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Une BBC de moins en moins publique

02/04/1999

Pour rester compétitive, la vénérable institution doit trouver de nouvelles recettes. Au risque de faire des accrocs à ses missions de service public.

Etre ou ne pas être (publique), là est la question: la BBC vit actuellement un drame shakespearien. La vénérable institution britannique, affectueusement surnommée «Auntie» («Tata») par les sujets de Sa Majesté, fait face à une sérieuse crise identitaire. Créée en 1922, la British Broadcasting Corporation a pour vocation«d'éduquer, de distraire et d'informer». Entièrement financée par une redevance qui avoisine les 950francs pour tout propriétaire d'une télévision en couleur, cet empire de l'audiovisuel public regroupe deux chaînes de télévision nationales (BBC1 et BBC2), deux chaînes numériques gratuites (BBC Choice et BBC Learning), une chaîne d'informations en continu (BBC24), cinq stations de radio nationales (Radio1, 2, 3, 4, 5) et quarante stations locales. Ses détracteurs la jugent ringarde. Rupert Murdoch, le patron de News Corporation, a déclaré il y a quelques mois à peine qu'elle n'était rien d'autre qu'une«institution dépassée». La réalité est tout autre. La BBC a compris depuis longtemps que son salut dépendait de sa capacité à se moderniser. Le directeur général du groupe, sir John Birt, qui achève en mars 2000 un règne sans partage de sept ans, restera dans tous les esprits comme son grand réformateur. Pendant son septennat, les effectifs seront passés de 30000 à 22000employés. Cette politique salariale a laissé des traces dans les salles de rédaction. Dans un sondage effectué fin 1996, 97% des personnes interrogées se déclaraient mécontentes des méthodes de management de leur directeur général et 92% jugeaient que cette politique allait conduire à l'implosion du groupe. Ces coupes claires dans les effectifs ont été contrebalancées par des investissements massifs dans le développement de nouvelles technologies. Le groupe public a ainsi englouti environ 1milliard de livres (9,5milliards de francs) dans la télévision numérique. Une enveloppe énorme au vu du budget total de la BBC qui approche les 2,1milliards de livres (20milliards de francs). Pour financer ces dépenses gigantesques, l'institution publique a déjà bénéficié l'an dernier d'une augmentation de 6livres de la redevance, soit une hausse de 3% au-dessus de l'inflation. Sa volonté de faire passer cet impôt à 110livres d'ici à 2002 risque toutefois de se heurter à la résistance de nombreux députés de la Chambre des communes qui commencent à trouver l'addition un peu salée.

Nécessité d'évolution

La BBC n'a pourtant pas le choix. Pour lutter efficacement contre la multiplication des bouquets de chaînes câblées ou par satellite et s'adapter au développement des nouvelles technologies, elle se doit d'évoluer. Développement de nouvelles chaînes, création d'un site de bonne qualité sur le Net, mise en place de nouvelles émissions,«la BBC a lancé, en l'espace d'un an, davantage de nouveaux programmes et de services qu'au cours de ses soixante-quinze années d'existence», expliquait en juillet dernier sir John Birt. Il était temps. La bataille de l'Audimat commence en effet à faire rage de l'autre côté du Channel. L'an dernier, BBC1 a ainsi vu, pour la première fois de son histoire, son taux d'audience moyen passer sous la barre des 30%. L'ambitieuse politique lancée par sir John Birt se heurte toutefois à un problème de taille: son financement. Consciente des limites du système de la redevance télé, la BBC cherche depuis quelques années à trouver de nouvelles sources de revenus. Mais c'est là que le bât déontologique commence à blesser. Pour l'instant, le groupe public fait comme si de rien n'était et multiplie ses activités commerciales. Ventes d'émissions à l'étranger (comme lesTeletubbieset les documentaires animaliers et historiques), distribution de produits dérivés (vidéos, magazines, jouets), lancement de chaînes internationales comme BBC World et BBC Prime sur lesquelles la diffusion de publicité est permise... La liste est impressionnante. En 1997, la filiale du groupe spécialisée dans l'édition et la distribution de programmes, BBC Worldwide, a ainsi dégagé un cash-flow de 75millions de livres pour un chiffre d'affaires de 409millions de livres. Plus récemment encore, le groupe a signé des alliances commerciales avec de grands groupes étrangers dont Flextech, Foxtel, ICL et Discovery Communications. Au fil des années, la BBC s'est transformée en société «comme les autres». Nombreuses sont les critiques qui accusent aujourd'hui la vénérable institution d'être plus intéressée par son bas de bilan que par la qualité de ses émissions. Les barons de la BBC rejettent d'un revers de la main ces accusations. Pour combien de temps encore?

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