ajouter les nouvelles chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT) et les programmes déclarés, mais conventionnés dans un autre pays par une instance de régulation européenne. Ceux-ci représentent 25 chaînes, dont une petite dizaine apparue récemment (Nickelodeon, MTV Pulse et Idol, Fox Life et Discovery Real Time).

Au total, le paysage audiovisuel français (PAF) de complément, comme le marché le désigne, rassemble un peu moins de 150 chaînes francophones diffusées sur le territoire national. La fusion CanalSat-TPS aura forcément des répercussions sur cette offre, d'autant que l'annonce intervient dans un contexte économique où les chaînes thématiques sont encore loin de la rentabilité. C'est le constat du CSA dans son enquête annuelle sur l'économie des chaînes du câble-satellite, publiée en novembre 2005 pour l'année précédente. « Le bilan est positif, avec un bémol négatif : si le chiffre d'affaires a augmenté de 7 %, le secteur continue à enregistrer des pertes importantes », annonce Sylvie Genevoix, conseillère au CSA. Selon l'étude, les chaînes thématiques ont engrangé 955,3 millions d'euros de recettes en 2004, dont la majeure partie (660 millions, en hausse de 5 %) provient des abonnements. Les recettes publicitaires, elles, ont bondi de 18 %, à 139,9 millions d'euros (hors RTL9), mais représentent seulement 15 % du chiffre d'affaires total des chaînes thématiques. Le CSA pointe une autre réalité économique : en 2004, le secteur a réalisé un résultat net négatif de 80 millions d'euros. Un niveau de pertes assez stable depuis deux ans : - 81 millions en 2002 et - 87,7 millions en 2003.

Une quinzaine de doublons

« Ces chiffres recouvrent des réalités très différentes selon les chaînes et les secteurs thématiques, poursuit Sylvie Genevoix. Vingt chaînes représentent 82 % du chiffre d'affaires total du secteur et l'appartenance d'une chaîne à un groupe est un élément clé. » Ainsi, les actionnaires de CanalSat et TPS (Canal + et Lagardère, TF1 et M6) contrôlent la moitié des cent quatre chaînes conventionnées par le CSA. Elles génèrent 72 % du chiffre d'affaires global du secteur, mais contribuent à plus de 86 % du résultat net négatif. Au final, sur les neuf groupes identifiés par le CSA, seuls deux affichent des résultats net et d'exploitation positifs : AB et France Télévisions.

La première conséquence du rapprochement CanalSat-TPS est la probable disparition de chaînes. Les offres de programmes des deux opérateurs proposent de nombreuses chaînes aux promesses similaires, en particulier dans les thématiques cinéma, musique et jeunesse : ainsi CinéCinéma Classic d'un côté, et TPS Ciné Club, de l'autre ; MCM Top et M6 Music Hit ou Piwi et Tiji. Une quinzaine de cas semblables peuvent être identifiés. On peut aussi penser au domaine de l'information avec LCI et I-Télé, mais, en l'espèce, l'accord TPS-CanalSat ne portant que sur la TV payante, les deux chaînes devraient continuer d'exister.

« En mettant en parallèle deux offres, on peut penser qu'il y aura des regroupements car plusieurs chaînes ont des positionnements voisins, confirme Philippe Bailly, directeur associé du cabinet NPA Conseil. Toutefois, le rapprochement des deux chaînes peut aussi profiter au programme né de cette fusion, car son budget de fonctionnement sera plus important. D'autre part, les économies d'échelle dégagées par l'opération pourraient financer la création de nouveaux programmes, sur des formats encore inexploités. » Le cas s'est produit en Grande-Bretagne avec l'absorption d'ITV Digital par BSkyB. « Seule une poignée de chaînes ont disparu juste après l'opération et, depuis, énormément d'autres se sont créées », indique Jason Deans, responsable de la rubrique télévision au quotidien britannique The Guardian. « Des chaînes ont déjà disparu, rappelle Jean d'Arthuys, PDG de M6 Thématiques. Le rapprochement devrait permettre de donner plus de ressources aux chaînes et donc d'investir plus sur les programmes plutôt que de dépenser sur la promotion ou l'achat de droits américains. » « Cela aura le mérite de clarifier le marché », lance un éditeur concurrent, qui parie sur la notoriété et l'attractivité de ses marques. Les plus inquiets sont les éditeurs indépendants, c'est-à-dire les sociétés non adossées à l'un des groupes actionnaires du futur ensemble. « Ces éditeurs peuvent se retrouver marginalisés, reconnaît Éric Brion, président de l'Acces (Association des chaînes conventionnées éditrices de services), qui attend la publication de deux décrets. « Le premier, qui date de 2004, doit permettre au CSA d'intervenir dans les conflits entre éditeurs et distributeurs. Le second doit instaurer aux plates-formes un quota de chaînes indépendantes. » Un texte voté... en 2000. « Cela me gênerait que les chaînes indépendantes paient le prix de cette fusion, poursuit Richard Maroko, directeur des programmes du groupe AB. Je comprends la logique de cette fusion. Cependant, avec un seul interlocuteur, nous pourrions être moins bien lotis en termes d'accès aux programmes ou de rémunération. »

La rémunération, enjeu du marché

Car la deuxième conséquence de l'opération peut être la baisse des rémunérations pour les chaînes thématiques et, donc, une diminution de leurs moyens. « Avoir un seul intervenant, plus puissant, c'est en effet la crainte de voir les rémunérations s'effondrer, analyse Philippe Bailly de NPA Conseil. Ce serait un mauvais calcul à court terme car le nouvel opérateur a tout intérêt à conserver des programmes forts. D'autant qu'il a désormais la concurrence de la TNT gratuite. » Une analyse partagée par de nombreux intervenants sur le marché. « La rémunération sera l'enjeu du marché, estime un patron de chaîne. Mais les plates-formes sont fatiguées de s'être fait la guerre. Cela va se calmer et l'argent qui ne sera pas dépensé dans le marketing le sera dans les chaînes. » Pour s'arracher les abonnés l'an passé, les deux bouquets ont en effet investi plus de 132 millions d'euros dans les médias, selon Yacast (66 millions tant pour CanalSat que pour TPS, sans compter les 60 millions de Canal +). « On ne peut rien présager. Ce qui est certain, c'est que le modèle économique des chaînes va être remis à plat, indique Éric Brion, de l'Acces. « Cette opération est, en fait, une opportunité pour les ressources des chaînes », tranche Jean d'Arthuys, de M6 Thématiques. Le rapprochement CanalSat-TPS pourra aussi avoir un troisième effet : la tentation pour le nouvel ensemble de succomber aux chaînes des grands studios américains. Plus économiques, elles bénéficient de coûts réduits car leurs programmes ont déjà été amortis sur d'autres territoires (lire ci-dessous). « De vraies inégalités naissent de ce problème, assure Richard Maroko, d'AB Groupe. Ces chaînes sont bien rémunérées et bénéficient d'un bon placement sur le plan de numération des opérateurs. Ce point pourrait compliquer la fusion car il existe beaucoup d'intérêts divergents. »

Cependant, tout n'est pas gris. « Le nouvel ensemble constituera un grand acteur français de l'audiovisuel », a annoncé Vivendi, le 16 décembre, dans un communiqué où il promet aux abonnés une « offre fortement enrichie et améliorée ». Des éditeurs voient beaucoup d'opportunités dans ce rapprochement. Doté d'un potentiel d'audience bien plus important que deux structures autonomes, le nouvel ensemble peut dynamiser les projets. « Nombre de chaînes n'avaient pas la possibilité d'accéder à tous les abonnés en raison d'accords d'exclusivité, indique Éric Brion. Le fait de pouvoir couvrir l'ensemble des foyers abonnés leur permettra d'optimiser leurs recettes publicitaires. » Reste à connaître les véritables contours du futur ensemble. D'ici là, les éditeurs devront compter avec deux interlocuteurs.

 www.csa.fr

 www.npaconseil.fr

 www.vivendiuniversal.com

La France est connue pour être un pays d'exceptions. Elle rentrera dans le rang concernant le marché de la télédiffusion satellitaire. D'ici à quelques mois, les deux plates- formes existantes, CanalSat (groupes Canal + et Lagardère) et TPS (groupes TF1 et M6), fusionneront. L'accord a été annoncé le 11 décembre 2005. La France est l'un des derniers pays à posséder deux offres concurrentes. Ailleurs, la règle est celle de l'opérateur unique : BSkyB en Grande-Bretagne (intégration d'ITV Digital en 2002), SkyItalia en Italie (fusion Stream-Télé + en 2003), Digital + en Espagne (absorption de Via Digital par Sogecable en 2003), etc. L'enjeu économique est important car il ne porte pas que sur le marché des quelque neuf millions d'abonnés cumulés des deux bouquets satellitaires. Ce rapprochement influencera le paysage audiovisuel français et les modèles économiques des chaînes thématiques, qui représentent un secteur importa nt. En octobre 2005, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a référencé 104 « services de télévision en activité » disponibles en France et conventionnés. Auxquels il convient d'ajouter les nouvelles chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT) et les programmes déclarés, mais conventionnés dans un autre pays par une instance de régulation européenne. Ceux-ci représentent 25 chaînes, dont une petite dizaine apparue récemment (Nickelodeon, MTV Pulse et Idol, Fox Life et Discovery Real Time).

Au total, le paysage audiovisuel français (PAF) de complément, comme le marché le désigne, rassemble un peu moins de 150 chaînes francophones diffusées sur le territoire national. La fusion CanalSat-TPS aura forcément des répercussions sur cette offre, d'autant que l'annonce intervient dans un contexte économique où les chaînes thématiques sont encore loin de la rentabilité. C'est le constat du CSA dans son enquête annuelle sur l'économie des chaînes du câble-satellite, publiée en novembre 2005 pour l'année précédente. « Le bilan est positif, avec un bémol négatif : si le chiffre d'affaires a augmenté de 7 %, le secteur continue à enregistrer des pertes importantes », annonce Sylvie Genevoix, conseillère au CSA. Selon l'étude, les chaînes thématiques ont engrangé 955,3 millions d'euros de recettes en 2004, dont la majeure partie (660 millions, en hausse de 5 %) provient des abonnements. Les recettes publicitaires, elles, ont bondi de 18 %, à 139,9 millions d'euros (hors RTL9), mais représentent seulement 15 % du chiffre d'affaires total des chaînes thématiques. Le CSA pointe une autre réalité économique : en 2004, le secteur a réalisé un résultat net négatif de 80 millions d'euros. Un niveau de pertes assez stable depuis deux ans : - 81 millions en 2002 et - 87,7 millions en 2003.

Une quinzaine de doublons

« Ces chiffres recouvrent des réalités très différentes selon les chaînes et les secteurs thématiques, poursuit Sylvie Genevoix. Vingt chaînes représentent 82 % du chiffre d'affaires total du secteur et l'appartenance d'une chaîne à un groupe est un élément clé. » Ainsi, les actionnaires de CanalSat et TPS (Canal + et Lagardère, TF1 et M6) contrôlent la moitié des cent quatre chaînes conventionnées par le CSA. Elles génèrent 72 % du chiffre d'affaires global du secteur, mais contribuent à plus de 86 % du résultat net négatif. Au final, sur les neuf groupes identifiés par le CSA, seuls deux affichent des résultats net et d'exploitation positifs : AB et France Télévisions.

La première conséquence du rapprochement CanalSat-TPS est la probable disparition de chaînes. Les offres de programmes des deux opérateurs proposent de nombreuses chaînes aux promesses similaires, en particulier dans les thématiques cinéma, musique et jeunesse : ainsi CinéCinéma Classic d'un côté, et TPS Ciné Club, de l'autre ; MCM Top et M6 Music Hit ou Piwi et Tiji. Une quinzaine de cas semblables peuvent être identifiés. On peut aussi penser au domaine de l'information avec LCI et I-Télé, mais, en l'espèce, l'accord TPS-CanalSat ne portant que sur la TV payante, les deux chaînes devraient continuer d'exister.

« En mettant en parallèle deux offres, on peut penser qu'il y aura des regroupements car plusieurs chaînes ont des positionnements voisins, confirme Philippe Bailly, directeur associé du cabinet NPA Conseil. Toutefois, le rapprochement des deux chaînes peut aussi profiter au programme né de cette fusion, car son budget de fonctionnement sera plus important. D'autre part, les économies d'échelle dégagées par l'opération pourraient financer la création de nouveaux programmes, sur des formats encore inexploités. » Le cas s'est produit en Grande-Bretagne avec l'absorption d'ITV Digital par BSkyB. « Seule une poignée de chaînes ont disparu juste après l'opération et, depuis, énormément d'autres se sont créées », indique Jason Deans, responsable de la rubrique télévision au quotidien britannique The Guardian. « Des chaînes ont déjà disparu, rappelle Jean d'Arthuys, PDG de M6 Thématiques. Le rapprochement devrait permettre de donner plus de ressources aux chaînes et donc d'investir plus sur les programmes plutôt que de dépenser sur la promotion ou l'achat de droits américains. » « Cela aura le mérite de clarifier le marché », lance un éditeur concurrent, qui parie sur la notoriété et l'attractivité de ses marques. Les plus inquiets sont les éditeurs indépendants, c'est-à-dire les sociétés non adossées à l'un des groupes actionnaires du futur ensemble. « Ces éditeurs peuvent se retrouver marginalisés, reconnaît Éric Brion, président de l'Acces (Association des chaînes conventionnées éditrices de services), qui attend la publication de deux décrets. « Le premier, qui date de 2004, doit permettre au CSA d'intervenir dans les conflits entre éditeurs et distributeurs. Le second doit instaurer aux plates-formes un quota de chaînes indépendantes. » Un texte voté... en 2000. « Cela me gênerait que les chaînes indépendantes paient le prix de cette fusion, poursuit Richard Maroko, directeur des programmes du groupe AB. Je comprends la logique de cette fusion. Cependant, avec un seul interlocuteur, nous pourrions être moins bien lotis en termes d'accès aux programmes ou de rémunération. »

La rémunération, enjeu du marché

Car la deuxième conséquence de l'opération peut être la baisse des rémunérations pour les chaînes thématiques et, donc, une diminution de leurs moyens. « Avoir un seul intervenant, plus puissant, c'est en effet la crainte de voir les rémunérations s'effondrer, analyse Philippe Bailly de NPA Conseil. Ce serait un mauvais calcul à court terme car le nouvel opérateur a tout intérêt à conserver des programmes forts. D'autant qu'il a désormais la concurrence de la TNT gratuite. » Une analyse partagée par de nombreux intervenants sur le marché. « La rémunération sera l'enjeu du marché, estime un patron de chaîne. Mais les plates-formes sont fatiguées de s'être fait la guerre. Cela va se calmer et l'argent qui ne sera pas dépensé dans le marketing le sera dans les chaînes. » Pour s'arracher les abonnés l'an passé, les deux bouquets ont en effet investi plus de 132 millions d'euros dans les médias, selon Yacast (66 millions tant pour CanalSat que pour TPS, sans compter les 60 millions de Canal +). « On ne peut rien présager. Ce qui est certain, c'est que le modèle économique des chaînes va être remis à plat, indique Éric Brion, de l'Acces. « Cette opération est, en fait, une opportunité pour les ressources des chaînes », tranche Jean d'Arthuys, de M6 Thématiques. Le rapprochement CanalSat-TPS pourra aussi avoir un troisième effet : la tentation pour le nouvel ensemble de succomber aux chaînes des grands studios américains. Plus économiques, elles bénéficient de coûts réduits car leurs programmes ont déjà été amortis sur d'autres territoires (lire ci-dessous). « De vraies inégalités naissent de ce problème, assure Richard Maroko, d'AB Groupe. Ces chaînes sont bien rémunérées et bénéficient d'un bon placement sur le plan de numération des opérateurs. Ce point pourrait compliquer la fusion car il existe beaucoup d'intérêts divergents. »

Cependant, tout n'est pas gris. « Le nouvel ensemble constituera un grand acteur français de l'audiovisuel », a annoncé Vivendi, le 16 décembre, dans un communiqué où il promet aux abonnés une « offre fortement enrichie et améliorée ». Des éditeurs voient beaucoup d'opportunités dans ce rapprochement. Doté d'un potentiel d'audience bien plus important que deux structures autonomes, le nouvel ensemble peut dynamiser les projets. « Nombre de chaînes n'avaient pas la possibilité d'accéder à tous les abonnés en raison d'accords d'exclusivité, indique Éric Brion. Le fait de pouvoir couvrir l'ensemble des foyers abonnés leur permettra d'optimiser leurs recettes publicitaires. » Reste à connaître les véritables contours du futur ensemble. D'ici là, les éditeurs devront compter avec deux interlocuteurs.

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 www.vivendiuniversal.com