
SOMMAIRE DU DOSSIER :
Une journée à France Télévision
Des prix à la pelle
Nouveau géant de l'achat d'espace
Gérard Eymery chez France Télévision
DDB: Volkswagen a fait des petits
Mon premier job dans une agence
Albert Frère se retire
Etre-re, c'est un projet d'entreprise
BDDP sans son B
Gentil koala
Nina Ricci prend le métro
L'autre bataille de l'informatique
En couverture
Les créatifs voient rouge
L'Auvergnat du corporate
Bientôt, on enseignera Le Petit Jacquet illustré
Le Viagra débarque
Cegetel débarque sur Internet
Audi roule aussi au diesel
RMC enfin privatisé
PPD, dix ans et en pleine forme
Éric Delannoy pour BDDP Paris
Vieux routiers et nouvelles enseignes
Transfert de poids
Trautmann zappe la pub
Reporté
Playtex tendance Almodovar
La preuve par deux
Cap sur les 35heures
Yves de Chaisemartin sur tous les fronts
Brigitte Bizalion rejoint OMD
Arnaud sur les traces de Jean-Luc
Que reste-t-il du Mondial?
La pomme a la pêche
Ballet nautique
Les Galeries par le menu
Un Canadien sur les champs
Laurent Gerra, le frondeur d'Europe1
Pour voir un film, c'est toute la journée
Querelle d'actionnaires
ÁHola!, grand d'Espagne
La fin des Tontons flingueurs
Radio France change de tête
La pub kiffe la banlieue
On est les champions
Torride Paco Rabanne
De Twingo à Xsara
18/12/1998 - Les Guignols ont dix ans. Un âge mûr pour leur marionnette vedette, devenue aujourd'hui un véritable phénomène de société. Portrait.
PPD ne dort jamais. Et pour cause, il n'a pas de paupières. Apparu pour la première fois sur Canal+ le 31août 1988, il n'a pas fermé ses yeux de plastique bleu depuis dix ans. Habillé par les plus grands couturiers, comme son modèle sur TF1, PPD va finir par être l'un des plus vieux présentateurs de la télévision française. Il s'agit d'un paradoxe pour Canal+, dont les journaux n'excèdent jamais les cinq minutes. Invariablement, ce kilo de latex, épais d'un centimètre et demi sur le crâne et d'un demi-centimètre aux endroits sensibles (les yeux et la bouche), surmontant un buste en mousse de polyuréthane, accueille, tous les soirs à 19h55, 2,6millions de téléspectateurs en moyenne, parmi les cibles publicitaires les plus convoitées. Depuis la rentrée, la marionnette est suivie par 200000téléspectateurs de plus que l'année dernière à la même époque. Une réussite due à l'intuition d'un homme, Alain de Greef, le directeur des programmes de Canal+, qui a insisté contre l'avis de tous pour remplacer les Nuls par des effigies en latex. Mais attention, PPD n'est pas uniquement la caricature de l'autre. Cette«sorte de M.Loyal»,comme le qualifie Alain Duverne, le créateur des Guignols, constitue surtout le lien indispensable entre le public et les 216autres marionnettes desGuignols de l'info.Au fil des années, d'autres présentateurs ont été essayés, comme Masure ou Ockrent, mais sans succès. Il a même traversé sans ambages toutes les crises. De la guerre du Golfe, au cours de laquelle il s'est affiné, à la controverse sur la mort de Pierre Bérégovoy en 1993. De l'annonce du nouveau président de la République en 1995, un quart d'heure avant les autres chaînes, à la quarantaine du vrai PPDA du journal de TF1 pour cause d'affaire Botton l'année suivante.
Un véritable personnage emblématique
Indispensable, PPD l'est aussi pour ses auteurs.«PPD, c'est parfois nous,témoigne d'ailleurs Bruno Gaccio, l'un des auteurs historiques.Il fait passer nos indignations, par exemple devant la World Company, face à de Villiers ou sur le Pacs. Et puis, il a un côté de Funès, obséquieux avec les puissants et incroyablement dur avec les sous-fifres.»Clé de voûte de l'ensemble, PPD est aussi l'un des personnages les mieux maîtrisés de la galerie, de l'avis de tous ceux qui l'approchent quotidiennement. Yves Lecoq apprécie par exemple«la diversité du personnage qui permet de jouer sur plusieurs facettes, du journaliste à l'invité». PPD est la seule marionnette qui fasse des gestes gratuits, pour imiter la légère préciosité du vrai. Sans oublier«un mouvement de bouche un peu tournant, un peu guimauve», comme le fait observer François Guizerix, marionnettiste depuis les origines.«Imaginons que le vrai disparaisse, PPD pourrait continuer, parce qu'il est emblématique»,estime Gilles Verlant, le coordonnateur de la soirée spéciale sur les dix premières années desGuignols,prévue le 19février. Pour cette occasion, la chaîne cryptée diffusera, avant un montage donnant la parole à soixante-dix personnes«guignolisées»ou ayant un regard sur le«phénomène de société»(1), ce qu'elle qualifie déjà de«première politique-fiction à la française».Une superproduction d'une heure, avec un budget d'un million de francs, mettant en scène vingt-cinq marionnettes, et dont le postulat rend déjà impatient:«Les vrais gens ont disparu, il ne reste plus que les politiques, livrés à eux-mêmes.»On peut déjà craindre le pire. (1) Comme l'ont défini les deux auteurs deLe Pouvoir des Guignols,1998, Édition n°1.