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PPD, dix ans et en pleine forme

18/12/1998 - Les Guignols ont dix ans. Un âge mûr pour leur marionnette vedette, devenue aujourd'hui un véritable phénomène de société. Portrait.

PPD ne dort jamais. Et pour cause, il n'a pas de paupières. Apparu pour la première fois sur Canal+ le 31août 1988, il n'a pas fermé ses yeux de plastique bleu depuis dix ans. Habillé par les plus grands couturiers, comme son modèle sur TF1, PPD va finir par être l'un des plus vieux présentateurs de la télévision française. Il s'agit d'un paradoxe pour Canal+, dont les journaux n'excèdent jamais les cinq minutes. Invariablement, ce kilo de latex, épais d'un centimètre et demi sur le crâne et d'un demi-centimètre aux endroits sensibles (les yeux et la bouche), surmontant un buste en mousse de polyuréthane, accueille, tous les soirs à 19h55, 2,6millions de téléspectateurs en moyenne, parmi les cibles publicitaires les plus convoitées. Depuis la rentrée, la marionnette est suivie par 200000téléspectateurs de plus que l'année dernière à la même époque. Une réussite due à l'intuition d'un homme, Alain de Greef, le directeur des programmes de Canal+, qui a insisté contre l'avis de tous pour remplacer les Nuls par des effigies en latex. Mais attention, PPD n'est pas uniquement la caricature de l'autre. Cette«sorte de M.Loyal»,comme le qualifie Alain Duverne, le créateur des Guignols, constitue surtout le lien indispensable entre le public et les 216autres marionnettes desGuignols de l'info.Au fil des années, d'autres présentateurs ont été essayés, comme Masure ou Ockrent, mais sans succès. Il a même traversé sans ambages toutes les crises. De la guerre du Golfe, au cours de laquelle il s'est affiné, à la controverse sur la mort de Pierre Bérégovoy en 1993. De l'annonce du nouveau président de la République en 1995, un quart d'heure avant les autres chaînes, à la quarantaine du vrai PPDA du journal de TF1 pour cause d'affaire Botton l'année suivante.

Un véritable personnage emblématique

Indispensable, PPD l'est aussi pour ses auteurs.«PPD, c'est parfois nous,témoigne d'ailleurs Bruno Gaccio, l'un des auteurs historiques.Il fait passer nos indignations, par exemple devant la World Company, face à de Villiers ou sur le Pacs. Et puis, il a un côté de Funès, obséquieux avec les puissants et incroyablement dur avec les sous-fifres.»Clé de voûte de l'ensemble, PPD est aussi l'un des personnages les mieux maîtrisés de la galerie, de l'avis de tous ceux qui l'approchent quotidiennement. Yves Lecoq apprécie par exemple«la diversité du personnage qui permet de jouer sur plusieurs facettes, du journaliste à l'invité». PPD est la seule marionnette qui fasse des gestes gratuits, pour imiter la légère préciosité du vrai. Sans oublier«un mouvement de bouche un peu tournant, un peu guimauve», comme le fait observer François Guizerix, marionnettiste depuis les origines.«Imaginons que le vrai disparaisse, PPD pourrait continuer, parce qu'il est emblématique»,estime Gilles Verlant, le coordonnateur de la soirée spéciale sur les dix premières années desGuignols,prévue le 19février. Pour cette occasion, la chaîne cryptée diffusera, avant un montage donnant la parole à soixante-dix personnes«guignolisées»ou ayant un regard sur le«phénomène de société»(1), ce qu'elle qualifie déjà de«première politique-fiction à la française».Une superproduction d'une heure, avec un budget d'un million de francs, mettant en scène vingt-cinq marionnettes, et dont le postulat rend déjà impatient:«Les vrais gens ont disparu, il ne reste plus que les politiques, livrés à eux-mêmes.»On peut déjà craindre le pire. (1) Comme l'ont défini les deux auteurs deLe Pouvoir des Guignols,1998, Édition n°1.

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À la fois pivot et ciment de l'ensemble des marionnettes
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