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Matthieu Laurette

26/10/2006

Je suis né sur TF1 le 16 mars 1993, sur le plateau de l'émission Tournez manège. À la question d'Évelyne Leclerc, la présentatrice, qui voulait savoir ce que je souhaitais faire dans la vie, j'ai répondu « Artiste », et à la question « Mais quel genre d'artiste ? Peintre ? Sculpteur ? », j'ai répondu « Artiste multimédia ». Cet épisode constitue mon acte de naissance artistique ! L'idée de devenir artiste ne m'est bien évidemment pas passée par la tête ce jour-là. J'étais étudiant aux Beaux-Arts de Grenoble et ma préoccupation à l'époque était d'explorer la place de l'artiste dans les médias. Quelle est la place de l'individu, la marge d'autonomie de l'artiste ? Avec cette première « apparition » (et les nombreuses autres qui ont suivi), il s'agissait de travailler l'image - comme le fait tout artiste - mais de l'intérieur du média a priori le plus inaccessible, et avec des moyens de production que ne possède pas le monde de l'art. TF1 est une chaîne qui a paradoxalement tout ce dont un artiste a besoin en termes de production, diffusion et public. La question est de savoir comment l'artiste, l'annonceur, le producteur et le téléspectateur peuvent partager un territoire commun pour des raisons différentes. Ces raisons sont autant de questions posées pour ouvrir un champ de possibles télévisuels.

Comment ce large vecteur de diffusion, qui a tendance à uniformiser son public, peut-il devenir un média personnalisé ? Comment imaginer cette personnalisation sans tomber dans la télévision à la demande ? Comment inventer de nouveaux types d'interactivité ? Comment mettre en branle un processus de participation non impératif qui s'accorde à la disponibilité du téléspectateur ? Comment sortir du « glocal » (global/local) ? Pourquoi ne peut-on pas accéder à TF1 plus largement dans le monde ? Comment s'approprier la télévision autrement qu'en choisissant son émission ? Comment une chaîne comme TF1 peut-elle réactiver le caractère expérimental qu'avaient les collaborations avec la télévision dans les années soixante (avec par exemple des artistes comme Nam June Paik, Vito Acconci ou la « Galerie télévisée » de Gerry Schum), avant d'être diabolisée par d'autres artistes (que l'on songe, par exemple, à Chris Burden qui prend en otage une speakerine sur le plateau de télévision d'une chaîne locale américaine) ? Pourquoi ne pas mêler les genres et faire apparaître, de manière décomplexée, de l'art contemporain au détour d'un talk-show, d'un JT ou d'une série (comme lorsqu'une oeuvre d'Aleksandra Mir est citée par un personnage au cours d'un épisode de Six Feet Under, ou lorsqu'une toile de Ross Bleckner devient un élément de l'intrigue dans Sex and the City) ? Pourquoi ne pas réinjecter plus d'immédiateté télévisuelle ? Pourquoi TF1 ne serait-elle pas multilingue comme les DVD ? Pourquoi faudrait-il écouter une personne assise à une table qui nous parle à travers une fenêtre ? Pourquoi ne pas imaginer un autre mode de présentation et un usage contemporain du multifenêtrage ? Pourquoi ne pas sortir de l'idée que l'oeil de la caméra enregistre ce qui est ? Pourquoi TF1 est-elle devenue si adulte alors que je rêve de lui voir retrouver un peu plus d'innocence et d'imprévisibilité ? Pourquoi ne pas profiter des horaires nocturnes pour tenter de nouvelles expériences télévisuelles ? Pourquoi ne pas insérer des miniplages de vingt, trente, voire cinquante secondes purement culturelles, décalées, expérimentales ? Pourquoi penser que le public n'est pas prêt pour le changement ? Pourquoi regarder LaFerme Célébrités relèverait-il d'un tour de force plus spectaculaire que regarder n'importer quel film d'auteur où, parfois, rien ne se passe ? Pourquoi ne peut-on pas zapper au sein d'une même chaîne ? Et si la chaîne n'avait plus que la moitié de son budget pour fonctionner, cette contrainte la rendrait-elle plus expérimentale ?

TF1 pourrait davantage revendiquer ce qu'elle est déjà : un potentiel d'exposition sans précédent qui peut jouer sur tous les niveaux de lecture. La question n'est plus de privilégier l'apparaître, mais l'exposition. TF1 est un lieu où exposer et s'exposer, au-delà de tout alibi culturel. Ce mélange détonnant doit être celui d'une combinaison inédite entre créativité et prise de risques : TF1, le plus gigantesque lieu d'exposition du futur ?

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Matthieu Laurette

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