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ENTRETIEN ÉRIC HOESLI

Je suis devenu plus critique

07/05/1999

Issu du rapprochement du Journal de Genève et du Nouveau Quotidien, Le Temps vient de fêter son premier anniversaire. Éric Hoesli, rédacteur en chef, commente cette «année de tous les dangers».

Comment deux rédactions de culture si différente ont-elles réussi à travailler ensemble? Éric Hoesli. Le problème de la cohabitation entre ces deux rédactions s'est essentiellement posé dans les six premiers mois de fonctionnement. Non seulement les journalistes provenaient de deux journaux concurrents, mais l'ancrage géographique duJournal de Genève,à Genève, et duNouveau Quotidien,à Lausanne, a également exacerbé les tensions. J'étais conscient que ces frictions ne se résorberaient pas avec le démarrage duTemps.Mais je pensais qu'il nous faudrait attendre au moins dix-huit mois avant d'avoir un journal mûr. L'expérience m'a heureusement donné tort. Au bout d'un an, plus aucun journaliste ne se positionne en fonction de son ancienne appartenance. On ne peut encore parler d'une culture duTemps,mais elle émerge. Quels sont les facteurs qui ont accéléré cette cohésion? E.H. Principalement l'arrivée de nouveaux journalistes (20%). Le reste de la rédaction se répartit entre 40% d'anciens duJournal de Genèveet 40% duNouveau Quotidien.Par ailleurs, le retour de rédacteurs qui avaient démissionné peu après la création duTempsprouve que le traumatisme est en passe de se résorber. Le profil des lecteurs de ces deux quotidiens était-il très différent? E.H. La différence n'était pas aussi importante que tout le monde le pensait. Que ce soit en termes de classe d'âge, de sexe, de pouvoir d'achat, ces deux titres étaient plus proches entre eux que du reste de la concurrence. La différence la plus patente avait trait à l'emplacement géographique. Dès l'annonce de la création duTemps,nous avons réalisé un sondage qui nous a appris - et ce fût une grande surprise pour moi - que ces deux lectorats allaient se comporter de la même façon. Le renouvellement des abonnements a corroboré ces résultats: les deux portefeuilles ont été reconduits à 75%. On retrouve cette similitude de comportements pour la vente au numéro ou les abonnements à l'essai. Quelle a été l'alchimie rédactionnelle nécessaire pour séduire ces deux lectorats? E.H. Notre ambition a été de créer un titre différent et non le résumé des deux précédents.Le Tempsest né avec une identité bien définie. Les fondements du titre reposent sur la crédibilité et la fiabilité de l'information. C'est la seule ligne que la presse écrite peut avoir si elle tient à résister aux médias électroniques. Comment Le Temps a-t-il été reçu à Genève et Lausanne? E.H. Le lectorat est resté très marqué par sa base de départ. Je m'explique. Les lecteurs genevois sont surreprésentés, car, dans ce canton, le taux de double lecture(Journal de GenèveetNouveau Quotidien)était le plus fort de Suisse romande. Raison pour laquelle 35% de notre lectorat est genevois et 27% vaudois. En ce qui concerne le volume publicitaire, la règle du 1+1 a-t-elle prévalu? E.H. Oui. Les annonceurs ont joué le jeu. Le volume publicitaire en 1998 (33millions de francs suisses nets) a été supérieur à celui qui était prévu. Contrairement à ce que d'aucuns ont laissé entendre, la publicité financière duJournal de Genèves'est bien reportée surLe Temps.En 1999, nous devrons prouver que ces bons résultats n'étaient pas uniquement dus à la période de lancement. Quels sont vos projets de développement pour 1999? E.H. Nous planchons sur un supplément hebdomadaire économique. L'idée n'est pas de refaire ce qu'il y a déjà dans les pages «économie» du journal, mais de proposer une autre lecture. Une approche plus grand public, plus proche de l'économie de consommation (comment placer son argent?). Pour le moment, nous sommes dans la phase de faisabilité afin d'évaluer les forces rédactionnelles et les perspectives publicitaires. Si ce projet voit le jour, ce ne sera pas avant l'automne prochain. Autre chantier: notre site Web. «Bricolé» à l'interne par des journalistes passionnés, il a rencontré un succès inespéré. Dès le mois de mai, un webmaster va revoir son contenu. Vous qui avez été au coeur de la tourmente cette dernière année, qu'avez-vous tiré de cette expérience? E.H. Je suis devenu plus critique à propos du métier de journaliste. J'ai été très déçu de découvrir les déficits de certains. Déficits en intelligence, en compétence et en modestie. D'où l'importance pour un quotidien d'atteindre une masse critique suffisante lui permettant de former des journalistes. Mais j'ai également été touché par la fidélité de personnes qui ont cru en ce projet alors que ce dernier était attaqué de toutes parts.

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