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Entretien Emmanuel Schwartzenberg

« Il faut clarifier le système actuel »

18/10/2007

Dans Spéciale dernière, qui veut la mort de la presse quotidienne française (Calmann-Lévy), le journaliste Emmanuel Schwartzenberg dénonce les lourdeurs du système d'impression et de distribution de la presse hexagonale.

Anciens collabos, trafiquants d'armes, revendeurs illégaux de papier au régime cubain... N'y allez-vous pas un peu fort avec les ouvriers du Livre ?

Emmanuel Schwartzenberg. C'est votre jugement. Une chose est certaine, c'est qu'aujourd'hui cet ouvrage est possible, alors qu'il ne l'aurait pas été il y a quelques années. Les informations qui y sont révélées m'ont été confiées par des ouvriers du Livre qui ont voulu jouer cartes sur table. Et jusqu'à ce jour, je n'ai reçu aucun démenti.

À vous lire, le Livre porte une grande part de responsabilité dans la crise de la presse. Pourtant, ses ouvriers ont souffert des restructurations des Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP). N'est-ce pas une façon d'éviter de se pencher sur les torts des éditeurs ?

E.S. N'oublions pas que pendant longtemps, les plans de départs ont été annulés par de nouvelles arrivées des ouvriers du Livre, embauchés en tant qu'intérimaires avant de devenir permanents. Quoi qu'il en soit, les gouvernements ont profité de la situation pour peser davantage sur la presse : à partir du moment où on a besoin des pouvoirs publics, il devient plus compliqué de les critiquer... C'est un jeu vicieux, très onéreux, mais qui présente l'avantage pour les éditeurs de fermer le marché aux concurrents étrangers, comme l'a prouvé récemment le retrait du projet d'un Bild à la française par Axel Springer. Je pense que les éditeurs ont un problème idéologique : ils voient l'avenir en rose, ce qui est une façon de ne pas prendre les décisions qui s'imposent.

Faut-il appeler de ses voeux un Rupert Murdoch, qui a licencié des milliers de salariés de l'impression et de la distribution dans les années quatre-vingt en Grande-Bretagne avec le soutien de Margaret Thatcher ?

E.S. Le marché français arrive de toute manière très lentement aux mêmes résultats que celui de Murdoch. On peut s'étonner que, dans le gouvernement actuel, il n'y ait aucun haut fonctionnaire chargé spécifiquement de la presse. Et on peut regretter que la négociation d'un plan social ne se fasse pas en échange de l'abandon du monopole du Syndicat du Livre. Avant d'être aussi radical que Murdoch, on pourrait déjà commencer par cela.

Avec la disparition des NMPP, pour laquelle vous semblez plaider, n'y a-t-il pas un risque pour le pluralisme de la presse, dans la mesure où les diffuseurs pourraient refuser de vendre certains titres ?

E.S. Je pense le contraire. Il faut clarifier le système actuel afin que les quotidiens qui défendent le pluralisme des opinions bénéficient d'un système de distribution qui leur soit propre et qui soit subventionné par l'État. Car, aujourd'hui, la subvention de l'État aux NMPP bénéficie tout autant aux journaux d'opinion qu'aux magazines people.

L'avenir n'appartient-il qu'à Internet et aux gratuits ?

E.S. Il appartient aussi aux journaux qui seront lancés par les groupes étrangers, qui ont de gros moyens. On voit bien que le marché français les intéresse.

Considérez-vous que les quotidiens français ont raté leur virage Internet ?

E.S. En tout cas, ils ont mis du temps à prendre ce virage car ils étaient focalisés sur la négociation concernant les droits d'auteur. Du coup, ils sont obligés de dépenser des fortunes en référencement et en achat de mots-clés.

Qu'est-ce qui permettra de sauver la presse quotidienne ?

E.S. Le jour où elle prendra conscience qu'elle peut disparaître, elle trouvera alors les ressources pour rebondir. Mais, pour l'instant, les éditeurs continuent à faire l'autruche.

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