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« Une chaîne doit être incarnée »

12/04/2007 - par Entretien : Bruno Fraioli et Amaury de Rochegonde

Directrice des programmes d'Endemol France, premier producteur de programmes de flux en France, Alexia Laroche-Joubert estime que les chaînes devraient capitaliser sur leurs animateurs. Ceux-ci ont une grande influence sur la réussite des émissions.

Selon vous, qu'est-ce qu'un bon animateur ?

Alexia Laroche-Joubert. C'est celui qui se marie parfaitement avec un bon concept. C'est la rencontre d'une énergie avec une émission, une mécanique, car le propre de l'animateur est d'incarner le programme. S'il s'agit d'un bon programme, cela va le grandir. Inversement, un programme peut gagner en dimension s'il est bien incarné. D'un autre côté, il existe aussi des animateurs, comme Marc-Olivier Fogiel, Thierry Ardisson ou Laurent Ruquier, qui sont en eux-mêmes le ­concept de leur programme. Ce sont généralement des chefs de bande. Ils ont une forte personnalité et possèdent, par exemple, une manière propre d'interviewer. Ces personnalités sont choisies pour ce qu'elles apportent comme marque ou comme identité télévisuelle. D'une manière générale, un bon animateur, c'est quelqu'un qui passe bien à l'antenne, qui s'exprime correctement et qui possède une vraie dynamique, de l'énergie.

Comment un animateur peut-il s'approprier une émission ?

A.L.-J. Christophe Dechavanne est un bon exemple. Il a fait de La Roue de la fortune quelque chose qui n'existait pas avant. Dans son ancienne version, ce jeu était un divertissement un peu lourd. Christophe Dechavanne y a ajouté une bonne dose de gaieté grâce à son énergie. L'animateur et le programme se sont mutuellement apporté une bonne image. Des mécaniques de jeu peuvent devenir barbantes si l'animateur est barbant, s'il s'approprie mal le concept. C'est vrai surtout pour les nouveaux formats, où l'animateur ne peut plus se contenter d'être le faire-valoir d'une mécanique : il en est partie prenante. Je cite par exemple le jeu Un contre cent, porté par Benjamin Castaldi.

L'animateur a-t-il une fonction moins importante aujourd'hui ?

A.L.-J. Le concept est-il plus fort que l'animateur ? En Italie, pour quelques jeux, la chaîne n'a pas hésité à changer l'animateur. Et les audiences n'ont pas bougé. Mais dans ces cas précis, il s'agissait de mécaniques de jeu très fortes et parfaitement connues de tous.

Qui décide du choix de l'animateur pour un programme ?

A.L.-J. Il n'y a pas de règle générale. Cela nous arrive souvent d'aller voir une chaîne avec un concept correspondant à un animateur bien précis. Par exemple, Arthur nous a paru être la personnalité évidente pour animer le jeu À prendre ou à laisser. Dans sa version italienne, que nous avions vue au préalable, l'animateur est un « show-man », avec un bagou incroyable. Il a un vrai contact avec le candidat et est capable de jouer sur un large registre d'émotions. Vu son expérience de la radio, le choix d'Arthur était indiscutable.

Les chaînes ne vous imposent pas d'animateur ?

A.L.-J. Jamais. Ce n'est pas dans leur intérêt. Elles préfèrent avoir des programmes dont les audiences fonctionnent.

Le concept d'une émission n'est-il pas parfois trop fort par rapport à l'animateur ? L'étude Animat attribue par exemple une image « ennuyeuse » à Nikos Aliagas, de Star Academy.

A.L.-J. Ce résultat me surprend. Nikos Aliagas incarne vraiment ce programme. Les études que nous réalisons avec TF1 nous renvoient une autre image : il ressort comme étant réellement sympathique et possède un côté « bête de scène » très empathique. Cela dit, quelqu'un qui ennuie sept millions de téléspectateurs chaque semaine, ça me va ! [Rires]. C'est vrai que la Star Ac' est un programme extrêmement fort, où les vedettes ne sont ni les professeurs ni l'animateur, mais les élèves. Maintenant, est-ce que l'on prendra le risque d'enlever Nikos de la présentation de l'émission ? Lui seul peut se poser la question car moi, je n'y penserais pas. D'ailleurs, je vous confirme qu'il sera encore là pour la septième saison sur TF1.

En changeant de chaîne ou de programme, l'image d'un animateur peut-elle se brouiller ?

A.L.-J. Oui, c'est possible. C'est le cas, selon moi, d'Évelyne Thomas. Elle est passée d'une émission, C'est mon choix, sur France 3, où elle jouait beaucoup sur l'aspect humain, à un autre programme aussi fort, Combien ça coûte, sur TF1, mais avec un concept totalement différent reposant sur l'économie. Cela a sans doute perturbé le public.

L'image d'une chaîne peut-elle avoir de l'influence sur l'image d'un animateur ?

A.L.-J. Il existe des différences de traitement selon les chaînes. Par exemple, il y a une politique très forte de starification des animateurs sur TF1. A contrario, M6 a plus de mal à fidéliser son public sur un animateur. Peut-être aussi en raison d'une stratégie de remplacement trop importante : les présentateurs se succèdent sur le même programme. Les dirigeants de la chaîne ont dû s'en apercevoir, car il me semble que cette stratégie commence à évoluer. C'est pour cela qu'ils misent désormais davantage sur leurs animateurs en mettant en avant, par exemple, Valérie Damidot de D&Co, Marc-Olivier Fogiel ou Mélissa Theuriau.

Un animateur doit-il incarner une chaîne ?

A.L.-J. Un concept fort peut l'emporter sur l'animateur. Ce fut le propre de la télé-réalité il y a six ans. Lorsque Loft Story a démarré, Benjamin Castaldi n'était pas très connu. Et lorsque Star Academy a suivi, Nikos Aliagas avait juste été chroniqueur chez Christine Bravo. Mais aujourd'hui, et c'est ce qui explique le mercato de l'an dernier, les chaînes ont compris qu'elles devaient capitaliser sur l'image des animateurs. Une chaîne désincarnée n'est pas une bonne chose. C'est d'ailleurs le discours que nous avons tenu aux nouvelles chaînes de la TNT en faisant venir Jean-Marc Morandini et Max sur Direct 8. L'animateur draine un public et une image. Ces chaînes sont d'ailleurs pour nous de vrais relais de croissance.

Coté actualité, Endemol produira-t-il cet été le Loft que la rumeur voit arriver sur TF1 ?

A.L.-J. Je vous confirme seulement qu'Endemol produira un programme de télé-réalité pour une chaîne cet été.

Serez-vous encore la directrice de la prochaine édition de Star Academy ?

A.L.-J. J'en ai toujours envie, mais il faut peut-être du renouveau.

Endemol est actuellement en vente. Quels sont vos projets personnels ?

A.L.-J. J'ai été contactée par Fremantle Media, et j'avoue que c'est finalement assez agréable d'être demandée. Mais, pour moi, il est urgent d'attendre et de voir ce qui se passe chez Endemol. Je suis liée à Stéphane Courbit, président d'Endemol France.

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