Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

« Le gagnant est le meilleur, pas le plus trash »

03/05/2007 - par Entretien : David Medioni et Muriel Signouret

La musique, la libre antenne et les blogs ont permis à Skyrock de nouer une relation particulière avec les jeunes. Au risque, parfois, de dérapages. Pierre Bellanger défend le positionnement et le rôle de la station qu'il dirige.

Pendant la campagne électorale, Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy sont venus répondre aux questions de vos auditeurs. A-t-il été difficile de les convaincre ?

Pierre Bellanger. Skyrock est la première radio de France sur les 13-24 ans, avec quatre millions d'auditeurs chaque jour. Sur Internet, les 8 millions de skyblogs font de nous le premier site des 13-24 ans en pages vues et 3,2 millions d'internautes le visitent quotidiennement. Notre radio et notre site sont les médias de référence de la nouvelle génération, il était donc naturel que les principaux candidats soient invités et viennent s'exprimer. Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy ont par ailleurs chacun leur skyblog, tous très fréquentés.

Le directeur de la communication de Skyrock, David Roizen, a rejoint l'équipe de Ségolène Royal. Cela n'accrédite-t-il pas l'idée d'une proximité de la radio avec la candidate socialiste ?

P.B. Notre parti, c'est la nouvelle génération. Notre vocation est la libre expression populaire de cette génération, nous défendons son autonomie et son émancipation. Nous affirmons des valeurs de tolérance et de diversité. Ces ambitions appartiennent à ceux qui les choisissent et pas à un camp en particulier.

L'audience de votre groupe sur Internet dépasse largement celle de la radio. S'agit-il du même public ?

P.B. Non. Aujourd'hui, 50 % de notre audience se fait hors de France, en Belgique, au Canada, en Suisse et dans le Maghreb. La radio a une identité culturelle forte que la plate-forme de blogs n'a pas, mais, en France, c'est la même nouvelle génération qui plébiscite la radio et les blogs.

Les « skyblogs » ont été montrés du doigt pour leur ton parfois violent, notamment lors des émeutes urbaines de 2005. Avez-vous créé une police des skyblogs ?

P.B. Montrés du doigt par qui ? Que reste-t-il aujourd'hui de cette paranoïa ? Nous avons toujours agi avec responsabilité et en coopération avec les pouvoirs publics lorsqu'il le fallait. Une trentaine de modérateurs veillent au respect de la charte des skyblogs et de la loi. Les internautes nous signalent ce qui les choque grâce au logo « cybercop » au bas de chaque page. Ce travail de modération concerne moins de 0,000025 % des blogs de la plate-forme, soit environ 200 blogs par jour.

N'y-a-t-il pas beaucoup de skyblogs inactifs ?

P.B. Aucun. Nous ne comptabilisons que les skyblogs actifs, c'est-à-dire consultés ou modifiés dans les derniers quatre-vingt-dix jours. Vingt mille nouveaux skyblogs sont créés chaque jour et environ 10 000 fermés par nos soins pour inactivité. Le réseau est ainsi toujours actif et vivant dans son ensemble.

Vos concurrents se tournent vers la télévision, le téléphone mobile ou le partage de vidéos. Et vous ?

P.B. La télévision numérique terrestre est un média de flux passif qui ne correspond pas aux usages interactifs de la nouvelle génération. La téléphonie mobile est aujourd'hui en pleine mutation, on ne peut pas démarrer une activité de MVNO [opérateur de réseau mobile virtuel] au XXIe siècle avec un business plan des années quatre-vingt-dix. Le partage de vidéos est un service en ligne de distribution qui n'est pas en soi une activité qui nous intéresse. En revanche, notre réseau social est un des premiers vecteurs de vidéos par les skyblogs qui les intègrent.

Être transgressif, c'est bon pour l'audience. Mais la libre antenne vous a causé des problèmes avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Quelles sont vos relations avec l'instance nouvellement présidée par Michel Boyon ?

P.B. Je conteste votre formulation. Avoir un statut transgressif voudrait dire qu'il y a un fonds de commerce dans l'insulte. Or il n'y a pas de formule « transgressive » qui, par essence, ferait de l'audience. Le gagnant est le meilleur, pas le plus trash. Le CSA a en effet parfois, jadis, cherché à criminaliser la parole des auditeurs. Mais je crois que ce débat est dépassé. Des médecins, des sociologues, des chercheurs, des associations d'action sociale, des syndicats, des élus ont reconnu la valeur, le rôle et l'importance de nos émissions. La vulgarité éventuelle n'a jamais fait de mal à personne. En revanche, le dialogue sur tous les sujets est une aide pour le grand nombre. Nos relations avec le CSA sont bonnes, dans la continuité de la relation de qualité établie avec Jacqueline de Guillenchmidt [conseillère de 1999 à 2004], puis Marie-Laure Denis [conseillère depuis 2004]. Cela dit, nous sommes vigilants sur la réforme du plan de fréquences : le CSA doit rétablir l'égalité d'écoute au plus vite et partout.

Souffrez-vous toujours, auprès des annonceurs, d'une réputation qui vous positionne comme la radio des cités ?

P.B. Je suis fier de toutes nos auditrices et de tous nos auditeurs, sans exception ni inventaire. Nous sommes premiers en audience au centre comme en périphérie, et c'est notre force. Les préjugés sont le premier poste de dépense des entreprises et nous avons été en effet ostracisés par le passé. Mais cet apartheid médiatique n'a pas duré, les xénophobes n'étant pas souvent parmi les plus compétents, ils ont été virés au fil du temps.

Vous avez popularisé le rap, puis le R'n'B. Y a-t-il un nouveau créneau sur lequel vous allez vous positionner ?

P.B. Je récuse ces termes qui appartiennent à un discours cynique. Ce n'est pas notre manière de penser ni de faire notre métier. Nous étions une radio rock et notre définition du rock était « la musique que n'aiment pas les parents ». La banalisation générationnelle du rock remettait en cause ce que nous étions. Nous sommes demeurés nous-mêmes en changeant. Laurent Bouneau, directeur général des programmes, m'a fait partager en 1995 son intuition sur le rap, alors marginal, comme future première musique de la nouvelle génération. Et nous avons fait ce choix. Le rap et le R'n'B sont désormais les musiques favorites de la nouvelle génération, et le rap ne cesse de se renouveler et de régénérer les genres musicaux qu'il touche. Les talents sont là, le potentiel est infini.

Quel est le chiffre d'affaires du groupe ? Comment commercialisez-vous votre audience ?

P.B. Pour la publicité radio, notre chiffre d'affaires se situe dans une fourchette allant de 15 à 20 millions d'euros. Pour Internet, nous sommes à environ 10 millions d'euros, un chiffre d'affaires qui a doublé chaque année depuis trois ans et qui pourrait représenter la moitié de notre chiffre d'affaires total en 2007. Les opérations couplant la radio, et ses 4 millions d'auditeurs quotidiens, et Internet, avec ses 3 millions de visiteurs uniques par jour, représentent désormais un tiers de notre chiffre d'affaires. Nous sommes sur des marges se situant aux alentours de 20 % et notre excédent brut d'exploitation varie entre 4 et 8 millions d'euros. Cette rentabilité forte ouvre toutes les perspectives.

Il y a un an, vous étiez racheté par le fonds d'investissement Axa Private Equity. Qu'est-ce que cela a changé ? Skyrock est-il aujourd'hui à vendre ?

P.B. Le fonds d'investissement Axa Private Equity s'est en effet associé avec moi. Il détient aujourd'hui 70 % du groupe, le reliquat (30 %) constituant ma part. Axa Private Equity a une philosophie entrepreneuriale orientée sur les nouvelles technologies. Skyrock n'est pas à vendre. Mais des alliances industrielles au niveau mondial dans le domaine d'Internet sont envisageables. Nous sommes le premier réseau social mondial d'expression francophone. Nous allons vite, le meilleur est devant nous.

Envoyer par mail un article

« Le gagnant est le meilleur, pas le plus trash »

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.

Plus d’informations sur les agences avec les Guides Stratégies