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TÉLÉVISION

Une journée à France Télévision

18/12/1998

Entre le déménagement de France Télévision à son nouveau siège du XVearrondissement, l'échéance le 5juin prochain du mandat du président Xavier Gouyou-Beauchamps et le projet de loi sur l'audiovisuel suspendu, comment va la vie dans le service public? Le groupe nous a ouvert ses portes le jeudi 3décembre pour 24heures de reportage.

7 h20. Dans le hall de France Télévision, les premières hôtesses arrivent. Elles resteront emmitouflées dans leur blouson toute la journée. L'entrée du bâtiment est un passage public, qui relie le boulevard extérieur Valin à la rue Delbarre, où se construit l'hôpital Georges Pompidou. Il y fait un froid de canard. Le personnel des deux chaînes, réunies pour la première fois dans un même lieu fonctionnel, a du mal à se faire à ce bâtiment de 100000m2, tout en verre, et à son environnement de zone industrielle, sans restaurant ni bistrot. 8h35. Xavier Gouyou-Beauchamps se dirige vers l'ascenseur réservé à la présidence et grimpe au huitième étage. Sa journée commence par un comité d'entreprise extraordinaire. En effet, la situation économique de France2 inquiète les élus du personnel qui ont listé les points noirs:«Échec de la grille de rentrée, affaiblissement de l'identité de la chaîne, déficit budgétaire de 165MF, désaffection des annonceurs anticipant la réduction de la publicité prévue par la loi.»Ils ont déclenché une procédure d'alerte et rédigé une résolution salée dans laquelle ils reprochent au président son silence.«Pour l'instant, la préoccupation semble être de faire le moins de vagues possible et de bien se positionner pour le futur mandat», peut-on y lire. La formule a fait mouche... La réunion va durer quatre heures. 9h37. Dans les étages. Une stagiaire de France2 cherche son chemin. Elle a beau avoir à la main le plan du bâtiment, rien à faire, elle ne se retrouve pas dans ce dédale. Pourtant, pour faciliter le repérage, les couloirs portent le nom des rues à l'extérieur. Et les chaînes ont chacune un code de couleur. France2, en rouge, s'est installée du côté du boulevard Valin, et France3, en bleu, le long de la rue Delbarre. Le siège de France Télévision ressemble à un paquebot. Il a été baptisé «Le Titanic» par les salariés, depuis que court la rumeur selon laquelle, à cause de l'humidité des bords de Seine, il s'enfonce d'un centimètre par mois.«Mais ici, il n'y a pas un seul canot de sauvetage», ironise l'un des 2500locataires. 9h40. Salle de réunion à France3. Jean-Marie Dupont, directeur de la communication, planche avec ses équipes sur le prochain magazine des programmes envoyé à la presse TV. Il y a un hic pour le prime time du 24décembre, car France3 a prévuAstérix et les Indienset M6Astérix et Cléopâtre.«Quelqu'un va devoir céder», lance, amusé, Philippe Herpin, chef du service de presse, alors qu'arrive Jean Réveillon, directeur général chargé de l'antenne, venu dynamiser les troupes.«Vous m'entendrez souvent dire que je suis fier de cette chaîne. Il faut vous approprier ce terme, lance-t-il aux attachés de presse.Ne soyez pas modestes, n'hésitez pas à mettre en avant nos succès d'audience.»À la même heure, Christine Lentz, directrice des magazines et des documentaires de France2, est en debriefing avec Hervé Chabalier, le producteur dePlace de la Républiquequi ne dépasse pas les 10% de parts de marché (PDM).«Nous n'avons pas parlé de l'audience, qui n'est pas prioritaire pour ce genre d'émission citoyenne, mais du fond. J'attends des reportages plus anglés et une réalisation plus rythmée.»Transfuge de M6, Christine Lentz croule sous les projets.«Je ne pense pas à l'échéance du mandat du président, sinon je passerais mon temps à reculer. Quant on occupe ce genre de poste, il faut intégrer la précarité. On sait qu'on peut être viré.»10h40. Une mouche vole dans la salle de rédaction. Derrière les vitres, les téléphones s'agitent, les journalistes sont courbés sur leur ordinateur, les secrétaires s'activent. L'immeuble est studieux. Après le psy- chodrame causé par le départ violent d'Albert du Roy en mai et l'éviction brutale de Jean-Pierre Cottet en juillet, c'est l'accalmie. 11h35. Sophie Davant sort du studio où elle présentait en directTout un programmeet fonce dans son bureau. Un coup de fil à Patrick Chêne, patron des sports de France Télévision pour régler son départ à Angers cet après-midi avec Michel Boujenah. Demain commence le Téléthon, qu'ils animeront pendant trente heures. 11h40. Patrick de Carolis raccompagne Alain de Sédouy venu lui proposer un sujet pourHors série, sa case documentaire de prime time.«Commander des programmes pour une diffusion en 2000 avec un budget qui n'est pas pluriannuel, c'est toute la difficulté de l'exercice», commente le patron des documentaires et des magazines de la Trois, qui a plusieurs dossiers sur le feu, comme le devenir deLa Marche du siècleou l'installation de ses docu-soaps. La première diffusion de ces derniers est encourageante.«La moyenne, autour de 10,5%, est un peu inférieure à la case, mais le public n'a pas fui et nous sommes en train d'inventer une nouvelle écriture.»Midi passé. Ève Demumieux, directrice adjointe de la communication de France2, lâche son téléphone et s'extrait de son bureau submergé de dossiers, pour battre le rappel de la réunion hebdomadaire. Aujourd'hui, Sophie Benoît, responsable des études, décortique les audiences. Constat: en un an, la chaîne, avec 22,5% de parts de marché, a perdu plus d'un point. Et depuis septembre, la moyenne tourne autour de 21,3%. TF1 est à 36% et M6 à 12,8%.«C'est faible, mais nous conservons un bon fond de grille», souligne la spécialiste des graphiques. Les matinées restent fortes, comme les soirées spéciales de prime time de Jean-Luc Delarue et Mireille Dumas. L'access se redresse avecFriends(mais la série s'arrête en janvier) etCap des pins, remonté à 17h25, affiche 20% de parts de marché. Le prime time reste un souci. Le filmUn air de famillede Klapisch, pourtant inédit, n'a pas atteint les 20% de PDM. Le premier épisode deLa Poursuite du vent, avec Bernard Giraudeau, est plus prometteur avec 25,3%. Mais catastrophe! Lundi 7décembre, le comédien fera à la fois l'affiche du deuxième épisode de la série de France2 et du filmRidiculesur France3. Le résultat est parlant: 16,9% pour le premier, 18,8% pour le second. Vive les couacs de l'harmonisation! 12h20. Le journal de Catherine Matausch sur France3 va commencer. À l'information, une secrétaire regardeMa sorcière bien aiméesur M6! La réunion de prévision de l'information, conduite par son patron Patrick Visonneaux, a commencé. L'ambiance est sérieuse et détendue. Et avec les collègues de France2, ça se passe comment? Réponse de l'intéressé:«Le rapprochement a beaucoup oeuvré pour resserrer les liens de l'encadrement. Mais pour les équipes, il se vit de manière paradoxale. Les disparités salariales entre France2 et France3 sont ressenties de manière beaucoup plus aiguë sous le même toit.»12h50. Sortie du comité d'entreprise. La procédure d'alerte est maintenue et la décision finale sera prise le 21décembre, jour de la conférence de presse de rentrée de Patrice Duhamel. Au-delà des intérêts partisans de chaque syndicat en campagne pour les élections de janvier, il semble que le personnel, fatigué des crises et des alternances répétitives, attende un peu de stabilité dans le management. Commentaires de Michèle Pappalardo, directrice générale:«Normal que les gens n'aient pas un moral d'enfer dans un environnement instable. D'abord, il y a eu le déménagement, toujours stressant, et la mutation technologique qui a perturbé le fonctionnement de la maison. Ensuite, le projet de loi et ses conséquences sur le financement n'ont pas eu pour effet de rassurer. Mais l'horizon se dégage...»13heures. Le président est en retard. Il court prendre son avion pour Genève où l'attend la réunion de l'Union européenne de radiodiffusion (UER). Sous le bras, des dossiers comme celui du Plan stratégique de l'entreprise, retardé par la question de financement que pose la loi.«Le développement passe par une adaptation de l'offre de France Télévision aux nouvelles réalités technologiques», défend le président, qui a appelé à ses côtés Gérard Eymery, ex-Pdg de France Télécom Multimédia.«Je travaille comme si j'avais l'éternité pour moi. Je fais mon boulot parce que j'ai un boulot à faire.»À suivre... 14h30. Cantine. Dans un silence inattendu - l'isolation acoustique est remarquable -, le chef Roger Pierre passe ses commandes pour le lendemain: 125kg de pommes de terre, 80kg de poireaux et de carottes pour le pot-au-feu, 50kg de rôti de porc, 80canards, 150entrecôtes... Il sert 1700couverts le midi, 200 le soir et propose des menus maison pour tous les goûts. Y a-t-il une différence entre le salarié France2 et celui de France3?«Oui,sourit le chef.Le premier, plus gourmet, choisit une spécialité et en dessert une île flottante. L'autre, plus rustique, préfère trois tranches de viande avec de la purée qui déborde et une compote de pomme.»15h30. Claude Sérillon traverse la passerelle qui le mène de son bureau à la conférence de rédaction. L'ambiance y est calme, à l'image du journaliste et du nouveau directeur de l'information, Pierre-Henri Arnstam.«J'ai imposé des règles à mon arrivée et je les applique,résume le patron.Pas de règlements de compte, un peu de sérénité et de respect. Et puis je ne laisse pas les conflits s'enliser.» «La rédaction a été reprise en main de sorte que les fortes personnalités ne soient plus représentées», décrypte un journaliste.«Les gens bossent,observe un autre,car ils savent enfin quelle ligne éditoriale suivre.»C'est le retour d'une hiérarchie de l'info qui privilégie les sujets sociaux, les reportages à l'étranger et le culturel. 16heures. L'équipe de l'émission jeunesseRince ta baignoires'offre un café au distributeur. Pas prévus dans le déménagement, ils sont quatorze dans un bureau conçu pour sept.«Mais on s'amuse, pour les fêtes on prépare un sujet sur les dessous de la mère Noël,confie Nicolas Winckler.Rien à voir avec la rédaction d'où je viens, où c'était "Snipper's Avenue" tous les matins.»16h20. Septième étage, la régie de France Télévision. Le patron, Philippe Santini, fait des envieux dans ce décor de bois, spacieux et élégant avec vue imprenable sur... TF1, de l'autre côté du périphérique. Depuis l'annonce du report du projet de loi, son téléphone n'arrête pas de sonner. Ses commentaires restent nuancés, même s'il avoue un certain soulagement. 16h26. Au service des téléspectateurs de France3, les coups de fil se multiplient. Les gens veulent savoir pourquoi ce soir,Entretien avec un vampirea été déprogrammé et remplacé parFatalede Louis Malle. Et puis, il y a cette dame qui insiste pour acheter la nappe vue dans un film, car elle est du même motif que son canapé! 17h10. Un petit bureau. Philippe Lefait, ex-chef du service Vie contemporaine à la rédaction, fait le point des invités duCercle(ex-de minuit)qu'il anime désormais. Celui du 16décembre est consacré à la chanson française. Un souci: Bernard Pivot a un sujet équivalent pour sonBouillon de culturedu 11. 17h30. Patrice Duhamel, directeur général chargé de l'antenne, et Yves Bigot sortent de réunion.«Stabiliser les soirées du samedi reste le gros chantier», confie le directeur des variétés de France2, encore sous le choc du 14novembre. Ce soir-là,Y a quoi à la télé?, produite par Nagui, a fait 13,5% de PDM... Patrice Duhamel réintègre son bureau, avec Patricia Boutinard Rouelle, directrice des programmes, et Éric Stemmelen, directeur de la programmation. Il leur reste un peu plus de quinze jours pour boucler la grille de janvier et le nouvel habillage. Mots d'ordre: créativité, qualité, proximité, gaieté... identité! La liste des changements et des chantiers est impressionnante.«La chaîne joue son avenir et celle de la direction», commente un cadre. 18h30. Au détour d'un ascenseur, Jean-Pierre Cottet. L'ancien directeur de l'antenne de France2 sort d'une réunion de travail avec Gérard Eymery. Tous deux sont chargés par le ministère d'une mission sur le numérique hertzien. 19h30. Élise Lucet est à l'antenne sur la Trois. Un son de saxophone monte de la salle de projection. Manu Di Bango joue pour les invités de la 2000e du jeuPyramide. Du beau linge au cocktail: Jack Lang, André Santini, Marthe Mercadier, Philippe Gildas, le producteur du jeu, etc. La fête se poursuivra jusqu'à 23heures. 19h40. Au PCAT (point central actualités), l'ambiance est fébrile. Au montage et au mixage, après dix jours de grève, le travail a repris. France2 est passée au tout numérique avec un serveur déficient, ce qui a détérioré les conditions de travail. 19h58.«L'antenne dans deux minutes.»Claude Sérillon s'éclaircit la voix. En régie, sous la houlette du rédacteur en chef Pascal Guimier, on est parti pour quarante minutes de totale concentration. 20h43. Hors antenne: Claude Sérillon soumet des recettes de cuisine pour Noël à sa maquilleuse. Après avoir hésité à revenir, il avoue maintenant une certaine fierté à faire ce journal.«Nous sommes là pour installer l'information et redonner au JT une identité basée sur la rigueur hiérarchique et pas sur le marketing.»20h50. Conférence critique expédiée. 21h30. Claude Sérillon a fini sa journée. Il interpelle Pierre Henri Anrstam:«Dis, samedi, pour le Téléthon, il faut être en smoking? »

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