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L'HOMME DE L'ANNÉE

Bientôt, on enseignera Le Petit Jacquet illustré

18/12/1998

«Aimé Jacquet est un manuel de management», assure Alain Cayzac, vice-président d'Havas Advertising et président de l'AACC. Le publicitaire, invité à lui remettre le titre d'Homme de l'année 1998 de Stratégies, ne s'est pas fait prier pour analyser le phénomène.

Tout a été dit et redit sur Aimé Jacquet: qu'il est la réincarnation de Dieu, qu'il guérit les malades. Difficile d'ajouter son grain de sel à ce concert de louanges mais je le fais volontiers. Tout simplement parce que je suis un fan d'Aimé, il le sait. Je ne suis pas un de ces convertis de l'après-12juillet, mais sans doute son supporter numéro un ou plutôt numéro deux, le premier étant mon fils aîné. Grâce à Aimé ou plutôt par sa faute, j'ai d'ailleurs gagné un nombre incalculable de paris sur la victoire de l'équipe de France, donc de repas. ça m'a valu quelques kilos et pour ça, seulement pour ça, je lui en veux. Et puis, autre chose nous rapproche, nous avons le même âge à quelques jours près. C'est très motivant pour moi de savoir qu'on peut être un homme normal à 57ans et être sanctifié à 57ans et un mois. Aimé Jacquet est un manuel de management, de marketing et de communication à lui tout seul. Bientôt, on enseignera le «Petit Jacquet illustré» dans les écoles de marketing. Le «publicitor» a maintenant un concurrent sérieux. Et dans le «Petit Jacquet illustré», on apprendra que la victoire de l'équipe de France a été une leçon de management, de communication, de patriotisme et de démocratie. Une leçon de management, d'abord, à l'usage de tous les clubs, de toutes les équipes, et en fait, de toutes les entreprises. On réussit quand on a une vision, une stratégie et que l'on va au bout de celle-ci sans se soucier de ceux qui sont toujours là pour prédire et même souhaiter votre échec. On réussit quand on a la religion du collectif, que l'on pense plus à forger un esprit d'équipe, à développer une culture d'entreprise qu'à gérer sa propre carrière. On réussit quand on est compétent, tout bêtement. Les grands techniciens du football ont défendu Aimé Jacquet depuis le début de l'aventure et loué sa rigueur et son professionnalisme. Les grandes victoires ne se préparent pas au café du commerce, dans les journaux ou devant les caméras, mais sur les stades et les terrains d'entraînement. On réussit quand on a les nerfs, l'envie et l'ambition, ce qu'on appelle le caractère. Une attitude positive, décomplexée et énergique qui vous permet de ne pas glisser sur les peaux de bananes généreusement déposées sous vos crampons. On réussit quand on aime les autres, tout simplement. Regardez le filmLes yeux dans les bleusou encore Aimé Jacquet parlant de ses joueurs dans l'émission de Mireille Dumas et vous comprenez que cet homme-là est un humaniste, certes exigeant et dur mais affectif, ce cocktail étant l'arme absolue dans la recherche de l'efficacité. On réussit quand vos collaborateurs, en l'occurrence les joueurs, vous respectent. Malgré des choix déchirants et face à des ego quelquefois surdimensionnés, Aimé a évité les conflits graves simplement parce que les joueurs écartés savaient que les options prises par le patron étaient intellectuellement honnêtes. Enfin, on réussit quand on se prépare à la victoire. Le triomphe de l'équipe de France, c'est deux ans de préparation intensive mais aussi vingt ans de travail, de formation, d'organisation. Là encore, comme partout,«le hasard ne frappe jamais par hasard», même si avoir un peu de chance et voir le ballon rouler finalement dans le bon sens, ce n'est pas plus mal. J'adore d'ailleurs cette définition de la stra- tégie: un mélange de rationalité, de hasard et d'envie. Eh bien, elle s'applique parfaitement au football et à l'épopée de l'équipe de France. La saga Jacquet, c'est aussi une leçon de communication. Qui a pu dire qu'Aimé ne communiquait pas bien? Communiquer, ce n'est pas simplement parler, c'est «passer», convaincre, éventuellement gêner, ne jamais laisser indifférent. Pour se créer durablement une bonne image, il faut d'abord être bon mais aussi et surtout ne pas être obsédé par sa propre communication.«La véritable audace est d'être soi-même», a dit quelqu'un. Pour Aimé, être soi- même, c'est la profondeur qui l'emporte sur la frime, le fond sur la forme, la simplicité sur l'intellectualisme, l'humilité sur l'arrogance, la sensibilité sur la froideur. Et n'oublions pas la victoire, seule capable de faire passer le public de la sympathie au respect. Aimé Jacquet, c'est Poulidor qui gagne.

Un moment magique de consensus

Aimé Jacquet nous a donné une leçon de démocratie. La victoire de l'équipe de France, c'est la fameuse fracture sociale qui est gommée par un moment magique de consensus où riches et pauvres, banlieues et beaux quartiers, hommes et femmes, vieux et jeunes se retrouvent, mystiquement unis. La victoire des Français, c'est aussi celle d'une France multicolore, diverse, variée, une fraternité multiraciale qui est la meilleure réponse aux chantres de l'exclusion, du racisme et de la xénophobie. Enfin, c'est une leçon de patriotisme où les Français se sont soudainement sentis fiers d'être Français sur les Champs-Élysées ou ailleurs. Quelqu'un l'a dit:«Le nationalisme c'est la haine des autres, le patriotisme c'est l'amour des siens.»Eh bien, beaucoup d'entre nous se sont surpris à être plus patriotes que nous ne le pensions. Grâce à l'équipe de France. Quelle joie pour moi d'être le 13juillet dans un taxi à New York et de me voir appeler«the French hero», moi qui n'ai même pas marqué un but pendant la World Cup. Quelle belle réponse à un jeune Américain écrivant sur Internet que«la contri- bution des Français à la civilisation occidentale, c'est le champagne, le camembert et la guillo- tine».Maintenant, c'est également le football et, ne l'oublions pas, le sens de l'organisation, car cette Coupe du monde en France a été menée de main de maître par le CFO et la Fédération française de football. Je suis intimement persuadé qu'il y a eu l'avant-Coupe du monde et qu'il y a désormais l'après-Coupe du monde, pardon pour cette lapalissade. Demain, tous les petits Zidane de banlieues, tous les Antillais et les Kanaks seront probablement moins considérés comme des immigrés. Peut-être que demain, on fera plus confiance à ceux qui savent et font qu'à ceux qui disent, à ceux qui sont plutôt qu'à ceux qui veulent être. Peut-être que demain, on partira un peu moins facilement battu et moins convaincu que l'herbe est plus verte chez le voisin. Bravo et merci Aimé Jacquet. Si le propre des vedettes est d'être éphémères et de passer, le propre des stars est de durer. Aimé, lui, est donc éternel.

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