MARKETING COMMUNICATION MEDIAS

Date de parution :

Plan de la rubrique Dossiers
Votre Flux Rss Stratégies Dossiers
Accueil > Etudes / Tendances > Dossiers > les montres à l'heure du high-tech > L'Inde, nouvel eldorado des marques


L'Inde, nouvel eldorado des marques

24/11/2006

L'Inde va-t-elle ouvrir en grand ses portes aux maisons de luxe, comme la Chine l'a fait ces dernières années ? C'est vraisemblable. Depuis février dernier, les marques peuvent enfin établir des joint-ventures au pays de Gandhi, ce qui leur permet d'ouvrir des magasins à leur enseigne, tout en en gardant le contrôle. Une bonne nouvelle pour, entre autres, Chanel, Omega, Cartier, Gucci, Armani, Louis Vuitton, Dior, Burberry, Cartier, Lancôme ou Hugo Boss, qui n'ont pas encore pu développer un réseau de distribution digne de leur réputation. Sur les soixante-dix maisons du Comité Colbert, seulement cinq d'entre elles sont, en effet, installées dans ce pays de contrastes. Et, pour l'heure, pas de précipatation, même si Ermenegildo Zegna annonce l'ouverture d'une boutique en nom propre à Bombay.

Fabuleuses fortunes

Le fruit revêt bien des aspects appétissants. Selon l'édition 2006 du « World Wealth Report » de Capgemini et Merrill Lynch, c'est en Inde que l'on observe la plus forte croissance du nombre de millionnaires (+19,3%), après la Corée du Sud (+21,3%). Ces riches Indiens disposent de plus d'un million de dollars en guise de patrimoine financier, et encore, en dehors de leur résidence principale !

En effet, si les deux tiers de la population continuent de vivre dans une très grande misère, de fabuleuses fortunes se développent. Lakshmi Mittal, cinquième richesse mondiale, en est le témoin. Sans parler du fort taux de croissance du produit intérieur brut (de l'ordre de 8 %), très envié notamment par notre vieille Europe. Le groupe bancaire suisse UBS prévoit qu'à l'horizon 2030, l'Inde et la Chine consommeront cinq fois plus que les États-Unis.

Grandes fortunes mises à part, la clientèle potentielle du luxe s'élève, selon Shamina Bhaidjy, analyste financier chez Ixis Securities, à 13 millions de personnes, sur les 1,086 milliard d'habitants que compte le pays. « De ce point de vue, l'Inde en est au stade de la Chine il y a une dizaine d'années », confirme cette spécialiste du luxe et de la cosmétique. De fait, le luxe tend à se démocratiser sur cette terre où le système des castes perdure, même s'il commence à s'atténuer. C'est surtout le cas dans les grandes villes, Bombay ou New Delhi, où traditions indiennes et vie occidentalisée se marient.

Un palace en guise de boutique

« Une classe moyenne aisée et diplômée, attirée par les marques de prestige en fort développement, vient s'ajouter à une bourgeoisie fortunée connaissant de longue date le luxe et ses marques », constate Élisabeth Ponsolle des Portes, déléguée générale du Comité Colbert. Mais aujourd'hui, ces adeptes de marques de haute volée sont encore obligés, faute de trouver une offre de luxe adéquate sur place, de réaliser leurs achats de rêve à Dubai ou en Europe. Un comble ! « Les instances gouvernementales ont bien compris que cela représentait un manque à gagner non négligeable. L'ouverture de boutiques entraînera, par ailleurs, une dynamique de recrutement et de formation sur place », poursuit, très pragmatique, Élisabeth Ponsolle des Portes.

Avant de s'implanter, il reste quelques obstacles à lever, tant au niveau des infrastructures commerciales qu'à celui des taxes. Au pays des somptueux palais des maharadjahs, il n'y a pas d'avenue Montaigne, pas de 5e Avenue, et encore moins de quartier Ginza, comme à Tokyo. Les marques de luxe ont, jusqu'à maintenant, opté pour des boutiques dans des palaces mythiques : Louis Vuitton est installé dans l'hôtel Taj Mahal de Bombay ou à l'Oberoi à New Delhi, Chanel à l'hôtel Impérial de cette même ville. La quête d'emplacements de rêve constitue donc, pour ce grand club de marques sélectives, la prochaine étape à franchir. « Contrairement à la Chine, il n'y a quasiment pas de centres commerciaux en Inde et encore moins de lieux consacrés au luxe, confirme Shamina Bhaidjy. Les marques de prestige ont donc peu de choix. On compte entre 100 et 150centres commerciaux. Mais il n'en existait pas il y a seulement dix ans ».

Outre le frein de l'urbanisme, les maisons de prestige sont encore pénalisées par des taxes exorbitantes, notamment en matière d'alcool. Même si elles sont censées baisser bientôt, ce n'est pas encore le cas. Le Comité Colbert a ainsi signé en juin dernier un accord sous l'égide de Kamal Nath, ministre indien du Commerce. « L'objectif consiste à mettre en place un groupe de travail avec l'équivalent indien du Medef pour réfléchir ensemble à la suppression des obstacles tarifaires », annonce, rassurante, Élisabeth Ponsolle des Portes.

L'aventure indienne ne fait que commencer. « Aujourd'hui, on peut non seulement faire des affaires en Inde, mais tout y est possible ! Les investissements étrangers sont les bienvenus, et encouragés. C'est même l'un des endroits les plus sûrs et les plus attractifs du monde pour les investissements étrangers », expliquait, en homme d'expérience après le rachat d'Arcelor, Lakshmi Mittal à nos confrères du magazine Le Point (1), dans un entretien l'été dernier. Le message a visiblement été entendu.

(1) Le Point du 6 juillet 2006.

UN goût prononcé pour le luxe

Un optimisme délirant : c'est l'une des principales conclusions d'une étude menée en Inde par Risc International auprès de 3 500 personnes de 15 à 60ans gagnant plus de 5 000 ­roupies par mois. « Plus de 80 % de ces Indiens estiment que leur niveau de vie va encore progresser, contre seulement 20 % en Europe et 40 % aux États-Unis », souligne Monica Holden-Graber, directrice associée. La c­onsommation reste un moyen de se distinguer, au besoin de façon ostentatoire. « L'Inde demeure un pays très religieux. Mais l'hindouisme n'interdit pas de s'enrichir et ne s'oppose pas au matérialisme. La compétitivité est acceptée », poursuit la directrice. N'oublions pas que Ganesh et ­Lakshmi, dieux de la bonne fortune et de la prospérité, figurent parmi les divinités les plus importantes du pays.

Cette étude confirme, d'autre part, que les Indiens éprouvent un véritable attrait pour le luxe, ce qui ne signifie pas qu'ils soient pour autant prêts à acheter n'importe quoi à n'importe quel prix. « Il y a de la place pour les marques de luxe, car les personnes interrogées sont, dans plus de 60 % des cas, en quête du style de vie des gens riches et célèbres. Dans ce contexte, la mode bouge et métisse les styles occidentaux et indiens. Cependant, le poids de la tradition reste important. Ainsi, les femmes cadres continuent de se rendre dans les réunions en sari », observe-t-on chez Risc International.

par Marie Lejeune-Piat

En image
Pas d'infrastructures commerciales, mais une forte demande : les grandes marques s'adaptent. Ici, le magasin Louis Vuitton dans le mythique hôtel Taj Mahal, à Bombay.
STRATEGIES SERVICES