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L'info économique 2.0

13/03/2008 - par Yoanna Sultan

Pour la presse économique et financière, le web est une priorité. Entre information en continu et interactivité avec les internautes, les journaux et magazines montent en puissance sur le net. Reste à inventer un modèle économique viable

L'info économique 2.0

Jeudi 24 janvier 2008. Branle-bas de combat dans la presse économique et financière : un jeune trader aurait fait perdre 5 milliards d'euros à la Société générale. Les journalistes financiers du figaro.fr sont sur le pont : interviews exclusives, rebondissements, décryptages. « Le lendemain, Le ­Figaro papier a pris le relais avec des analyses. Résultat, au bout de quatre jours, nous avions déjà trente articles sur l'affaire Kerviel : de quoi monter un dossier sur le Web », raconte Christophe Mazzoleni, directeur de la « chaîne Finance » (rubriques Bourse, Patrimoine, Placement, etc.) du figaro.­fr. Rue Galvani, chez Capital, on peste : « Nous avions bouclé le mensuel l'avant-veille !, raconte Jean-Joël Gurviez, éditeur du pôle économique de Prisma Presse. Heureusement, grâce à notre site, nous avons pu couvrir l'événement au quotidien. Avant l'ère Internet, Capital serait passé à côté de cette info cruciale. »

La presse économique et financière l'a bien compris : exister sur le Web est désormais une priorité. Mais comment trouver le bon accord entre une info très ciblée, parfois pointue, et un média qui ouvre le champ des possibles ? Les sites de journaux économiques tâtonnent... mais vont plutôt dans le bon sens. La preuve : des chiffres plus qu'encourageants. Lesechos.fr reste leader des sites économiques, avec 1,148 million de visiteurs uniques, juste devant la « chaîne Finance » du ­figaro.­fr (1,138 million). Latribune.fr affiche 800 000 visiteurs uniques, quand challenges.fr a quadruplé ses visites en un an (450 000). Lexpansion.com a, lui, gagné 30 % de fréquentation depuis sa nouvelle formule. Autre signe de bonne santé : des rénovations de sites prévues avant l'été chez Challenges et chez Capital, le lancement du journaldesfinances.­fr par Le Figaro et celui de BFM News, portail d'information généraliste et économique, prévu pour mai prochain au sein de Nextradio TV.

Transversalité

Quel est le modèle économique de ces sites de presse ? Le tout-publicité et la gratuité s'imposent, même si le print reste comme partout ultramajoritaire dans les recettes publicitaires (lire en page 42). À lexpansion.com, on aimerait développer les partenariats et le commerce en ligne pour diversifier les revenus, « mais l'accès à l'information restera gratuit », précise Yves Adaken, rédacteur en chef. Du côté des magazines, seul capital.fr a lancé une offre payante, il y a deux ans. « L'abonné reçoit chaque semaine la lettre boursière par courriel et sous forme papier, ainsi que la newsletter First Morning par courrier chaque matin, détaille Jean-Joël Gurviez. Il a aussi accès à des conseils boursiers sur plus de 130valeurs. » Une offre qui plaît... mais qui reste chère : 39 euros par mois.

« Le cas de la presse économique est particulier : sa cible (les entreprises et les cadres) a les moyens de se payer un abonnement sur le Net et veut des informations sérieuses provenant d'une marque média reconnue, explique Patrick Eveno, spécialiste des médias et maître de conférences à la Sorbonne. Voici en théorie le cercle vertueux du modèle payant. » Côté quotidiens, seul ­lesechos.­fr a pris le parti d'un modèle mixte, où 30 % des contenus sont payants (journal du jour, archives, microéconomie). « Nous avons 20 000 abonnés, dont la moitié sont des entreprises, et notre chiffre d'affaires est parfaitement équilibré », affirme Philippe Janet, directeur général Internet de DI Group (qui a racheté Les Échos à Pearson).

Pour garantir une info continue de qualité, les sites se sont tous dotés de rédactions Web à part entière... avec plus ou moins de moyens. ­Lesechos.­fr, pionnier depuis 1996, dispose d'une équipe de 24 journalistes. Les rédactions financières du ­figaro.fr, de ­latribune.­fr et de capital.­fr comptent chacune une dizaine de journalistes, alors qu'à ­lexpansion.com et à challenges.fr, on en recense deux fois moins. « Certes, mais la rédaction du magazine est entièrement bimédia et fournit six à sept papiers quotidiens au Web », précise Pierre-Henri de Menthon, rédacteur en chef de Challenges. « BFM News aura évidemment sa rédaction propre, précise Alain Weill, PDG de Nextradio TV. Mais, pour moi, le modèle idéal, ce serait quelques journalistes se consacrant à un seul support et des experts transversaux intervenant aussi bien sur BFM, BFM TV, BFM News ou La Tribune. » ­Lefigaro.­fr peut quant à lui compter sur le soutien des 70 journalistes économiques du quotidien. Quant aux rédacteurs du mensuel Capital, ils alimentent les « indiscrétions » du site, qui se veut aussi le prolongement de certaines enquêtes papier.

La culture bimédia semble donc mieux intégrée que lors des débuts du Web. L'intérêt premier étant évidemment de pouvoir informer en temps réel, quand le temps du papier est, lui, figé. « En économie plus qu'ailleurs, on est sur une problématique de marchés. Plus on est informé tôt, plus on est efficace », lance Joël Ronez, consultant en stratégie Web pour les médias au cabinet Cup of Tea. Pour beaucoup, c'est là qu'est la valeur ajoutée : « Notre ambition est d'apporter une hiérarchisation journalistique de l'info à instant 't'», précise Pierre-Henri de Menthon. Pour Yves Adaken, cette exigence de vitesse et de direct est à mêler avec « le gène premier de L'Expansion : celui de la pédagogie ». « Expliquer une information complexe, c'est l'un de nos axes de développement sur la chaîne finances, renchérit Christophe Mazzoleni. Sur la partie Bourse, nous avons une vertu pédagogique. Nous allons par exemple expliquer ce que veut dire une augmentation de capital, ce qu'elle peut changer pour le portefeuille de l'internaute, etc. »

Ouverture à l'interactivité

Si le Web 2.0 permet d'être en flux continu, il ouvre aussi les portes de l'interactivité. Comment les sites économiques gèrent-ils le lien avec les internautes ? « Informer sur l'économie requiert des compétences, des contacts. Le journalisme citoyen est moins possible que dans la presse généraliste », analyse Joël Ronez. Les sites hésitent donc à lancer des forums. « Au début, nous étions réticents à accueillir les réactions des internautes. Qu'est-ce qu'elles apportaient ? Depuis la refonte du site en septembre, nous avons lancé la rubrique 'Café de l'économie', où les internautes commentent les papiers. Et le résultat est intéressant », détaille Yves Adaken. Le site du Journal des finances devrait bientôt leur permettre d'envoyer leur propre analyse économique. La meilleure sera publiée dans l'édition papier. « Notre public est une nouvelle source d'information », constate Christophe Mazzoleni.

Pour le directeur général du groupe Nouvel ­Observateur, Louis Dreyfus, « le secteur de l'économie se prête davantage à une interactivité avec des spécialistes qu'à du participatif pur ». D'où le développement des blogs d'experts et de journalistes sur de nombreux sites. L'étude réalisée par Think out pour la marque L'Expansion le montre : les internautes attendent du participatif qu'il « donne de la valeur au lecteur », et qu'il « valorise les éclairages d'experts ». Autre rendez-vous interactif très suivi : le tchat quotidien avec un invité du monde économique organisé par la rédaction des ­echos.­fr. Pour Joël Ronez, « l'autre enjeu du 2.0, c'est qu'il permet aux internautes de jouer sur l'ergonomie du site, de choisir ses infos ». Créer sa propre page, avec ses rubriques préférées et son portefeuille boursier, est déjà possible sur lesechos.fr, via un partenariat avec Netvibes.

Cap sur la vidéo

C'est l'atout supplémentaire des sites économiques : les services offerts à l'internaute. Avec en tête la gestion du portefeuille boursier. Aucun site n'échappe à cet outil : cours en direct, graphiques, points Bourse matin et soir, conseils d'analystes internationaux, etc. « Notre objectif est d'être aussi performant que Boursorama », affirme Christophe Mazzoleni. « Nous pouvons même alerter nos internautes par courriel quand l'une de leurs actions dépasse un seuil. C'est un outil de fidélisation formidable », poursuit Philippe Janet. Pour Jean-Joël Gurviez, de Capital, ces services doivent rester liés à l'information : « Nous mettons en ligne des annonces immobilières, des offres d'emploi, des conseils en placements, etc. Mais il faut du contenu autour pour donner un sens éditorial à tout cela. » D'autres services sont-ils en développement ? Les acteurs du Web avouent qu'il ne s'agit pas pour l'instant de leur priorité en termes d'investissements.

C'est plutôt le développement de la vidéo qui devient prioritaire. Après une tendance à l'achat, comme les Points Bourse de l'agence New York French Press qu'on retrouve sur lefigaro.fr et ­lexpansion.com, les sites se mettent à produire leurs propres contenus. Dans l'entresol du Figaro, un studio télé vient d'être inauguré. Loge de maquillage, fond bleu, lumière rouge... rien ne manque : « J'ai hâte que mon équipe puisse réaliser des vidéos », se réjouit Christophe Mazzoleni. Lesechos.­fr et latribune.fr (qui « bénéficiera bientôt de toutes les vidéos de BFM TV », précise Alain Weill) ont déjà leur studio depuis quelques années.

« Ce qui fonctionne bien, ce sont les interviews ou les petits magazines, comme les font les journalistes d'Enjeux », témoigne Philippe Janet. Difficile pourtant d'être créatif sur des sujets économiques ou financiers. Un journaliste sur un fond gris qui débite les infos éco de la journée... Rien de très original. La vidéo apporte-t-elle réellement une valeur ajoutée ? « Nous savons que les internautes valorisent beaucoup les contenus vidéo. C'est ce qui les fidélise sur un site, estime Louis Dreyfus. Mais nous devons inventer un langage. » ­Lexpansion.com a déjà tenté de petits sketchs vidéo en partenariat avec Théâtre à la carte. Ils décrivaient des métiers de manière décalée. « Des prestataires nous proposent de plus en plus de petits dessins animés pour expliquer les rouages de la gestion de patrimoine », note Christophe Mazzoleni.

Développer l'outil vidéo, c'est aussi miser sur la mobilité qu'offre le 2.0. Aux echos.fr, on se positionne dès à présent sur la télévision mobile personnelle, prévue pour la fin de l'année, bien que le site dispose déjà d'une version mobile. Même stratégie chez Nextradio TV : « Il faut être présent sur tous les supports, radio, télévision, Web, mobile, pour suivre le lecteur en demande d'infos économiques dans sa journée », analyse Alain Weill. « La forme graphique du journaldesfi­nances.fr se prête très bien au design de l'Iphone », avance Christophe Mazzoleni. « L'info économique sur mobile ? C'est du gadget, proteste Patrick Eveno. Ces sites n'ont aucun intérêt à imiter ce que font les autres sur le Net. Leur valeur ajoutée, c'est ce qu'ils savent faire de mieux, leur compétence première : l'analyse journalistique. » L'un et l'autre sont-ils incompatibles ? Peut-être pas

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