Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

La presse masculine vue par... une psychanalyste

17/09/1999

Martine Teillac est psychanalyste, psychothérapeute, sexothérapeuthe et relaxologue. Dans le cadre de sa profession, elle lit la presse avec attention. Histoire de devancer les tendances et de les décrypter. Nous lui avons fait parcourir la nouvelle presse masculine, qu'elle connaissait déjà fort bien. Morceaux choisis.

Ces derniers dix-huit mois, la presse française a vu fleurir en son sein une famille nouvelle: les masculins généralistes. Premier à ouvrir le feu,M Magazine, lancé par le groupe suisse Edipresse, est apparu en mars 1998. En avril 1999, c'était au tour du groupe américain Rodale de décliner en France sonMen's Health. Et, en juin dernier, Emap sortait son premier numéro deFHM. La liste ne devrait pas s'arrêter là, puisqu'un quatrième titre, nomméKromozom, doit faire son apparition en kiosques le 4 octobre prochain. Vraie tendance de société ou fausse bonne idée? Réponse et analyse de Martine Teillac.

1. Une tendance de fond de la société

«Depuis mai 1968, on arrive à l'idée que les hommes et les femmes sont égaux. Mais, aujourd'hui, il n'y a même plus de différence des sexes. Ce qui faisait la spécificité masculine s'est dilué dans le désir, peut-être inconscient, de vouloir reprendre des valeurs qui appartiennent aux femmes. Et c'est ce que je retrouve dans cette presse. A savoir des préoccupations qui relèvent de la polarité féminine de l'être humain. Il y a une perte du père et une perte de repères, comme dirait Lacan. Voilà certainement pourquoi le contenu de ces journaux fait état de plusieurs difficultés dans l'ordre de la relation à la femme. Problématiques que les pères de ces lecteurs ne se posaient absolument pas. Cette nouvelle génération d'hommes existe bien. C'est une presse cocooning, qui rassure et donne des informations qui n'en sont pas, dans le but de sécuriser.»

2. Ceux qui font ces magazines

«Ils font certainement partie de cette génération de jeunes qui n'ont pas eu d'identification possible au père. Il leur reste une identification à l'idéal du moi de la mère, c'est-à-dire à l'image de la mère. Ils sont restés, et cela se voit très bien dans la construction et le choix des articles, à un stade anal. L'image de l'homme qui se dégage à travers cette presse nouvelle n'a rien à voir avec celle dePlayboyouLui, avec cette symbolique autour de l'homme sûr, pour parler comme Freud, de "la puissance de son phallus». Il ne l'est plus. Qu'il s'agisse deFHMou deM Magazine, ces titres signalent la difficulté du jeune homme à devenir complètement adulte et responsable. Mais il a gagné un sens du ludique, de l'humour, un sens créatif, des choses que l'homme de la génération deLuiouPlayboyn'avait pas. Des qualités qui sont plus sur le versant de la polarité féminine. »

3. La cible

«Ce sont surtout les adolescents qui vont acheter ce type de presse,FHMen particulier. D'abord parce que ce n'est pas une revue hard. Non seulement ils vont oser l'acheter, mais ils n'auront aucune honte à la laisser traîner. D'autre part, l'homme de trente ans a réglé ce style de problème, tout au moins je l'espère pour lui. Cette presse va probablement descendre vers les couches d'âge qui sont encore dans une période d'apprentissage, notamment de la sexualité. Et puis, les photos de très jolies filles ne sont pas du tout choquantes et laissent part à la rêverie et au fantasme, tout à fait nécessaires aux ados. Quant aux hommes qui ont conscience de cette difficulté à assumer le rôle masculin, ils vont essayer de trouver ailleurs les réponses à leurs questions. Ils liront peut-être tout de mêmeFHM, mais en sachant qu'ils n'y trouveront pas ces réponses. »

4. Le ton

«Tous les trois sont très drôles, bien légers mais joliment tournés, jamais agressifs et jamais vulgaires, contrairement àMax.»

5. Le diagnostic

«FHMest un journal assez zapping et bien fait. Les journalistes s'expriment dans l'air du temps. Ils sont très "tendance", et les femmes sourient souvent. SeulLe journal du pire (le cahier central) est trop décalé par rapport au reste. Mais c'est le titre qui a le plus de chances de réussir.M Magazine, moins. Son positionnement n'est pas très clair. Il est un peu "excluant", mais peut être lu par une forte proportion d'homosexuels.Men's Healthserait plus le reflet de l'hédonisme, donc de l'égoïsme, qui caractérisent notre société. Nous ne sommes pas loin d'unSanté Magazinemasculin. Il comporte aussi quelque chose de plus franc, peut-être de plus mature, avec beaucoup d'humour mais sans illusion. Sans doute est-il un peu plus ciblé dans la tranche d'âge au-dessus de 30 ans, ceux dont la masculinité est plus assumée et le regard plus lucide. Plus généralement, ces deux derniers magazines s'adressent aux hommes qui sont dans le registre du narcissisme. Ces journaux mettent en avant des préoccupations du paraître et de la santé. Il faut éviter à tout prix de prendre de l'âge et d'être malade. Dans ce cas, on a quelques chances d'être heureux, ce qui est une vision réductrice de la vie humaine. Mais je pense la même chose de la presse féminine.»

Envoyer par mail un article

La presse masculine vue par... une psychanalyste

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.