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Maison

Corinne et Gilles habitent un immeuble construit autour d'un jardin, où ils gardent un oeil sur leurs enfants jouant avec les petits voisins. En fin d'après-midi, toute la bande rejoint l'appartement pour faire ses devoirs sur la grande table de la cuisine, achetée chez Ikea. La famille ne regarde jamais la télévision dans le salon : l'écran « home cinéma » et le lecteur DVD Sony sont situés dans la chambre des parents. L'aînée de Gilles, adolescente, s'est aménagé un véritable studio dans sa chambre, avec un petit réfrigérateur Brandt en forme de panda. La salle de bains n'est pas fermée : il n'est pas rare que parents et enfants fassent leurs ablutions en commun, à la japonaise. Leur douche à deux places, de marque Samo, permet de gagner du temps le matin.

Cette vie de famille fictive est librement inspirée de l'étude Innolive menée en 2005 par les agences Intuitions et In Process. Ces deux cabinets d'innovation et de prospective ont observé dans leur vie quotidienne des populations certes d'aujourd'hui (familles recomposées, mono ou homoparentales, rurales ou urbaines), mais annonciatrices des comportements de demain. Certaines évolutions sont déjà bien visibles, tel le sacre de la cuisine comme véritable coeur du foyer. « Les citadins recréent le mythe de la maison de famille autour de la table, qui sert à stocker les aliments, préparer le repas, manger, échanger, faire ses devoirs », souligne Christophe Rebours, président d'In Process. L'agence a imaginé un prototype de table intelligente qui rassemblerait toutes ces fonctions. En ville, la tendance reste souvent un fantasme étant donné la taille des cuisines.

Nostalgie des années cinquante

Mais les professionnels confirment la santé de leur métier : « Le marché de la cuisine a connu une croissance de 5,6 % en 2005, contre 2,5 % pour l'ameublement en général, se félicite William Louis-Marie, directeur de la marque et de la stratégie d'Hygena. La cuisine a remplacé le salon comme pièce familiale. » La mise en chantier de quelque 400 000 logements en 2005 (10 % de plus qu'en 2004) et le maintien de la TVA à 5,5 % soutiennent les dépenses d'équipement des foyers. En revanche, « à New York, on loue des appartements sans cuisine pour les célibataires habitués à sortir », note Christophe Rebours.

Alors que la salle à manger tend à se dissoudre dans le rapprochement cuisine-salon, ce dernier devient une pièce hybride, consacrée à la fois au divertissement et au repos. C'est le royaume des meubles modulables, bouts de canapés qui servent aussi de rangement, tables basses reconverties en sièges, plateaux intégrés aux fauteuils... Le développement des écrans plats modifie l'assise des canapés. N'oublions pas que « c'est la télévision qui a introduit les canapés dans nos foyers, et par voie de conséquence les tables basses et les meubles hi-fi, rappelle l'étude Domovision, réalisée par VIA (Valorisation des industries de l'ameublement) et l'agence Loeb Innovation pour le Salon du meuble. Demain, il faudra mettre à la disposition de nos contemporains des sièges plus confortables, avec repose-pieds, qui tiennent compte de l'allongement du temps de visionnage. De plus, les solutions devront s'adapter à l'accroissement de la morphologie humaine, plus 6 cm en moyenne sur deux générations. »

Les pratiques culturelles se morcelant, le salon perd son statut de lieu de rencontre des générations : la PSP de Sony permet de regarder un film dans sa chambre, la Xbox 360 de Microsoft autorise à la fois le jeu et le stockage de photos de famille. L'étude Innolive anticipe la disparition du rituel de la consommation de télévision en commun dans le salon. À terme, l'électronique s'intégrera directement dans les meubles. Pour Stefano Marzano, le prophétique président de Philips Design, cité dans Stratégies n° 1363, les objets de demain seront « des sortes de majordomes, discrets et intelligents, qui anticiperont nos désirs ». Le lapin interactif Nabaztag, conçu par In Process et la société Violet, a déjà séduit 15 000acheteurs, avec ses oreilles qui bougent selon les cours de Bourse ou le temps qu'il fait.

L'aménagement de la maison évolue aussi en fonction de la taille de la famille. D'un côté, 17 % des foyers français sont monoparentaux ; de l'autre, 25 % des 25-30 ans habitent chez leurs parents. Pour ces grands enfants, la chambre est vécue comme un appartement en miniature, avec ordinateur, télévision, hi-fi, parfois réfrigérateur personnel. Les rangements montent jusqu'au plafond pour optimiser l'espace, des cloisons mobiles, intégrant parfois un éclairage, créent des îlots d'intimité.

Malgré l'essor des spas à domicile et autres éléments de balnéothérapie, les Français investissent moins dans la salle de bains que dans la cuisine. Pour cette pièce réduite (6 m² en moyenne, contre 11 m² pour la cuisine), le marché n'a progressé que de 2 % en 2005. Les douches d'hydrothérapie, encore réservées à une élite, ont vu pour leur part leurs ventes augmenter de 10 %. Les plus de cinquante ans, qui couvrent à eux seuls 80 % des dépenses annuelles d'amélioration de l'habitat, devraient soutenir la demande. Le salon professionnel Ideo Bain, qui s'est tenu du 17 au 22 janvier, à Paris, porte de Versailles, a consacré un thème particulier aux « seniors, nouveaux consommateurs », appelant les industriels à concilier esthétisme et ergonomie. Villeroy&Bosch fait plancher des ergothérapeutes et des architectes sur sa prochaine gamme, prévue en 2007.

Cette prévalence des baby-boomers dans les dépenses d'équipement n'est peut-être pas pour rien dans la tendance retenue par le cabinet Nelly Rodi pour le Salon Maison&Objet, qui aura lieu à Paris-Nord Villepinte entre le 27 et le 31 janvier (1) : la « newstalgie » des Trente Glorieuses érigées en âge d'or où l'on croyait encore à des jours meilleurs. Cette nostalgie des années cinquante explique le succès des objets rétro, tels les réfrigérateurs et les lave-vaisselle Smeg. L'évocation des anciennes solidarités inspire les populations observées par Innolive, qui recréent des communautés à l'échelle de leur rue ou de leur immeuble. Et si l'élément clé de la maison était la porte d'entrée ?

(1) Organisé par le Safi, filiale de Reed Exhibitions et de la Chambre syndicale des ateliers d'art de France.

Corinne et Gilles habitent un immeuble construit autour d'un jardin, où ils gardent un oeil sur leurs enfants jouant avec les petits voisins. En fin d'après-midi, toute la bande rejoint l'appartement pour faire ses devoirs sur la grande table de la cuisine, achetée chez Ikea. La famille ne regarde jamais la télévision dans le salon : l'écran « home cinéma » et le lecteur DVD Sony sont situés dans la chambre des parents. L'aînée de Gilles, adolescente, s'est aménagé un véritable studio dans sa chambre, avec un petit réfrigérateur Brandt en forme de panda. La salle de bains n'est pas fermée : il n'est pas rare que parents et enfants fassent leurs ablutions en commun, à la japonaise. Leur douche à deux places, de marque Samo, permet de gagner du temps le matin.

Cette vie de famille fictive est librement inspirée de l'étude Innolive menée en 2005 par les agences Intuitions et In Process. Ces deux cabinets d'innovation et de prospective ont observé dans leur vie quotidienne des populations certes d'aujourd'hui (familles recomposées, mono ou homoparentales, rurales ou urbaines), mais annonciatrices des comportements de demain. Certaines évolutions sont déjà bien visibles, tel le sacre de la cuisine comme véritable coeur du foyer. « Les citadins recréent le mythe de la maison de famille autour de la table, qui sert à stocker les aliments, préparer le repas, manger, échanger, faire ses devoirs », souligne Christophe Rebours, président d'In Process. L'agence a imaginé un prototype de table intelligente qui rassemblerait toutes ces fonctions. En ville, la tendance reste souvent un fantasme étant donné la taille des cuisines.

Nostalgie des années cinquante

Mais les professionnels confirment la santé de leur métier : « Le marché de la cuisine a connu une croissance de 5,6 % en 2005, contre 2,5 % pour l'ameublement en général, se félicite William Louis-Marie, directeur de la marque et de la stratégie d'Hygena. La cuisine a remplacé le salon comme pièce familiale. » La mise en chantier de quelque 400 000 logements en 2005 (10 % de plus qu'en 2004) et le maintien de la TVA à 5,5 % soutiennent les dépenses d'équipement des foyers. En revanche, « à New York, on loue des appartements sans cuisine pour les célibataires habitués à sortir », note Christophe Rebours.

Alors que la salle à manger tend à se dissoudre dans le rapprochement cuisine-salon, ce dernier devient une pièce hybride, consacrée à la fois au divertissement et au repos. C'est le royaume des meubles modulables, bouts de canapés qui servent aussi de rangement, tables basses reconverties en sièges, plateaux intégrés aux fauteuils... Le développement des écrans plats modifie l'assise des canapés. N'oublions pas que « c'est la télévision qui a introduit les canapés dans nos foyers, et par voie de conséquence les tables basses et les meubles hi-fi, rappelle l'étude Domovision, réalisée par VIA (Valorisation des industries de l'ameublement) et l'agence Loeb Innovation pour le Salon du meuble. Demain, il faudra mettre à la disposition de nos contemporains des sièges plus confortables, avec repose-pieds, qui tiennent compte de l'allongement du temps de visionnage. De plus, les solutions devront s'adapter à l'accroissement de la morphologie humaine, plus 6 cm en moyenne sur deux générations. »

Les pratiques culturelles se morcelant, le salon perd son statut de lieu de rencontre des générations : la PSP de Sony permet de regarder un film dans sa chambre, la Xbox 360 de Microsoft autorise à la fois le jeu et le stockage de photos de famille. L'étude Innolive anticipe la disparition du rituel de la consommation de télévision en commun dans le salon. À terme, l'électronique s'intégrera directement dans les meubles. Pour Stefano Marzano, le prophétique président de Philips Design, cité dans Stratégies n° 1363, les objets de demain seront « des sortes de majordomes, discrets et intelligents, qui anticiperont nos désirs ». Le lapin interactif Nabaztag, conçu par In Process et la société Violet, a déjà séduit 15 000acheteurs, avec ses oreilles qui bougent selon les cours de Bourse ou le temps qu'il fait.

L'aménagement de la maison évolue aussi en fonction de la taille de la famille. D'un côté, 17 % des foyers français sont monoparentaux ; de l'autre, 25 % des 25-30 ans habitent chez leurs parents. Pour ces grands enfants, la chambre est vécue comme un appartement en miniature, avec ordinateur, télévision, hi-fi, parfois réfrigérateur personnel. Les rangements montent jusqu'au plafond pour optimiser l'espace, des cloisons mobiles, intégrant parfois un éclairage, créent des îlots d'intimité.

Malgré l'essor des spas à domicile et autres éléments de balnéothérapie, les Français investissent moins dans la salle de bains que dans la cuisine. Pour cette pièce réduite (6 m² en moyenne, contre 11 m² pour la cuisine), le marché n'a progressé que de 2 % en 2005. Les douches d'hydrothérapie, encore réservées à une élite, ont vu pour leur part leurs ventes augmenter de 10 %. Les plus de cinquante ans, qui couvrent à eux seuls 80 % des dépenses annuelles d'amélioration de l'habitat, devraient soutenir la demande. Le salon professionnel Ideo Bain, qui s'est tenu du 17 au 22 janvier, à Paris, porte de Versailles, a consacré un thème particulier aux « seniors, nouveaux consommateurs », appelant les industriels à concilier esthétisme et ergonomie. Villeroy&Bosch fait plancher des ergothérapeutes et des architectes sur sa prochaine gamme, prévue en 2007.

Cette prévalence des baby-boomers dans les dépenses d'équipement n'est peut-être pas pour rien dans la tendance retenue par le cabinet Nelly Rodi pour le Salon Maison&Objet, qui aura lieu à Paris-Nord Villepinte entre le 27 et le 31 janvier (1) : la « newstalgie » des Trente Glorieuses érigées en âge d'or où l'on croyait encore à des jours meilleurs. Cette nostalgie des années cinquante explique le succès des objets rétro, tels les réfrigérateurs et les lave-vaisselle Smeg. L'évocation des anciennes solidarités inspire les populations observées par Innolive, qui recréent des communautés à l'échelle de leur rue ou de leur immeuble. Et si l'élément clé de la maison était la porte d'entrée ?

(1) Organisé par le Safi, filiale de Reed Exhibitions et de la Chambre syndicale des ateliers d'art de France.