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News magazines

Marianne 2007 sur ­marianne-en-ligne.fr et Élysée 2007 pour ­lexpress.fr... Les news magazines ont fait fleurir des sites jumeaux pour couvrir l'élection présidentielle. Avec raison : « La page Élysée 2007 draine actuellement la moitié des connexions au site d'accueil nouvelobs.com », note Patrick Fiole, rédacteur en chef du site. Si la course à la présidentielle se révèle porteuse pour le trafic de leurs sites, elle cache en fait les différentes stratégies des news magazines français face à Internet. Au sommet de la pyramide, nouvelobs.com, lancé en 1999 par Le Nouvel Observateur (lire ci-contre). Le site a ainsi attiré 1 428 000 visiteurs uniques en décembre 2006, selon Médiamétrie.

En deuxième position en termes d'audience, lexpress.fr se cherche encore. L'arrivée de Christophe Barbier à la tête du magazine semble avoir toutefois donné un nouveau dynamisme au site : « La première prise de parole lors de notre ­conférence du matin revient toujours à la rédaction Internet », affirme le nouveau directeur de la rédaction. Une mise en avant du site auquel il participe lui-même activement : il enregistre un « édito vidéo » quotidien et tient son journal de la présidentielle dans un blog.

Le Point a, lui, lancé la semaine dernière seulement la nouvelle formule de son site, jusque-là simple vitrine du magazine : « Nous en étions encore à l'ère du Minitel en couleurs ! Il était temps de changer », lance Olivier Bruzek, responsable du point.fr. Pourquoi ce retard ? « Nous avons préféré consacrer de l'argent à relancer nos ventes plutôt qu'à la refonte de notre site. Et la rentabilité sur Internet met du temps à venir », répond-il. « Contrairement à ses concurrents, Le Point ne peut pas jouer sur l'effet de groupe. Un appui capital dans le lancement d'un site», explique Philippe Bailly, directeur de NPA Conseil. L'hebdomadaire met donc en ligne un site d'information plutôt traditionnel, tout en misant sur ses « confidentiels » pour séduire l'internaute. « Difficile d'innover face aux bonnes idées de poids lourds déjà bien rodés », avoue Olivier Bruzek.

C'est pourtant le pari de l'hebdomadaire Valeurs actuelles depuis février. Le magazine, politiquement ancré à droite, tente la rupture en lançant un blog collectif animé par les huit principales plumes de la rédaction. « Valeurs actuelles est un magazine d'opinion, de débat. Le blog est un outil idéal pour poursuivre ce débat sur le Net », explique Guillaume Roquette, directeur général de la rédaction. Une valeur ajoutée qui fait passer le site d'un rôle de vitrine à celui de « porte-parole de la marque », selon Valeurs actuelles. Le concept novateur d'un « quotidien permanent » lancé par LeNouvel Observateur n'a donc pas fait d'émules... « Avec Franz-Olivier Giesbert, notre directeur, nous en sommes convaincus : la bataille de l'information au quotidien, ce n'est pas notre métier », estime Olivier Bruzek, du point.fr, qui ne sera d'ailleurs pas doté d'une rédaction Web spécifique, faute de moyens financiers.

Être présent sur le Net est aujourd'hui une évidence pour les news magazines français. À tel point que le danger de la cannibalisation du papier par Internet ne semble plus faire débat. « Le Web menace moins les hebdos car ce sont des rythmes trop différents, analyse Éric Mettout, rédacteur en chef de lexpress.fr. Au contraire, on peut vraiment parler de complémentarité. » Ce qui n'empêche pas les rédactions de protéger leurs contenus papier mis en ligne. Ainsi, dès le démarrage de Marianne-en-ligne.fr, Jean-François Kahn, directeur de la publication, a souhaité attendre trois semaines après leur parution en kiosques pour mettre en archive sur le site les articles de l'hebdomadaire. Du côté de L'Express, les suppléments régionaux et mondiaux sur lesquels le journal réalise d'excellentes ventes en kiosques subissent également un délai d'attente avant d'être mis en ligne. Encore plus protectionniste, le site de Courrier international ne propose que très peu d'articles en accès libre. L'hebdomadaire a d'ailleurs été pionnier dans la formule de l'abonnement au site Web, en service depuis 2004. « La stratégie du " tout-gratuit" n'est pas possible pour les contenus à forte valeur ajoutée que nous proposons à nos internautes. L'abonnement Web séduit surtout les étudiants en France et les internautes qui vivent à l'étranger », témoigne Marco Schütz, directeur délégué Internet de Courrier international. Une formule qui rassemble aujourd'hui 6 000 abonnés.

Blocages

Si tous les news magazines prennent peu à peu le virage du numérique, l'ère du bimédia ne semble pas encore pour demain. Une fusion des rédactions Internet et papier apparaît même illusoire à certains. « La différence de rythme entre Internet et l'hebdo rend difficile cette fusion. Les journalistes travaillent vraiment dans deux espaces-temps différents », analyse Phillipe Bailly, directeur de NPA Conseil. « Je ne crois pas aux rédactions intégrées car il y a une différence de savoir-faire : la rédaction Web est centrée sur le desk, les journalistes du papier nous apportent leur expertise, leur carnet d'adresses », estime Éric Mettout à ­lexpress.fr, qui compte une rédaction Web spécifique de six journalistes permanents aidés par quelques CDD, pigistes et stagiaires réguliers.

Courrier international expérimente pour sa part la fusion des rédactions : « Cela va nous permettre de travailler plus facilement au quotidien pour le Net. Nous allons privilégier certains sujets sur le sport, le cinéma et les nouvelles technologies pour le site, car c'est ce que lisent le plus nos internautes », détaille Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction. Une fusion facilitée par l'habitude des journalistes de Courrier international de surfer sur les sites de la presse internationale. Or, au quotidien, les blocages persistent dans les autres rédactions et visiblement, le fossé des générations n'explique pas tout : « Faire comprendre, même aux jeunes journalistes, que lorsqu'ils écrivent pour le site, ils travaillent également pour L'Express, ce n'est pas encore acquis ! D'autant que certains ont choisi le rythme hebdomadaire justement pour son recul vis-à-vis de l'actualité », souligne Christophe Barbier. « Nous devons parfois nous violer nous-mêmes pour penser au Net quand on tombe sur une info qui ne tiendra pas jusqu'à la parution de l'hebdo », avoue Michel Labro, codirecteur de la rédaction du Nouvel Observateur.

Ce blocage devient plus que gênant à l'heure où les news magazines développent les services audio et vidéo sur leurs sites. « Trouver des journalistes qui maîtrisent l'ensemble des outils de l'écriture multimédia, ce n'est pas simple. Heureusement, les écoles de journalisme commencent à nous en fournir », explique Éric Mettout, à ­lexpress.­fr. « Il y a malgré tout un enthousiasme face à ces nouveaux outils du Web : de nombreux journalistes ont demandé une formation pour pouvoir participer à La Télé de L'Obs, que nous venons de lancer », témoigne Michel Labro.

Marianne 2007 sur ­marianne-en-ligne.fr et Élysée 2007 pour ­lexpress.fr... Les news magazines ont fait fleurir des sites jumeaux pour couvrir l'élection présidentielle. Avec raison : « La page Élysée 2007 draine actuellement la moitié des connexions au site d'accueil nouvelobs.com », note Patrick Fiole, rédacteur en chef du site. Si la course à la présidentielle se révèle porteuse pour le trafic de leurs sites, elle cache en fait les différentes stratégies des news magazines français face à Internet. Au sommet de la pyramide, nouvelobs.com, lancé en 1999 par Le Nouvel Observateur (lire ci-contre). Le site a ainsi attiré 1 428 000 visiteurs uniques en décembre 2006, selon Médiamétrie.

En deuxième position en termes d'audience, lexpress.fr se cherche encore. L'arrivée de Christophe Barbier à la tête du magazine semble avoir toutefois donné un nouveau dynamisme au site : « La première prise de parole lors de notre ­conférence du matin revient toujours à la rédaction Internet », affirme le nouveau directeur de la rédaction. Une mise en avant du site auquel il participe lui-même activement : il enregistre un « édito vidéo » quotidien et tient son journal de la présidentielle dans un blog.

Le Point a, lui, lancé la semaine dernière seulement la nouvelle formule de son site, jusque-là simple vitrine du magazine : « Nous en étions encore à l'ère du Minitel en couleurs ! Il était temps de changer », lance Olivier Bruzek, responsable du point.fr. Pourquoi ce retard ? « Nous avons préféré consacrer de l'argent à relancer nos ventes plutôt qu'à la refonte de notre site. Et la rentabilité sur Internet met du temps à venir », répond-il. « Contrairement à ses concurrents, Le Point ne peut pas jouer sur l'effet de groupe. Un appui capital dans le lancement d'un site», explique Philippe Bailly, directeur de NPA Conseil. L'hebdomadaire met donc en ligne un site d'information plutôt traditionnel, tout en misant sur ses « confidentiels » pour séduire l'internaute. « Difficile d'innover face aux bonnes idées de poids lourds déjà bien rodés », avoue Olivier Bruzek.

C'est pourtant le pari de l'hebdomadaire Valeurs actuelles depuis février. Le magazine, politiquement ancré à droite, tente la rupture en lançant un blog collectif animé par les huit principales plumes de la rédaction. « Valeurs actuelles est un magazine d'opinion, de débat. Le blog est un outil idéal pour poursuivre ce débat sur le Net », explique Guillaume Roquette, directeur général de la rédaction. Une valeur ajoutée qui fait passer le site d'un rôle de vitrine à celui de « porte-parole de la marque », selon Valeurs actuelles. Le concept novateur d'un « quotidien permanent » lancé par LeNouvel Observateur n'a donc pas fait d'émules... « Avec Franz-Olivier Giesbert, notre directeur, nous en sommes convaincus : la bataille de l'information au quotidien, ce n'est pas notre métier », estime Olivier Bruzek, du point.fr, qui ne sera d'ailleurs pas doté d'une rédaction Web spécifique, faute de moyens financiers.

Être présent sur le Net est aujourd'hui une évidence pour les news magazines français. À tel point que le danger de la cannibalisation du papier par Internet ne semble plus faire débat. « Le Web menace moins les hebdos car ce sont des rythmes trop différents, analyse Éric Mettout, rédacteur en chef de lexpress.fr. Au contraire, on peut vraiment parler de complémentarité. » Ce qui n'empêche pas les rédactions de protéger leurs contenus papier mis en ligne. Ainsi, dès le démarrage de Marianne-en-ligne.fr, Jean-François Kahn, directeur de la publication, a souhaité attendre trois semaines après leur parution en kiosques pour mettre en archive sur le site les articles de l'hebdomadaire. Du côté de L'Express, les suppléments régionaux et mondiaux sur lesquels le journal réalise d'excellentes ventes en kiosques subissent également un délai d'attente avant d'être mis en ligne. Encore plus protectionniste, le site de Courrier international ne propose que très peu d'articles en accès libre. L'hebdomadaire a d'ailleurs été pionnier dans la formule de l'abonnement au site Web, en service depuis 2004. « La stratégie du " tout-gratuit" n'est pas possible pour les contenus à forte valeur ajoutée que nous proposons à nos internautes. L'abonnement Web séduit surtout les étudiants en France et les internautes qui vivent à l'étranger », témoigne Marco Schütz, directeur délégué Internet de Courrier international. Une formule qui rassemble aujourd'hui 6 000 abonnés.

Blocages

Si tous les news magazines prennent peu à peu le virage du numérique, l'ère du bimédia ne semble pas encore pour demain. Une fusion des rédactions Internet et papier apparaît même illusoire à certains. « La différence de rythme entre Internet et l'hebdo rend difficile cette fusion. Les journalistes travaillent vraiment dans deux espaces-temps différents », analyse Phillipe Bailly, directeur de NPA Conseil. « Je ne crois pas aux rédactions intégrées car il y a une différence de savoir-faire : la rédaction Web est centrée sur le desk, les journalistes du papier nous apportent leur expertise, leur carnet d'adresses », estime Éric Mettout à ­lexpress.fr, qui compte une rédaction Web spécifique de six journalistes permanents aidés par quelques CDD, pigistes et stagiaires réguliers.

Courrier international expérimente pour sa part la fusion des rédactions : « Cela va nous permettre de travailler plus facilement au quotidien pour le Net. Nous allons privilégier certains sujets sur le sport, le cinéma et les nouvelles technologies pour le site, car c'est ce que lisent le plus nos internautes », détaille Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction. Une fusion facilitée par l'habitude des journalistes de Courrier international de surfer sur les sites de la presse internationale. Or, au quotidien, les blocages persistent dans les autres rédactions et visiblement, le fossé des générations n'explique pas tout : « Faire comprendre, même aux jeunes journalistes, que lorsqu'ils écrivent pour le site, ils travaillent également pour L'Express, ce n'est pas encore acquis ! D'autant que certains ont choisi le rythme hebdomadaire justement pour son recul vis-à-vis de l'actualité », souligne Christophe Barbier. « Nous devons parfois nous violer nous-mêmes pour penser au Net quand on tombe sur une info qui ne tiendra pas jusqu'à la parution de l'hebdo », avoue Michel Labro, codirecteur de la rédaction du Nouvel Observateur.

Ce blocage devient plus que gênant à l'heure où les news magazines développent les services audio et vidéo sur leurs sites. « Trouver des journalistes qui maîtrisent l'ensemble des outils de l'écriture multimédia, ce n'est pas simple. Heureusement, les écoles de journalisme commencent à nous en fournir », explique Éric Mettout, à ­lexpress.­fr. « Il y a malgré tout un enthousiasme face à ces nouveaux outils du Web : de nombreux journalistes ont demandé une formation pour pouvoir participer à La Télé de L'Obs, que nous venons de lancer », témoigne Michel Labro.