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La génération numérique est entrée en 6e

20/03/2008 - par Cathy Leitus

Pratique multimédia intense dès l'entrée au collège, goût pour la consommation et intérêt limité pour la politique : telle est la photo 2008 des 12-25 ans selon les études Consojunior (TNS Media Intelligence) et Global Life Stages (Ipsos), qui viennent de paraître.

Plus vite, plus tôt, plus fort », c'est en ces termes que Christine Bitsch, directrice du pôle médias et consommation de TNS Media Intelligence, résume les pratiques multimédias de la jeune génération. Son étude Consojunior 2008, menée tous les deux ans auprès des 2-19 ans, vient de paraître. Première observation : « Les pratiques ­rajeunissent d'un an chaque année depuis quatre ans. » Ainsi le taux de connexion à Internet des 8-11ans en 2008 (74 %) équivaut pratiquement à celui des 12-15 ans en 2004 (77 %). De même, l'usage actuel du courriel par un enfant de 8 ans est comparable à celui d'un ado de 12 ans en 2004. Et si le téléchargement de musique concernait un jeune sur trois en 2004, c'est aujourd'hui plus d'un jeune sur deux qui s'y adonne. Autre usage en plein essor : le visionnage de vidéos en ligne.

En revanche, la console de jeux se porte moins bien : le taux d'équipement, en hausse régulière depuis 2000, connaît une légère érosion en 2008, soit 76 % d'équipés parmi les 8-11ans (contre 78 % en 2006) et 80 % chez les 12-15 ans (contre 83 % en 2006). « Cela ne veut pas dire que les jeunes jouent moins, nuance Catherine ­Ducerf, responsable clientèle de Consojunior. Mais ils jouent ailleurs, sur Internet ou sur leur mobile. » Parmi les 52 % de collégiens qui s'amusent en ligne, un tiers d'entre eux jouent en réseau multijoueur et 47 % préfèrent pianoter en solo.

Nés avec le Web, les collégiens font désormais jeu égal dans leur pratique d'Internet avec les ­lycéens nés entre 1989 et 1992 : ils sont internautes à 89 %. Mais si près de 9 ados sur 10 surfent sur Internet, un tiers seulement des 12-15 ans possèdent leur ordinateur personnel. On trouvera plus couramment dans leur chambre un radio-réveil, une chaîne hi-fi ou même la télévision et des magazines (voir les tableaux en page 55). C'est à partir de la 6e que leurs pratiques numériques s'affirment véritablement. « La génération qui est entrée au collège en septembre 2007 dispose d'un équipement sophistiqué, poursuit Catherine Bitsch. Un ado sur deux vit dans un foyer disposant d'une offre multiplay - Internet et téléphone dans 31 % des cas, Internet, téléphone et télévision pour 17 %. » Ils ont la panoplie complète : console de jeux, lecteur MP3 et téléphone portable.

Musique et messageries

« Les collégiens sont plus équipés en lecteur MP3 que les lycéens, qui les devancent encore sur le mobile, remarque Catherine Ducerf. Le téléphone portable continue d'ailleurs d'être segmentant en fonction de l'âge : 18 % des écoliers de primaire en possèdent un, 65 % des collégiens et 89 % des ­lycéens. » « En revanche, en matière de pratiques multimédias, les écarts d'âge s'estompent à partir de 12 ans, note Christine Bitsch. La notion d'aîné ne joue plus : les 12-15 ans sont même souvent plus virtuoses. » Les collégiens de 2008 écoutent autant de musique en ligne que les lycéens (64 %) mais pratiquent davantage le jeu en ligne et sont aussi plus nombreux à tenir un blog. Une question de temps libre... et une reproduction des comportements redoutablement classique.

« Les 12-15 ans qui jouent en ligne sont à 53 % des garçons, et ceux qui bloguent, c'est-à-dire se confient, sont des filles à 67 %, précise Catherine Ducerf. De même, les filles sont davantage adeptes des SMS (elles écrivent pour échanger ) et les garçons des MMS. Ce qui plaît à ces derniers, c'est la performance technologique des messages multimédias. » Pour communiquer, la messagerie instantanée est l'outil de prédilection des jeunes générations, devant le courriel. Les choses se rééquilibrent avec l'âge : le courrier électronique repasse devant la messagerie à partir de 17 ans. Chez les jeunes adultes (21-24 ans), le courriel est utilisé à 80 % et la messagerie à 68 %.

Global Life Stages, l'observatoire international des modes de vie et de consommation d'Ipsos, confirme ces tendances sur la cible des 15-25ans dans sa livraison 2008. « Si l'on excepte la ­consultation des moteurs de recherche et l'usage du courriel, qui ne les distinguent pas du reste de la population, les jeunes Français plébiscitent la messagerie instantanée (MSN, Yahoo Messenger), que 75 % d'entre eux utilisent au moins une fois par semaine », indique Rémy Oudghiri, directeur du département tendances et prospective d'Ipsos Marketing. Il poursuit : « Un peu plus en retrait en ce qui concerne les opérations pratiques (banque, informations), les 15-25 ans sont leaders sur la consultation des sites d'échange de vidéos en ligne tels que You Tube ou Daily Motion (39 % les consultent au moins une fois par semaine), la lecture de blogs (38 %), le jeu vidéo en ligne (35 %), l'écoute de musique en ligne (34 %) et de la radio en ligne (30 %). » En outre, 22 % des 15-24 ans écrivent ou actualisent leur blog et 15 % téléchargent de la musique au moins une fois par semaine. Ils sont 56 % à utiliser Wikipédia.

Effet de mode oblige, 30 % d'entre eux ont visité un réseau social type Facebook ou My Space et 11 % s'y connectent au moins une fois par semaine. « Internet est devenu pour eux un réseau de sociabilité : 36 % s'y sont fait de nouveaux amis », ajoute Rémy Oudghiri. La numérisation progressive de toutes leurs données ne leur fait pas peur : 67 % disent ne pas être gênés d'avoir leur musique et leurs photos stockées uniquement sur ordinateur, contre 56 % des Français en général. Mais, selon l'expert d'Ipsos, « cette génération apparaît de plus en plus dépendante des nouvelles technologies : 69 % avouent qu'ils se sentent perdus sans leur téléphone (contre 40 % pour les Français) et 71 % considèrent qu'il est important de le personnaliser (contre 46 % des Français). »

Cette forme d'addiction n'est pas sans danger, avertit Florence Hermelin, directrice de NRJ Lab (lire sa tribune ci-dessous). « Dans un monde sans repères, les jeunes plébiscitent les réseaux communautaires où ils se retrouvent par affinités, explique-t-elle. Le danger est de recréer ainsi des ghettos dans lesquels on propose aux jeunes les informations et les produits qu'ils sont assurés d'aimer sans susciter de leur part aucun effort d'imagination ou d'ouverture. » Les jeunes sont-ils donc perdus ? « C'est une génération assez pessimiste dont le problème de fond est un déficit d'insouciance, ­affirme Jérôme Lafourcade, directeur d'études chez Millward Brown. En 2007, Nicolas Sarkozy a fait naître un espoir chez les 18-25 ans mais, comme ils le disent, "il s'est cramé". Du coup, on sent un climat de découragement, de désillusion. Les jeunes bourgeois aspirent à quitter le pays et ceux des banlieues sont dans la frustration. »

Reste la consommation... Selon l'étude Global Life Stages 2008 d'Ipsos, les trois quarts des 15-25 ans déclarent que leur principal objectif dans la vie est de gagner plus d'argent (contre 55 % des Français). Ils sont autant à adorer le shopping. Toutefois, comme leurs aînés, ils se disent à 87 % très préoccupés par l'avenir de la planète. Ils semblent même plus pessimistes sur l'état de l'environnement en France : 35 % seulement des 15-24 ans le considèrent satisfaisant contre 49 % des 45-59ans. « L'environnement ressort aussi en tête des préoccupations des adolescents, indique Catherine Ducerf, de Consojunior. Mais c'est surtout parce que les médias en parlent beaucoup. En revanche, tous les autres thèmes (les droits de l'homme, les enfants qui souffrent, la faim dans le monde) sont en recul. »

Peur du monde adulte

Et leur rapport à la politique ? « Sans être complètement dépolitisés, les 15-24 ans s'intéressent moins à la politique (51 %) que les Français en général (66 %) », indique Rémy Oudghiri. En revanche, ils sont très pessimistes sur le fonctionnement des institutions. Ils estiment à 95 % que les inégalités ont fortement augmenté en France dans la période récente, un sentiment partagé par 88 % de leurs concitoyens. Pour autant, les mouvements alternatifs comme l'altermondialisme ne les séduisent pas plus que les autres Français : 35 % s'en disent proches. « Les 15-25 ans sont plutôt, comme l'ensemble de la société, favorables à une reprise en main du pays, observe Rémy Oudghiri. Ils pensent à 82 % qu'il faut y remettre de l'ordre, contre 78 % des Français en général. Et 63 % considèrent que les parents doivent être stricts avec leurs enfants, contre 70 % de la population totale. »

En ce qui concerne l'action politique, ils sont moins actifs que leurs aînés. Ce qu'ils font le plus : signer des pétitions (28 % au cours des 12derniers mois), utiliser Internet (23 %), participer à une manifestation (13 %). Seulement 7 % se sont rendus dans une réunion politique en 2007, pourtant année électorale, contre 29 % des plus de 60ans ! « Pour les 18-25 ans, le clivage gauche-droite ne veut rien dire, affirme Jérôme Lafourcade, de Millward Brown. Le monde adulte leur fait peur et le discours d'un Besancenot, leader de la LCR, ne fonctionne pas auprès d'eux. » Leurs icônes ? Gad Elmaleh et Cécile de France. « Du frais, du léger, de l'apolitique, et finalement du creux ! », dixit Jérôme Lafourcade. Pour lui, il manque aujourd'hui aux jeunes « une incarnation charismatique, un nouveau Coluche ».

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