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PRESSE MAGAZINE

ÁHola!, grand d'Espagne

18/12/1998

L'année 1998 a été marquée, sur le terrain de la presse people, par l'affrontement entre Allo! et Oh là!. Reportage au sein du modèle, le ÁHola! espagnol.

Le temps n'a pas de prise surÁHola!. À cinquante-quatre ans, l'ancêtre espagnol de la presse people «soft», qui a lancé cette année une édition française (lire ci-contre), semble immune à la concurrence comme aux aléas du marché. Imperturbable, il suit la voie tranquille tracée dans l'après-guerre civile par son fondateur, Antonio Sánchez Gomez, celle d'un«hebdomadaire d'agrément»qui doit refléter«l'écume de la vie», c'est-à-dire«des nouvelles multicolores, sans poids ni densité, pour distraire plus que pour compliquer». Un demi-siècle plus tard, la formule magique fonctionne toujours: 622000exemplaires diffusés chaque semaine et 100millions de francs de bénéfices, toutes éditions confondues. Au fil du temps,ÁHola!est devenu un signe d'identité de l'Espagne, ou d'une certaine Espagne, au même titre que les corridas ou les castagnettes. Il en a la même saveur démodée, mais d'un kitsch indémodable. Il semble promis à l'immortalité. Il cavale en tête de ces innombrables titres qui font de l'Espagne le paradis de la «presse du coeur» et de ses 9millions de lecteurs - pour 40millions d'habitants.

La photo avant tout

Malgré les copies, il reste inimitable. Sa recette, pourtant, n'est pas dans l'air du temps.ÁHola!s'accroche à ses principes fondateurs: ne pas rechercher le scandale, la critique ou même la polémique et éviter tout ce qui pourrait porter atteinte aux bonnes manières et à la morale chrétienne. La lecture deÁHola!s'apparente donc à celle d'un roman rose, ou plus exactement d'un roman-photo rose, puisque la photo est bien la reine de la revue, au détriment du texte.«Caroline, radieuse aux côtés d'Ernst de Hanovre»;«Hillary Clinton a fait pleurer d'émotion son mari»;«Camilla, reine de la fête d'anniversaire du prince Charles». Les grands de ce monde ne sont pas les seuls héros de ce feuilleton sirupeux. Le cocktail comprend également une bonne dose d'Hollywood, une copieuse ration d'aristocratie grande et petite, espagnole ou non et, surtout, une flopée de personnages sans grande envergure, dont souvent la seule renommée est justement d'apparaître dans les pages deÁHola!.«Toute une série de personnes sont devenues ainsi "célèbres" sans raison,explique Jaime Peñafiel, qui fut durant vingt-deux ans l'homme clé de la rédaction de la revue.Mieux, avant même de naître, certains enfants héritent de leurs parents du privilège d'une place réservée dansÁHola!.»Il faut bien remplir 150pages par semaine. Il n'empêche, même épaisse,«l'écume de la vie»fait rêver.«Elle aide à sortir de leur quotidien les lecteurs les plus modestes, et les classes moyennes y voient des exemples à atteindre», estime Jaime Peñafiel.«Ce que j'aime avant tout, ce sont les potins sur une famille royale ou sur n'importe qui d'autre,explique Ana, femme de ménage, qui achète sa ration tous les jeudis, depuis toujours.EtÁHola!, dans le genre, me paraît le plus sérieux, c'est-à-dire celui qui révèle les potins les plus véridiques.»MaisÁHola!n'est pas que la revue des femmes de ménage, ou des salles d'attente des dentistes et des coiffeurs. L'épouse de Franco dépêchait chaque semaine un motard à l'imprimerie pour obtenir le premier numéro sorti des rotatives. La reine Sofia en a fait, dit-on, son hebdomadaire de chevet. Atterrissant à Madrid pour un voyage officiel, Lady Di s'inquiétait avant toute autre chose de savoir«où est le photographe deÁHola!». Les intellectuels, eux, n'affichent pas tous, loin s'en faut, un sourire méprisant pour commenter le phénomène. L'écrivain Francisco Umbral, par exemple, généralement la plume la plus acérée du royaume, épargne la revue de ses piques habituelles, non sans s'armer toutefois d'une certaine ironie:«Ce ne sont ni la presse quotidienne ni les historiens qui ont écrit la chronique de ce dernier demi-siècle, maisÁHola!, dit-il.Nous ne sommes rien avant d'être dansÁHola!.J'y apparais peu, ce qui me crée un complexe, une crise d'identité.»Certains hommes politiques, comme les ex-présidents du gouvernement Adolfo Suarez ou Felipe Gonzalez, à la recherche de popularité, n'ont pas dédaigné poser dans les pages de la revue, en famille, baignant dans une félicité conjugale sans grand rapport avec la réalité, si l'on en croit les chroniqueurs politiques. Ces apparitions ne se firent pas d'ailleurs sans les réticences du fondateur de la revue, pour qui des démocrates comme Felipe Gonzalez ou Adolfo Suarez ne pouvaient être dans le fond que des «rouges». Antonio Sánchez Gomez était franquiste dans l'âme, au point de pleurer dans ses colonnes la mort du dictateur, en 1975, comme celle du«capitaine de la Providence qui a tant fait pour le pays».Pourtant, à la différence de bien d'autres titres, disparus avec le«generalisimo»,ÁHola!n'a pas pâti de la transition démocratique. Simplement parce que la revue, fidèle au principe de l'absence«de poids et de densité», n'a jamais eu et n'aura jamais la moindre opinion.«ÁHola!était et reste une revue tellement aseptisée,poursuit Jaime Peñafiel,que dans les reportages ou les interviews faits à Monaco ou en Iran, avec Grace ou Farah, il ne s'agissait surtout pas de mentionner que le premier était un Etat casino et le second l'Etat le plus répressif de la planète.ÁHola!ne montre que la lumière et jamais les ombres.»

Une dizaine de salariés

Le moindre potin, la moindre photo ne sauraient être déplacés. Grâce à sa puissance de négociation financière,ÁHola!va même jusqu'à acheter des photos supposées scandaleuses pour les retirer de la circulation, éviter qu'elles ne soient publiées dans une presse moins soucieuse des convenances. Ainsi fut fait - pour, dit-on, 8millions de francs - avec les négatifs de Lady Di, surprise un jour topless sur l'une des plages de la Costa del Sol. Ce qui permet, par ricochet, de ménager les relations avec l'un des principaux fonds de commerce de la revue. Plus sujette à potins que son homologue espagnole, la famille royale anglaise n'est pas étrangère au succès de l'édition anglaise de la revue,Hello!, lancée en 1988. Dix ans plus tard, l'exportation de la formule se poursuit donc avec leOh là!français, traduction plus qu'approximative de l'original. Il est vrai que les responsables penchaient plutôt pourAllo!, titre finalement revenu au groupe Prisma, après décision des tribunaux. EntreAllo!etOh là!la guerre semble déclarée. Mais il n'y a rien de commun entre le groupe tentaculaire d'Axel Ganz etÁHola!. Malgré les chiffres, la revue espagnole reste une simple affaire familiale.ÁHola!emploie... une dizaine de personnes, sous la tutelle paternaliste de l'épouse octogénaire du fondateur et de son fils, l'actuel directeur, Eduardo Sánchez Junco, cinquante-cinq ans. La quasi-totalité du matériel publié est acheté à des agences de presse, souvent spécialisées dans la «presse du coeur». Mais ce sera toujours le directeur et sa mère qui, chaque semaine, jusqu'à la dernière minute du bouclage, dessineront les maquettes du journal, choisiront les photos ou encore rédigeront les titres. Ces magnats de la presse d'un genre spécial ne délèguent pas. Ces multimillionnaires restent penchés sur leur tâche hebdomadaire jusqu'à des heures avancées de la nuit.«Ce n'est pas un hasard si les éditions anglaise et française sont imprimées à Madrid,note encore Jaime Peñafiel.L'obsession de la famille est de contrôler, contrôler et contrôler. Il n'y aura jamais de franchises, d'entreprises mixtes, d'entrée de nouveaux actionnaires...»Là encore, le temps s'est arrêté dans les années 40. À force, semaine après semaine, depuis cinquante ans, de remettre son travail sur le métier, la famille deÁHola!ne sait plus faire qu'une chose, parfaite dans son genre:ÁHola!. C'est pour cela queHello!etOh là!ne sont que des clones parfaits de la revue espagnole. Seuls changent quelques reportages pour s'adapter aux goûts des publics locaux. Certaines stars, aristocrates, ou vedettes d'un jour ne sont-elles pas les mêmes? Cela importe peu: c'est l'insignifiance de l'écume de la vie qui compte.

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