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Votre CV est en ligne, on vous écrira...

14/02/2008 - par Sabine Germain

L'e-recrutement reste rare dans la communication et les médias. Toutefois les équipes des RH y croient : ces outils les aident à prendre pied dans un recrutement encore trop souvent contrôlé par les seuls opérationnels.

Pour optimiser la gestion de ses 250 recrutements annuels, le groupe Prisma Presse (1 000 collaborateurs en CDI et 250 en CDD) a investi dans une plate-forme de gestion des candidatures il y a quatre ans. « Nous recueillons ainsi 3 700 CV par an : 2 200 candidatures spontanées et 1 500 réponses aux offres d'emploi publiées sur nos différents sites, détaille Soizic Bouju, responsable du développement RH. Ce qui n'empêche pas quelques candidats de nous envoyer leur CV et leur lettre de motivation manuscrite par courrier. » Soizic Bouju n'a rien contre la calligraphie. Ni contre La Poste. Mais elle conseille aux candidats de passer par la plate-forme Internet, et de bien remplir le formulaire de candidature. « Comme nous sommes cinq à réceptionner et à traiter les candidatures, il est essentiel que nous utilisions un outil commun, souligne-t-elle. Il ne faut pas hésiter à joindre un CV en prime, et, si vous y tenez, une lettre de motivation. Mais uniquement en pièce jointe, sur une page bien présentée. Rédiger un e-mail à la va-vite est trop risqué. » À l'autre bout de la chaîne, Frédéric, journaliste indépendant (et désireux de le rester), répond, par principe, à toutes les offres d'emploi correspondant à son profil. Avec les plates-formes d'e-recrutement, les lettres de motivation - exercice qu'il juge « laborieux et somme toute assez artificiel » - peuvent être rangées au magasin des accessoires « désormais facultatifs ». « Les charlatans de la graphologie n'ont plus voix au chapitre ! », lance-t-il.

Revers de la médaille : comme il devient très facile et rapide de déposer son CV, les candidats n'hésitent pas à arroser toutes les rédactions. Les services de recrutement croulent ainsi sous des candidatures de plus en plus nombreuses et de moins en moins ciblées. « Il y a effectivement beaucoup de déchets », sourit un recruteur. Une situation rédhibitoire pour l'équipe RH de BETC Euro RSCG. « Vu la notoriété de l'agence, nous n'avons aucun mal à recruter des juniors : les candidatures affluent toutes seules. Nous recherchons plutôt des talents et des hauts potentiels, explique Sophie de Gromard, DRH de cette enseigne de 600 collaborateurs qui gère une centaine de recrutements par an. Nous privilégions donc les recrutements par approche directe. » L'agence a intégré un chasseur de têtes, Stéphane Bartolomucci, nommé responsable du recrutement et chargé de développement RH. « Bien qu'il ne soit pas vraiment destiné à cela, nous relevons chaque mois une cinquantaine de CV sur notre site, dont à peine 10 % peuvent éventuellement correspondre à ce qu'on recherche », précise-t-il. Les plates-formes d'e-recrutement ne collent décidément pas aux besoins de BETC Euro RSCG.

« Sécuriser la politique RH »

Du côté du groupe de presse Express-Roularta (500 salariés), on est moins catégorique : « Avec une petite vingtaine de recrutements par an, dont seulement six journalistes l'an passé, ce genre d'outil me semble un peu surdimensionné », estime Véronique Darasse, sa DRH. Elle s'est tout de même penchée sur la question et a décelé autant d'atouts que de points noirs dans les plates-formes existantes. Côté moins : « D'une manière générale, je trouve les questionnaires [sur lesquels les candidats sont invités à résumer leur formation et leur expérience] extrêmement pauvres. C'est pourquoi je conseille aux candidats de joindre systématiquement leur CV complet ainsi qu'une lettre de motivation. » Côté plus : « Dans la presse, le recrutement n'a longtemps reposé que sur la cooptation ou le bouche-à-oreille. Pour sécuriser la politique RH du groupe et couper court à cette culture endogamique, je m'efforce d'être incluse dans la boucle de recrutement. » Pas toujours facile avec des rédacteurs en chef qui se veulent seuls maîtres à bord !

Sophie en a fait l'expérience : jeune pigiste, elle est pressentie par son chef de rubrique dans un quotidien pour lui succéder. Après deux entretiens, le rédacteur en chef donne son accord... sous réserve d'approbation de la direction des ressources humaines. À l'issue d'un nouvel entretien, le DRH recale la candidate, considérée comme trop junior. Qu'à cela ne tienne : le rédacteur en chef a déjà engagé Sophie. « J'aurais tort de me plaindre ! Mais cela prouve à quel point les DRH sont tenues à l'écart d'une activité qui me semble pourtant relever de leur coeur de métier... » Pendant ce temps, des candidats « innocents » continuent à poster leur CV sur le site du journal. Une situation inenvisageable chez Prisma Presse : « Un recrutement doit forcément passer par notre équipe, explique Soizic Bouju. Nous sommes intransigeants là-dessus. En tant que fonction support, j'admets que nous ne soyons pas toujours décisionnaires. Mais nous devons au moins être écoutés. D'autant que tous les recruteurs connaissent les réalités de la presse : j'ai moi-même été journaliste, comme tous les collaborateurs du service recrutement. »

Défiance et déconvenues

Imagine-t-on ce type de débat dans l'industrie ou dans la grande distribution ? En matière de recrutement, le secteur de la communication et des médias fait figure d'exception. Dans la plupart des entreprises, l'industrialisation des processus et la généralisation des plates-formes d'e-recrutement fait craindre une forme de déshumanisation. Dans les entreprises de communication, les DRH plaident au contraire pour un peu plus de rationalité et un peu moins de « feeling ». Ce n'est pas gagné... Les salariés de la branche ne semblent pas franchement emballés par les outils d'e-recrutement : « Déposer son CV sur un site est toujours un peu frustrant, estime Frédéric, journaliste indépendant. Quelques jours plus tard, vous recevez un message à peine poli du style : "Votre candidature a été enregistrée, mais si on ne vous rappelle pas d'ici à un mois, considérez qu'elle n'a pas été retenue." Vous n'avez ensuite aucune idée du sort réservé à votre malheureux CV. Je l'imagine condamné à errer pour l'éternité dans une infinie virtualité... » Planneuse stratégique actuellement à la recherche d'un emploi, Stéphanie ne supporte pas d'être confrontée à ce doute. Elle a résolu le problème en ne prenant même plus la peine de laisser une trace sur les sites de recrutement. « Si je veux postuler dans une agence, je me procure le nom d'un responsable - ni trop haut placé ni trop subalterne, c'est toute la difficulté ! - et je lui adresse une candidature personnalisée, avec un argumentaire et des références sur mesure. Sinon, je suis convaincue que cela ne sert à rien. » Même défiance de la part d'Emma, journaliste : « J'ai récemment répondu à une annonce parue sur le site d'un grand groupe de presse spécialisée. Je n'étais pas sûre d'avoir envie de ce poste, mais j'étais convaincue d'avoir le profil idéal. » Résultat : un simple accusé de réception et pas le moindre coup de fil pendant un mois. Pour en avoir le coeur net, elle envoie son CV à un rédacteur en chef adjoint... qui la rappelle une demi-heure plus tard en lui proposant de la rencontrer immédiatement. « J'ai fini par refuser ce poste. Mais je trouve cette expérience édifiante. »

En six mois de recherche d'emploi, Stéphanie a accumulé assez de déconvenues pour écrire un roman. « Dernière en date : une agence publie une offre d'emploi pour un poste de planneur stratégique bilingue français-anglais. J'ai dix ans d'expérience, dont cinq à New York. Je ne suis peut-être pas la candidate idéale. Mais on ne me fera pas croire que des dizaines de personnes ont un meilleur profil que moi. Si cette offre avait réellement existé, je suis convaincue qu'on m'aurait au moins appelée. Je ne peux pas m'empêcher de penser que la plupart des offres publiées sur les sites des agences, et même sur les "job-boards" [sites de recrutement en ligne], sont bidons. » Une défiance qui empêche, à tout le moins, de ruminer sa rancoeur sur l'air d'une chanson d'Alain Souchon : J'suis bidon

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