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Le magicien français des JO de Pékin

04/10/2007 - par Delphine Masson

Yves Pépin est connu dans le monde entier pour ses shows multimédias. Il fait partie de l'équipe de professionnels chargée de concevoir en Chine les cérémonies des Jeux olympiques 2008. Rencontre.

Les cérémonies de la Coupe du monde de football au Stade de France en 1998, c'est lui. Le ballet pyrotechnique enflammant la tour Eiffel lors du passage de l'an 2000, c'est encore lui. Tout comme, en 2005, le spectacle du pavillon Toyota de l'Exposition universelle d'Aichi (Japon), opéra du XXIe siècle mêlant robots, véhicules futuristes, danseurs, acrobates et effets spéciaux. À soixante-quatre ans, Yves Pépin, président et directeur artistique de l'agence ECA2 (Publicis Events) s'est fait un nom dans les installations spectaculaires et les shows multimédias conçus sur commande, et dans le monde entier, pour des entreprises et des institutions. Il pourrait même figurer dans le livre des records : Yves Pépin est le premier non-Américain couronné, en 2006, du « Themed Entertainment Association Lifetime Achievement Award », prestigieux prix international décerné par les professionnels du spectacle et de l'événement.

L'expérience et le savoir-faire de cet homme simple et discret n'ont pas échappé aux organisateurs des Jeux olympiques d'été 2008 de Pékin. En 2006, il a rejoint l'équipe de conseillers artistiques des cérémonies d'ouverture et de clôture placées sous la direction du réalisateur Zhang Yimou (Épouses et Concubines, La Cité interdite, etc.). À ses côtés, une autre pointure du septième art, Steven Spielberg, et un concurrent, l'Australien Ric Birch, organisateur des cérémonies des Jeux de Barcelone (1992), Los Angeles (1984) et Sydney (2000), dont la société Spectak fait partie, avec ECA2, des quelques agences habituées à participer aux grands appels d'offres événementiels.

« Les organisateurs ont tenu à constituer une " dream team " pour concevoir ces cérémonies suivies par près de quatre milliards de spectateurs », commente Yves Pépin. Ils ont également choisi la meilleure des dates : « Les Jeux olympiques débuteront le 8 août 2008 à huit heures et huit minutes. Le huit est un chiffre porte-bonheur en Chine où, par tradition, on aime mettre toutes les chances de son côté en agissant sous les meilleurs auspices. » Pour les Chinois, ces festivités sont de la plus haute importance. « Les cérémonies des JO sont toujours, pour le pays organisateur, une vaste opération de communication », rappelle Yves Pépin. Notamment pour la Chine qui s'ouvre sur le monde. L'événement est, pour elle, l'occasion de corriger son image de pays totalitaire, replié derrière sa muraille. Le spectacle doit exprimer la globalité et la réalité d'un pays moderne et qui bouge, en sortant des images traditionnelles que sont les lanternes rouges et les dragons.

Voilà donc Yves Pépin lancé dans une aventure inédite : concevoir un événement avec une équipe imposée et des partenaires « stars ». À l'origine, les cérémonies de Pékin avaient pourtant tout d'un traditionnel appel d'offres. « Nous étions à l'affût et dès 2002, nous avons établi des contacts avec des responsables chinois, raconte-t-il. Nous avons organisé la cérémonie des Jeux paralympiques d'Athènes en 2004 dans laquelle une partie était consacrée au futur pays organisateur, la Chine. Une étude créative nous a alors été demandée. » En 2005, le Bocog, le comité d'organisation chinois, lance un appel d'offres des plus ouverts : 409 projets, venus du monde entier, lui sont présentés. Cinq sont sélectionnés, dont celui d'Yves Pépin, mais aucun n'est adopté. Le comité impose sa méthode : un nombre restreint de personnalités appelées à concevoir ensemble un nouveau projet. Le tout pour un budget qui devrait, au final, avoisiner les 100 millions de dollars.

« French touch »

Hasard ou approche délibérée, ces stars de « l'entertainment », avec un Américain, un Chinois, un Australien et un Français, couvrent l'ensemble du globe. « Il est certain que nous portons le regard de cultures étrangères. Et qu'il est important que ce spectacle dans lequel le peuple chinois doit se reconnaître soit compris du monde entier », explique Yves Pépin. Ces personnalités apportent leurs expériences et leurs spécificités. Yves Pépin est réputé pour ses innovations technologiques. Ce fils d'ingénieur, qui a débuté sa carrière comme journaliste au Moyen-Orient, a développé la projection d'images cinéma sur écran d'eau, un procédé adopté depuis par Disney et Universal Studios. À son actif également, un système de pyrotechnie sous-marine permettant de faire jaillir de l'eau des personnages de feu. Effet garanti.

« Je suis très attaché à combiner, dans la démarche de la création, les dimensions technologiques et artistiques, et à en repousser les limites », explique-t-il. Il s'agit, par là, d'atteindre « l'étonnement, l'émotion, l'émerveillement ». Ces technologies devraient être à l'oeuvre dans les cérémonies de Pékin, qui doivent traduire les concepts des JO 2008, à savoir des jeux « verts », du peuple et de haute technologie. Yves Pépin n'en dira pas plus. Il est tenu par contrat au secret. Mais les Jeux olympiques, là encore par tradition, sont un lieu d'innovation technologique où l'étonnement et le merveilleux ont leur place. Ne serait-ce que dans la figure imposée de l'allumage de la flamme, un des points forts du spectacle, qui fait souvent appel à des technologies de pointe. Yves Pépin devrait également apporter cette « french touch » qui, pour beaucoup, caractérise ses créations. « Il s'agit d'une forme d'élégance, de recherche esthétique et poétique auxquelles les étrangers sont sensibles, explique-t-il. C'est une capacité à ne pas délivrer les choses à l'état brut, à ne pas sortir la grosse artillerie. »

Si chacun y apportera sa contribution, la conception de ces cérémonies est avant tout affaire d'équipe. Depuis 2006, Yves Pépin a déjà participé à une dizaine de réunions en Chine, accompagné d'une de ses fidèles collaboratrices parlant le mandarin. Sans parler des échanges de courriels et des conférences téléphoniques. Chacun apporte ses idées. « On apprend que même quelqu'un de mondialement connu comme Steven Spielberg travaille comme tout un chacun. Il cherche des idées. Tantôt il en a, tantôt il n'en a pas. Nous avons des fous rires. L'idée n'est pas la priorité d'un seul, mais une construction qui s'élabore à partir des idées des autres. En ce sens, Spielberg ne joue pas les vedettes, mais la dynamique de groupe. Il rebondit sur une idée, laisse l'autre rebondir sur la sienne et l'améliorer. C'est passionnant à voir. »

Le plus dur, à l'entendre, serait l'énorme pression, « lourde à porter et un peu asphyxiante » qui pèse sur l'organisation de ces cérémonies. « Il y a un sentiment irrationnel que la perception de la Chine va se jouer là, commente Yves Pépin. L'enjeu politique, économique et culturel est très important. Peut-être trop. Comme l'attente de la population, elle aussi grande. » En homme de spectacle et d'expérience, Yves Pépin explique aux organisateurs que le risque zéro n'existe pas, qu'il faut pouvoir le mesurer, le gérer, mais qu'on ne peut l'écarter. L'envie en tout cas de marquer les esprits et d'émouvoir est réelle. Et le pari des Chinois est que la meilleure équipe donnera le meilleur des spectacles.

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