

26/02/1999 - Coincé entre l'enfant et l'adulte, l'adolescent a longtemps découragé les annonceurs. Pourtant, il ne demande qu'à être une cible dans une société de consommation dont il a assimilé toutes les ficelles.
La marque pour passeport social
En revanche, à partir de 15ans, ils ont souvent une autre attitude.«Ils veulent surtout écouter une musique différente de celle que les parents écoutent ou ont écouté,annonce Pascal Nègre.C'est l'âge aussi où les paroles prennent leur importance».Le langage est un autre moyen d'expression de cet esprit de rébellion qui anime les ados. Les mots permettent la reconnaissance du groupe tout en excluant, volontairement, les adultes. C'est aussi à cet âge que la référence vestimentaire apparaît comme primordiale pour exprimer codes musicaux et comportementaux. C'est le phénomène de la marque.«Elle est leur premier passeport social,observe Pascale Weill, directrice associée de Publicis Consultants.La marque est une carte de visite.»Nike, Adidas et Reebok, les leaders mondiaux du sport, l'ont compris. D'autres se sont refait une jeunesse. Longtemps réservés aux navigateurs, les parkas norvégiens Helly Hansen ont été propulsés dans la rue grâce à un groupe de rap américain qui en était équipé dans un de leurs clips. La technologie est un autre point de concordance. Les 12-18ans s'approprient Internet, un média qui s'adapte à leur besoin de rapidité de consommation.«Les jeunes ont une excellente faculté d'adaptation pour les nouvelles technologies,constate Alain Lediberder, directeur des nouveaux médias chez Canal+.Ils y viennent de manière naturelle.»Nés une télécommande dans la main, les ados jonglent avec le virtuel, entre consoles de jeux et informatique.«Nous n'avons pas observé de déplacement de consommation entre l'écoute TV et ces nouveaux écrans, analyse Dominique Pasquier, sociologue au CNRS.Cette consommation est souvent prise au détriment de la lecture de livres.»Entre numérique et digital, les jeunes maîtrisent des techniques modernes sans effort. C'est aussi le cas pour les modes de communication.«En 2005, on peut penser que 60 à 70% des 15-18ans auront leur téléphone portable, prévoit Jean-Michel Stassart, directeur des marques chez Bouygues Telecom.Aujourd'hui, les deux tiers en veulent, mais jugent l'objet encore un peu cher et finalement peu utile.»Pour ne pas se voir rejeter, les médias doivent suivre le mouvement et prendre garde de ne pas tomber dans l'artificiel.«On leur parle adulte, explique Béatrice Toulon, rédactrice en chef dePhosphore, le journal généraliste des jeunes.Il faut être respectueux, mais nous avons banni le paternalisme et le jeunisme.»À NRJ, le ton est différent. Mais là encore, pas de donneurs de leçons même si le tutoiement et la connivence sont de rigueur.«Nous racontons l'info, assure Éric Angioletti, directeur de l'information du groupe NRJ.La forme doit être attrayante et séductrice, c'est pour cela que nous utilisons souvent des accroches avec de l'humour.»Gare surtout au faux jeune. Un style immédiatement rejeté.«Plusieurs expressions ont été dénaturées, poursuit Difool, directeur d'antenne de Skyrock.J'ai par exemple demandé de stopper à l'antenne les "C'est de la balle" et autres "Z'y va".»Le problème est identique pour les publicitaires. La prise en compte de cette cible est récente et ardue. Les adolescents ne sont pas dupes des discours des annonceurs.«Il ne faut pas les endormir, avertit Lionel Steeve, président de ID 15-24, une agence conseil spécialisée dans les jeunes.Ils connaissent les codes publicitaires.»Pour Pascale Weill, les agences de publicité doivent suivre quelques règles si elles veulent être crédibles auprès des adolescents:«Nous savons que tu veux nous vendre ton produit, alors, sois imaginatif et qualitatif afin de capter notre attention mais surtout, ne cherche pas à nous mimer.»Les adolescents ne se considèrent pas comme des parts de marché mais comme des êtres humains.