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Honorables correspondants

26/06/2008 - par Amaury de Rochegonde

La France prend le 1er juillet la présidence de l'Union européenne. L'occasion pour les correspondants anglo-saxons établis à Paris de mettre de nouveau l'accent sur l'Hexagone, plus d'un an après l'élection de Nicolas Sarkozy.

Catherine Bennehold, International Herald Tribune. « L'Élysée a plus de sujets à vendre »

Katrin Bennhold, trente-trois ans, couvre l'actualité française depuis 2000. D'abord à Bloomberg, puis à l'International Herald Tribune, où elle fournit aussi des articles pour le New York Times (auquel appartient l'IHT depuis 2003). Bien sûr, la présence à Paris du siège de l'IHT n'est pas sans effet sur la façon dont ses journalistes traitent l'Hexagone. « Nous sommes tous très attachés à la France car contrairement aux autres correspondants, nous ne restons pas quatre ans dans ce pays, explique-t-elle. Mais grâce à une rédaction très hétérogène, nous gardons une distance importante. » La jeune femme de nationalité allemande peut en effet constater que la France a, aux yeux des lecteurs de l'IHT comme des managers du New York Times, une importance disproportionnée par rapport à son poids économique. Mais il est vrai que la France, ce n'est pas seulement du « business » mais aussi de la culture et... Nicolas Sarkozy. De l'autre côté de l'Atlantique, le président français continue d'avoir la cote auprès de l'« establishment » alors qu'il suscite déception en Grande-Bretagne et méfiance en Allemagne. Et à l'IHT ? « On a eu l'impression que si quelqu'un pouvait changer la France, c'était bien lui. Un an après, on n'est plus tout à fait convaincu. » À l'actif de Sarkozy, selon elle, le fait d'avoir sorti la France de l'« antiaméricanisme » en la faisant, par exemple, entrer dans l'Otan. Sur le plan intérieur, « il en fait plus que son prédécesseur, plus que ses critiques ne l'admettent, mais moins qu'il ne l'avait promis ». C'est donc l'image d'un président affaibli qui domine. « Il y a un an, on avait le sentiment qu'aucun lobby, aucun syndicat n'était en sécurité face à Sarkozy. Aujourd'hui, on voit que les réformes sont à mi-chemin et très coûteuses. » Katrin Bennhold n'hésite pas à exprimer son souhait de voir établies l'abrogation des 35 heures, la liberté de licenciements, la fin des régimes spéciaux de retraite... Bref, il faut aller plus loin, au nom du pragmatisme. Quid des relations avec l'Élysée ? « La nouvelle administration montre plus d'intérêt pour nous car ils ont plus de sujets à vendre, notamment avant la présidence française de l'UE », répond Katrin Bennhold. Le New York Times a pu interviewer le président en septembre 2007 deux jours avant son arrivée à New York. Et contrairement à Jacques Chirac, il n'a pas fait pression, en février 2007, pour changer une de ses déclarations sur le nucléaire en Iran.

Ben Hall, Financial Times. « On est mieux traités que sous Chirac »

Dans un français parfait, tout juste teinté d'accent « british », Ben Hall l'admet : être correspondant étranger en « Sarkozie », même au nom du prestigieux Financial Times, n'est pas chose aisée. S'il voit ses demandes d'interview du président de la République sans cesse retoquées, il ne se vexe pas pour autant. « C'est normal que nous passions après les médias français, lâche-t-il, fairplay. Et encore... D'après mon prédécesseur, l'équipe de Sarkozy traite mieux les médias internationaux que l'équipe Chirac. »

Arrivé à Paris en septembre 2007, Ben Hall, trente-sept ans, commence à peine à amortir le choc des cultures. « À Londres, j'avais des accès faciles aux politiques, avec qui le " off " était monnaie courante. Ici, c'est plus difficile d'avoir des accès personnels et privilégiés. Auparavant, il n'était pas rare que j'écrive trois papiers dans la journée. Depuis Paris, j'envoie trois ou quatre articles par semaine maximum », explique-t-il. Il lui faut réfléchir à deux fois pour trouver le bon angle et le bon moment pour publier un papier, sachant qu'un suivi au quotidien est exclu.

Pourtant, l'effet Sarkozy a remis la France au centre des agendas des médias britanniques. De la campagne présidentielle au remariage de Nicolas Sarkozy avec une ex-mannequin reconvertie dans la chanson, la politique française a suscité un vif intérêt outre-Manche, y compris parmi les lecteurs du FT. La « pipolisation » de la scène Élyséenne n'est sans doute pas étrangère à ce retour en grâce. « On a traité ces rebondissements, mais plus sous l'angle de leur impact sur la popularité du président de la République ou sur celle du gouvernement », souligne Ben Hall.

Un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, la presse étrangère est toujours dans l'attente de résultats. « Il est vrai qu'on est plus sceptiques. On a l'impression qu'il parle plus qu'il n'agit. Mais, un an, ce n'est pas très long pour juger d'une politique », conclut Ben Hall.

Jim Bittermann, CNN International. « L'avis de la France est beaucoup plus considéré »

Une semaine complète. C'est le traitement de faveur dont a bénéficié la France sur CNN International. Du 2 au 8 juin, notre pays a été le fil rouge de la grille de la chaîne d'information américaine via de nombreux reportages. Un privilège exceptionnel accordé, jusqu'alors, à la Russie, la Chine, l'Afrique, le Brésil et au Moyen-Orient. Aucun autre pays européen n'a eu droit à cette considération de la télévision d'Atlanta. « C'était impensable il y a seulement quelques années », confirme Jim Bittermann. Correspondant permanent, cet Américain bon teint au fort accent, lauréat d'un Emmy Awards pour ses reportages sur la famine au Soudan, est installé en France depuis 1980. Après avoir suivi les papes au Vatican, il est devenu un observateur privilégié de l'évolution de la société française.

Pour lui, l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2007, en est l'une des plus remarquées. « Aujourd'hui, l'avis de la France est beaucoup plus considéré, explique Jim Bittermann. Il ne se passe pas un jour sans que je reçoive un message sur mon Blackberry pour questionner tel ou tel ministre sur l'engagement du gouvernement concernant des sujets internationaux. » Selon le journaliste, dont les bureaux parisiens sont situés à quelques centaines de mètres de l'Élysée, « il y a eu un changement de perception » de la France par les Américains. « Avant, je réalisais plutôt des sujets magazines, autour de la gastronomie ou du tourisme, poursuit-il. Depuis, je suis très sollicité. Le travail a beaucoup augmenté. » Le journaliste américain estime bénéficier d'une grande liberté de travail en France. « Mon seul problème est l'accès aux personnalités, explique t-il. Car, contrairement aux médias français qui peuvent profiter de plusieurs journalistes spécialisés, il nous est difficile d'être omniprésent partout. » En revanche, le correspondant de CNN International a noté qu'avec les années, le regard de la population sur sa chaîne avait changé. « Les modes de diffusion permettent aux gens de voir partout les images de CNN. Avant, nous circulions partout car les gens pensaient que l'on était de leur coté. Maintenant, on peut tout voir, et les reportages, que l'on veut les plus neutres et objectifs possibles, peuvent être interprétés dans un sens ou dans un autre. » Quant à la « pipolisation » du président et de son entourage, un aspect que les Français ont découvert, elle n'émeut pas particulièrement Jim Bitterman. « Ces sujets ne m'intéressent pas, confie-t-il. Et pourtant, chez nous, cela est courant. Maintenant, je parie que toute l'effervescence que l'on observe autour de votre président va se calmer. J'ai vécu la même chose à l'arrivée au pouvoir de Mitterrand, en 1981. »

Sophie Pedder, The Economist. « La présidence de l'UE va mettre la France en lumière »

Vacharde ? La couverture d'octobre 2006 de The Economist était un bon exemple d'humour grinçant à l'anglaise. L'on y voyait cette bonne vieille Margaret Thatcher, sur fond de drapeau bleu-blanc-rouge, avec l'accroche : « What France needs » (« Ce dont la France a besoin »). Aux commandes de ce numéro, agrémenté d'un important dossier de seize pages sur l'Hexagone, le bureau parisien, avec à sa tête Sophie Pedder. La journaliste, lauréate du prestigieux prix David Watt en 2006, a débuté en 1990 chez The Economist et a rejoint Paris en 2003, après avoir ouvert le premier bureau de l'hebdomadaire en Afrique du Sud.

« The Economist consacre chaque semaine un espace spécifique à chaque région », explique Sophie Pedder, qui travaille avec une autre journaliste, en charge des entreprises, dans des locaux cossus, non loin des Champs-Élysées. « Au contraire de certains journaux internationaux, qui dépêchent des envoyés spéciaux uniquement lors d'événements, nous tentons de dresser, au fil de l'année, un portrait fin de la France, en abordant aussi bien la culture que l'économie ou la société », précise Sophie Pedder. En résumé : « Le journal ne s'intéresse pas uniquement à la France en période d'élections. »

Justement, à la veille de l'élection présidentielle, en avril 2007, l'hebdomadaire avait clairement pris position pour Nicolas Sarkozy, avec une couverture titrée sans aucune ambiguïté « France's chance : The case for Nicolas Sarkozy ». « Nous prenons systématiquement parti pour un candidat dans chaque pays car nous sommes un journal engagé », précise Sophie Pedder. Sans systématisme, pour autant. « Pour l'Italie, nous nous sommes prononcés contre Silvio Berlusconi. Et le fait d'avoir soutenu Sarkozy ne nous a pas empêchés de pointer ses erreurs », rappelle la journaliste. « Nous ne sommes pas un journal de droite, mais un journal libéral. » De fait, les hommes politiques courtisent ardemment les équipes de The Economist : John McCain a récemment fait le déplacement à Londres pour déjeuner avec le rédacteur en chef du titre. Surprise : le chef d'État français, pourtant si friand des médias, ne fait pas la roue devant les journaux étrangers. « Il est très difficile à rencontrer », remarque Sophie Pedder. « Lorsque je travaillais en Afrique du Sud, il était plus facile de voir Nelson Mandela que Nicolas Sarkozy en France ! » En revanche, il est certain que « les chefs d'entreprises ouvrent toujours leurs portes » à The Economist.

Au moment de notre rencontre, Sophie Pedder avait les yeux braqués sur le référendum irlandais. « La présidence française de l'Union Européenne, au deuxième semestre 2008, pourrait être très gênée par un " non " irlandais, analyse la journaliste. La France va être mise en lumière. Ce qui est clair, c'est que le sujet européen va dominer dans les six mois à venir. »

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