Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

« Le luxe cultive de fortes amplitudes salariales »

22/11/2007

Si les marques de luxe se portent bien, elle continuent de payer mal. Explications d'Eric Gandibleu, directeur général d'Aquent France, l'un des acteurs de l'emploi sur les secteurs de la création, du marketing et de la communication.

Le luxe surfe sur une vague porteuse. Mais qu'en est-il plus précisément des métiers de la création ?

Éric Gandibleu. Le marché de l'emploi est très porteur dans le secteur du luxe, notamment pour les créatifs. Les marques de luxe doivent impérativement innover pour s'affirmer, se différencier, se développer et grandir. Elles sont plus que jamais à la recherche de talents créatifs. Pour la petite histoire, Aquent France, c'était quatre personnes il y a trois ans. Aujourd'hui, nous sommes vingt-cinq ! Le luxe représente environ 18 % de notre activité. Nous devons avoir quelque 25 000 profils en base, dont un millier que nous suivons de près. La moitié d'entre eux exercent des métiers de création.

Quels sont les métiers qui bénéficient plus directement de cette conjoncture favorable ?

É.G. En fait, tous les métiers de création ou presque. Seule exception peut-être, l'édition papier, plutôt en stagnation. On constate un vrai boom chez les designers. Le design est devenu l'un des leviers les plus puissants de différenciation pour les marques et les agences spécialisées sont plus que jamais sollicitées par les entreprises du luxe. Autre activité en plein essor : le merchandising, et tout ce qui touche à l'environnement des points de vente.

Et Internet ?

É.G. C'est bien sûr le segment le plus en croissance. L'explosion d'Internet signe une véritable révolution culturelle pour le secteur du luxe. L'enjeu est réel : concevoir et animer des sites susceptibles de générer du trafic dans les magasins sans trahir les codes esthétiques du luxe, concilier immédiateté du Web et exigence du secteur. Or, nous sommes là sur un marché de rareté. Autant dire que les talents s'arrachent, et, ce qui est rare dans le métier, à prix d'or. La création en ligne est le seul segment où les rémunérations équivalent, voire dépassent les niveaux pratiqués dans les secteurs autres que le luxe... Si on veut gagner un peu d'argent, c'est vers ces métiers qu'il faut s'orienter. Avec, cela dit, un risque non négligeable de frustration. L'approche Internet des marques de luxe reste très cadrée par la dimension corporate et des impératifs d'image. On est loin de l'e-commerce.

Dans la définition des profils, comment évolue la demande des entreprises ?

É.G. Globalement, elle évolue relativement peu. Les marques considèrent qu'elles sont dans une démarche d'excellence et expriment un niveau d'exigence extrême. C'est une constante. D'autre part, le marché du luxe reste très fortement marqué par une compartimentation sectorielle : le parfum va recruter des compétences reconnues dans le parfum, la mode rechercher des expériences acquises dans la mode, la lingerie des profils experts dans la lingerie, etc. Cela dit, les entreprises savent qu'elles ont tout intérêt à imprimer un peu plus d'ouverture, à se nourrir d'expériences et de sensibilités exogènes qui ne pourront qu'apporter une valeur ajoutée à la création, susciter l'innovation et aider à faire la différence. Les recruteurs sont d'ailleurs de plus en plus soucieux des centres d'intérêt, des passions, des inclinations et du niveau de culture générale des candidats.

L'expérience prime la formation ?

É.G. Il est très difficile de juger les créatifs

au regard de leur formation initiale. En matière de création, la formation est permanente : c'est l'ouverture sur le monde, la curiosité, l'intuition. L'évolution des profils, sur ce marché, se mesurera davantage à l'aune des niveaux d'expérience requis. Aujourd'hui, un créatif qui peut se prévaloir de cinq à huit ans d'expérience dans le luxe, pour peu qu'il soit bon, n'a aucun problème pour se caser. à la limite, il n'a pas besoin de chercher, il lui suffit d'attendre qu'on l'appelle. La tendance est sans doute à une « seniorisation » du marché. Les directeurs artistiques, les merchandisers, les designers sont plus expérimentés qu'il y a quelques années. Il y a là un effet mécanique de croissance : des créatifs de plus en plus nombreux, et donc de plus en plus de créatifs à avoir accumulé une certaine expérience.

Quid des salaires ?

É.G. Comme tous les marchés créatifs, le luxe cultive de très fortes amplitudes salariales. D'un côté, il y a les stars que l'on peut payer très cher, de l'autre, le gros des troupes. Et entre ces deux pôles, pas vraiment de juste milieu. Mais, de manière générale, le luxe paie mal. Les salaires y sont en moyenne inférieurs de 20 % à 30 % à ceux pratiqués en grande consommation. Il y a bien sûr quelques groupes, comme L'Oréal, où les barèmes de rémunération sont corrects. Sans doute parce que le luxe y est une activité parmi d'autres. Même les agences paient moins bien que sur d'autres marchés. C'est la loi de l'offre et de la demande. Le secteur attire. Qui n'a pas envie de travailler pour une marque de prestige ? On enregistre d'ailleurs des taux de turn-over étonnamment faibles au regard des conditions de travail et des niveaux de rémunération.

Le fait vaut-il spécifiquement pour le marché français ?

É.G. Plus que tout autre, le luxe s'inscrit dans une réalité internationale. On ne peut en aucun cas se projeter de manière locale. Les créatifs évoluent dans un environnement de marques mondiales et réalisent une grosse partie de leur chiffre à l'export. Les entreprises recherchent des créatifs capables de s'adresser indifféremment à tous les marchés. Et plus on monte dans l'expertise, plus ce prérequis devient prégnant. Pour un designer spécialisé dans les stylos, il est inconcevable de raisonner en termes de marchés locaux, ou même régionaux. Cette dimension hyperinternationale garantit au passage d'excellentes opportunités en termes d'évolution des carrières.

Dans ce contexte mondialisé de recrutement, quels sont les atouts de la France ?

É.G. Historiquement, la France est un creuset de création. Et la tradition française d'exportation de talents a toujours force de loi, même si elle est freinée par notre faible maîtrise des langues étrangères. Mais il faut bien constater que les stars de la création, aujourd'hui, ne sont pas françaises. Nous assistons à un essor créatif dans les pays du nord, en Grande-Bretagne, en Belgique, aux Pays-Bas. Et bien sûr en Asie, qui représente 80 % du potentiel de développement des marques. Beaucoup de choses vont s'y passer dans les années qui viennent. ¦

Envoyer par mail un article

« Le luxe cultive de fortes amplitudes salariales »

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.