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Les nouveaux barons de la PQR

18/10/2007 - par A. de R.

La recomposition du paysage de la presse quotidienne régionale se poursuit. Hormis l'Ouest, où Le Télégramme continue de faire face au géant Ouest France, et le Nord, dominé par Rossel depuis 2005, de nouvelles alliances se sont formées à l'Est en 2006, puis dans le Centre et le Sud de la France, plus récemment. Cette restructuration a fait émerger de nouveaux mastodontes, dirigés par des figures plus ou moins connues. Portraits.

Frédéric Aurand, cap au Sud

Ni fils de patron de presse ni journaliste lui-même, Frédéric Aurand détonne dans le monde de la presse quotidienne régionale (PQR). Issu du secteur de la publicité extérieure, où il a notamment dirigé le réseau Avenir en Europe, ce quadragénaire, qui préfère lire Tolstoï que les ouvrages décortiquant la crise de la presse, a été engagé par Philippe Hersant à l'hiver 2001. Sa mission : diriger les vestiges de l'empire constitué par le « Papivore » (Robert Hersant), éparpillés de Papeete à Reims en passant par Rouen et Nice. Depuis sa résidence en Suisse, Philippe Hersant suit de près l'évolution de son groupe de presse, mais c'est Frédéric Aurand qui déniche les bonnes affaires. En effet, depuis son arrivée, Groupe Hersant Média (GHM, ex-France Antilles) a triplé son chiffre d'affaires (930 millions d'euros pro forma en 2007), grâce notamment au rachat de la société de presse gratuite d'annonces Comareg. Avec l'acquisition cet été des journaux du pôle Sud de Lagardère pour 160 millions d'euros, le groupe occupe désormais la troisième place de la PQR en termes de diffusion, avec quelque 940 000 exemplaires, derrière Ebra (Est-Bourgogne-Rhône-Alpes) et Ouest France.

Mais, alors que ses concurrents se structurent en ensembles géographiquement cohérents, GHM semble faire feu de tout bois. Frédéric Aurand avait certes en tête d'occuper la totalité du pourtour méditerranéen, mais la route vers Montpellier, siège du Midi libre, lui a été barrée par Sud Ouest et son ancien patron, Pierre Jeantet, actuel président du Monde. Cette embardée vers le Sud ne l'empêche pas de mener une bataille juridique contre Ebra pour faire valoir le droit de préférence qui avait été signé entre les familles Hersant et Lignac (L'Est républicain). Pour l'heure, il se satisfait de son « opération pôle Sud ». « La région Paca [Provence-Alpes-Côte d'Azur] est intéressante à double titre, explique-t-il. Démographiquement, parce que sa population ne cesse d'augmenter et, économiquement, parce que le niveau de vie y est élevé. Nous allons utiliser cette plate-forme pour poursuivre et accélérer la rénovation des marques et des produits de la PQR afin de prouver que l'on peut retrouver des lecteurs. C'est ce que nous avons réussi à faire en Outre-mer, en Champagne-Ardenne et ce que nous sommes en passe de réussir en Normandie. » Même s'il investit dans le papier, le groupe ne néglige pas pour autant Internet et les télévisions locales qui, bien qu'elles ne représentent que 1 % du chiffre d'affaires, pourraient devenir un canal porteur.

Jean-Pierre Caillard, campé au Centre

L'union fait la force : c'est ce principe qui guide aujourd'hui la stratégie de Jean-Pierre Caillard, le patron de Centre presse-La Montagne. Avec sa carrure de rugbyman, cet ancien journaliste, entré dans le groupe clermontois en 1969, sait que le jeu en solo n'a plus d'avenir en presse quotidienne régionale. « Notre indépendance se heurte aujourd'hui à un problème de taille critique », explique-t-il. D'où l'annonce, mi-septembre, d'un rapprochement avec La Nouvelle République du Centre-Ouest (NRCO, Tours) et La République du Centre (Orléans), via une prise de participation dans cette dernière de 35 %. Les acteurs du Centre n'en sont pourtant pas à leur première tentative d'alliance. « Jusqu'à présent, elles n'avaient pas abouti parce que nous n'étions pas assez mûrs », analyse Jean-Pierre Caillard. Des bases avaient été posées. En 2005, la NRCO était devenue, après le retrait du groupe Amaury, l'actionnaire majoritaire de La République du Centre. Et les rotatives de cette dernière sont utilisées par Le Berry républicain (groupe Centre presse) depuis l'été 2006. En formant avec NRCO et La République du centre la structure Grand Centre, un bloc de quelque 600 000 exemplaires, ces groupes de presse iront encore plus loin dans la mutualisation de leurs moyens. Aujourd'hui, Jean-Pierre Caillard, qui représente la PQR française auprès des instances européennes, rêve aussi de diversifications. « La Montagne a été le premier opérateur d'une télévision locale », rappelle ce sexagénaire actif. Depuis, son groupe est entré dans le capital des télévisions de Tours et d'Orléans.

Jean-Michel Baylet-Olivier Faguer, un ticket à la conquête du Midi

Coup de Trafalgar dans la PQR : alors que le groupe Sud-Ouest devait racheter au Monde les Journaux du Midi (Midi libre, L'Indépendant, Centre presse et Montpellier plus), La Dépêche s'est invitée à la table des négociations. Selon un accord conclu dans le cadre du GIE formé en juin entre les groupes de presse bordelais et toulousain, respectivement présidés par Olivier Faguer et Jean-Michel Baylet, tout investissement de l'un des deux partenaires doit être proposé à l'autre, une clause que certains semblent découvrir au Monde... Or l'arrivée de Jean-Michel Baylet, édile qui cumule les casquettes de patron de presse, journaliste (il a encore sa carte de presse), sénateur, président du conseil général du Tarn-et-Garonne et chef d'un parti politique (le Parti radical de gauche), fait grincer les dents à Montpellier, au siège de Midi libre. Car, même s'il se targue d'avoir signé une charte éditoriale en octobre 2000 préservant l'indépendance de ses rédactions, le PDG de La Dépêche n'est pas du genre à se cantonner à son rôle d'actionnaire. « Je discute beaucoup avec mes journalistes. La rédaction n'est pas " bunkérisée " », souligne-t-il.

Un style qui tranche quelque peu avec celui d'Olivier Faguer, le président du directoire de Sud-Ouest depuis juin 2006. À cinquante-neuf ans, ce dernier a fait une carrière dans l'ombre de son prédécesseur, Pierre Jeantet (aujourd'hui président du groupe Le Monde), en occupant successivement depuis 1986 les postes de directeur financier, administrateur, administrateur général puis directeur général du groupe Sud-Ouest. Face à cet improbable attelage régional, dont le but est de créer un axe ouest-est (Bordeaux-Toulouse-Montpellier), et fort d'un tirage global de 850 000 exemplaires, les Journaux du Midi ont exigé des garanties. Le 4 octobre, ils en ont obtenu certaines, telles la présidence du conseil de surveillance de Midi libre par un représentant du groupe bordelais et également « la préservation de l'indépendance des titres et des intérêts du groupe dans les synergies qui seront mises en oeuvre. »

Michel Lucas,à l'Est, un banquier

Il était là fin septembre au cours d'un déjeuner à l'Élysée du Groupement des grands régionaux. « À quel titre ? » s'est demandé un éditeur surpris. « En tant que président du Républicain lorrain, voyons ! », lui fut-il répondu. Depuis mars 2007, Michel Lucas, soixante-huit ans, directeur général de la Confédération nationale du Crédit mutuel, n'est pas seulement un banquier mutualiste de province. Depuis que son groupe a racheté 100 % du quotidien de Metz, en mars 2007, c'est aussi un patron de presse. Une dimension qu'il a confirmée cet été lorsque la Direction de la concurrence a donné son feu vert à la constitution du groupe Est-Bourgogne-Rhône-Alpes (Ebra). Un bloc de plusieurs quotidiens régionaux pesant 1 132 000 exemplaires (L'Est républicain, DNA, L'Alsace, La Liberté de l'Est, Le Progrès...), dont le Crédit mutuel assure le financement avec 49 % du capital aux côtés de L'Est Républicain.

Du coup, Groupe Hersant Média - qui s'est retrouvé bloqué avec 27 % dans L'Est Républicain - l'accuse de vouloir transformer son empire de papier, qui va de la frontière belge aux Alpes, en prospectus commercial au profit de ses intérêts économiques. Il est vrai que, hormis Le Dauphiné que lorgne Philippe Hersant, Ebra recouvre avec Le Républicain lorrain (143 400 ex.) la zone d'exploitation du Crédit mutuel Centre Est Europe, dont Michel Lucas est le banquier historique. Deuxième banque de détail française, le groupe joue ainsi la carte de l'information de proximité avec ses clients...

Opportunisme financier ou véritable stratégie dans les médias qu'attesterait également une prise de participation de 50 % dans NRJ Mobile et un soutien apporté au capital du groupe Le Monde ? « Il me fait penser à Bolloré, observe Jean-Clément Texier, ancien de BNP Paribas. C'est un authentique industriel doublé d'un financier exceptionnel. Il peut soit être un des tout premiers acteurs de la communication dans trois à cinq ans, soit faire primer le côté financier en réalisant sa plus-value. » Michel Lucas, qui a fait reculer à soixante-douze ans l'âge de son départ à la retraite, n'aura en tout cas de cesse de jouer les hommes de réseau et d'intégration, comme il l'a montré après son raid sur le CIC. Il expérimente déjà ses méthodes de gestion et d'économies d'échelle entre L'Alsace et Le Républicain lorrain - qui a dû renoncer au format berlinois. Le Crédit mutuel s'arrêtera-t-il là ? Le holding d'Ouest France (Sipa) a pour directeur un ancien du Crédit mutuel de Bretagne, Louis Echelard. Et la banque mutualiste détient 10 % de Sofiouest, filiale à 40 % d'Ouest France et propriétaire de Spir Communication...

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