
19/03/2009 - Deux ans après une première étude sur le sujet, le Club des annonceurs, en collaboration avec Limelight Consulting et Stratégies, a de nouveau demandé aux publicitaires d'évaluer les annonceurs.
En deux ans, rien n'a changé ! «Plus précisément, les choses ont bougé, mais tout le monde se cherche encore», résume Anne-Marie Gaultier-Dreyfus, présidente du Club des annonceurs (et directrice marketing des Galeries Lafayette). C'est le principal enseignement de la seconde édition de l'étude «Le Monde à l'envers».
Réalisée par Limelight Consulting pour le Club des annonceurs, en partenariat avec Stratégies, cette enquête originale, dont la première édition remonte à 2007 (lire Stratégies n°1448), s'emploie à faire juger les annonceurs par les agences, définition des attentes et évaluations à l'appui. Une inversion des rôles qui suscite manifestement l'intérêt de ces dernières. «Nous avons reçu 455 réponses représentant 209 agences et 43% des répondants sont des dirigeants», souligne Nathalie Regnault, directrice associée de Limelight Consulting.
Cette année, comme en 2007, quelques malentendus subsistent. Ainsi, quand on demande aux agences ce qu'elles attendent avant tout de la part de leurs clients, arrivent en tête une juste rémunération (76%), des briefs de qualité (76%), la confiance accordée à l'agence (75%) et la présence des décisionnaires aux réunions stratégiques (67%).
Or, au regard du baromètre Limelight 2008, les annonceurs, eux, ont pour principales attentes la compréhension de leur stratégie, d'abord, la capacité à être flexible et réactif mais aussi rigoureux et disponible, ensuite, et être créatif, enfin…
De même, côté évaluation, les plus fortes insatisfactions ne sont pas les mêmes selon que l'on est agence ou annonceur. Hormis le rapport qualité-prix, dont la performance est pointée de part et d'autre (les agences, notamment, estiment que seuls 32% des annonceurs offrent une rémunération cohérente avec la prestation), chacun a ses préoccupations.
Les agences sont particulièrement frustrées par la médiocre qualité des briefs et la faible prise de risques des annonceurs. Selon elles, seuls 16% des clients présentent des briefs de qualité (76% d'attente). Sur l'item «prise de risque», jugé très important par 46% des agences, seuls 7% des annonceurs seraient à leurs yeux performants.
Autres attentes déçues: la capacité d'écoute et de remise en cause, celle à juger la création de façon objective, l'efficacité des process de validation et de décision et la rémunération du travail additionnel ou fait dans l'urgence. Enfin, parmi les thèmes suscitant une forte attente de la part des agences, seule la qualité de la relation client-agence (66% d'attente) obtient une très bonne évaluation (70%).
Consensus autour de la stratégie des moyens
Si l'on se place du point du vue des annonceurs, les sujets qui fâchent ne sont pas les mêmes. Pour eux, l'endroit où le bât blesse se situe plutôt autour des questions de rigueur et de mesure des résultats. Un constat qui explique sans doute l'effervescence du marché, ces derniers temps, sur la question de l'évaluation des campagnes avec le lancement d'offres et d'outils divers, notamment pour les opérations hors-médias.
Clairement, agences et annonceurs ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde. Or, ce décalage, et c'est plus inquiétant, s'observe aussi sur des sujets pourtant essentiels dans la relation qui unit ces deux partenaires, comme la définition qu'ils donnent des concepts centraux de «créativité« et de «conseil». Des thèmes qui n'avaient pas été abordés spécifiquement dans l'étude 2007.
Ainsi lorsque l'on demande aux agences ce qu'attendent les annonceurs quand ils parlent de «créativité», elles avancent avant tout l'idée d'«inventivité» (79%), ne parlant qu'ensuite de «stratégie des moyens», de «qualité de la création» et enfin de «stratégies». «Les agences sont en fait très en dessous de la réalité concernant le niveau d'attendu des annonceurs», constate Nathalie Regnault.
De fait, sur les quatre items précités, tous sont jugés prioritaires par les clients avec des scores souvent supérieurs à 90%, ne laissant aucune discussion possible quant à leur exigence.
Quant au type de conseil attendu par les annonceurs, agences et clients s'accordent sur un seul point. Quand ils parlent «conseil», tous deux entendent «conseil sur la mise en œuvre», autrement dit sur la stratégie des moyens. En revanche, les notions de conseil sur l'ensemble de la stratégie de communication et de conseil stratégique à long terme sont minorées par les agences, les annonceurs ayant une attente bien plus forte en la matière.
L'étude du Club des annonceurs, conduite par Limelight Consulting en partenariat avec Stratégies, a été réalisée en ligne auprès des agences de communication du 12 au 30 janvier 2009. Au total, 455 personnes représentant 209 agences ont répondu, soit 5% de plus que lors de la précédente étude en 2007 : 43% sont des dirigeants, 37% des commerciaux, 12% des créatifs et 8% des planneurs. Le profil des agences est équilibré : 33% généralistes/plurimétiers, 13% marketing services, 10% interactives, 9% publicité, 8% corporate, 8% événementiel, 7% médias/achat d'espace, 4% relations presse/publiques, 3% édition, 2% design et 3% autres. Taille de l'agence : 52% ont plus de 50 salariés et 48% moins de 50 salariés.
Quelle a été votre première réaction au vu des résultats de la deuxième édition de cette étude?
Anne-Marie Gaultier-Dreyfus. D'abord, il est réconfortant de constater que la confiance et la qualité de la relation sont bien là. Nous avons un bon socle. Mais sur les deux piliers du lien agence-annonceur (le conseil et la création), nous voyons bien que ces mots recouvrent aujourd'hui une réalité beaucoup plus large. C'est pourquoi nous avons intégré des questions sur ces thèmes dans l'édition 2009 de l'étude. Dans un monde de plus en plus complexe, nous sentions que le sens de ces termes allait évoluer et que nous devions nous accorder sur le sujet avec les agences.
En quoi la complexité du marché modifie ces notions de conseil et de créativité?
A.-M.G.-D. La mutation des comportements du consommateur, l'évolution des médias et le bouleversement apporté par Internet transforment en profondeur nos métiers. Nous devons plus que jamais faire attention à l'écosystème autour de nos marques. L'importance de la multiplication des points de contacts est désormais primordiale. Dans ce contexte, la difficulté pour l'annonceur est de maintenir la cohérence de la communication de sa marque, d'où son exigence renforcée en matière de créativité et de conseil. Il faut donc réinitialiser le cadre dans lequel nous travaillons avec nos agences.
Comment comptez-vous vous y prendre?
A.-M.G.-D. Nous devons renforcer le dialogue avec les agences. Nos deux métiers sont en train de muter. Aujourd'hui, nos préoccupations majeures sont le CRM [la gestion de la relation client] et Internet. Face à ces nouveaux défis, il y a un besoin urgent de clarifier l'organisation des annonceurs comme celle des agences. Pour notre part, nous sommes justement en train de recenser les différents modes d'organisation des annonceurs, une étude qui devrait être finalisée au second semestre. L'objectif est d'être plus efficace, mais aussi de faire baisser la frustration sur la qualité des briefs ou la rémunération. Il n'est pas dans notre intérêt de mettre sous pression les agences.
Il y a deux ans, le constat était à peu près le même. Pourtant, peu de choses ont changé…
A.-M.G.-D. Dans le contexte de crise actuel, nous sommes obligés de changer. Il y a une dizaine d'années, nous étions dans une logique de conquête. Aujourd'hui, la fidélisation prime. D'où, je le répète, l'intérêt que nous portons aux questions de CRM et d'Internet. Cette étude montre que nous devons bouger, à commencer dans la relation qui nous lie à nos agences. Et dans ce domaine, l'enquête montre combien la notion d'empathie est essentielle. Ce besoin d'une compréhension de notre marché par nos agences-conseils est un point auquel nous tenons tout particulièrement. Mais si cette empathie ne fonctionne pas aussi bien que nous le souhaiterions, c'est peut-être aussi de notre faute, car nous ne donnons pas toujours suffisamment d'informations à nos agences.
| Ce que les agences attendent des annonceurs et comment elles les évaluent | ||
| Question 1. Pour chacun des items ci-dessous, vous direz si, selon vous, pour une agence c'est une attente très, assez, peu ou pas importante vis-à-vis des annonceurs ? | ||
| Question 2. Selon vous, les annonceurs en général sont-ils très, assez, peu ou pas performants sur les items suivants... | ||
|
Ce que les agences attendent des annonceurs... |
... et comment elles les évaluent |
|
|
Attentes prioritaires |
% très important (rappel 2007) | % très et assez performants |
| Capacité à accepter une rémunération cohérente avec la prestation |
76% (74%) |
32% (35%) |
| Qualité des briefs |
76% (80%) |
16% (21%) |
| Niveau de confiance accordé à l'agence | 75% (79%) |
56% (63%) |
|
Attentes secondaires |
||
| Présence des décisionnaires annonceurs aux réunions stratégiques |
67% (72%) |
41% (44%) |
| Qualité de la relation client-agence |
66% (74%) |
70% (72%) |
| Capacité d'écoute, de remise en cause |
57% (52%) |
23% (27%) |
| Capacité à juger de la création de façon objective |
55% (53%) |
24% (31%) |
| Efficacité des process de validation et de décision |
53% (65%) |
21% (23%) |
| Rémunération du travail additionnel ou fait dans l'urgence |
53% (56%) |
17% (17%) |
|
Attentes moins prioritaires |
||
| Cohérence entre les stratégies à court et long terme |
47% (43%) |
23% (28%) |
| Capacité à accepter des propositions impliquant une certaine prise de risques |
46% (50%) |
7% (11%) |
| Bon niveau de réflexion marketing | 43% (54%) |
57% (60%) |
| Respect par les annonceurs des délais et plannings prévus |
41% (41%) |
30% (32%) |
| Réactivité des équipes des annonceurs |
40% (42%) |
37% (39%) |
| Capacité à fixer des objectifs long terme |
37% (37%) |
24% (23%) |
| Niveau d'expertise du service achats sur les métiers de la communication |
36% (43%) |
24% (26%) |
| Rigueur des annonceurs au quotidien |
32% (36%) |
47% (48%) |
| Aptitude à orchestrer les différentes prises de parole de leur marque |
31% (31%) |
44% (44%) |
| Capacité à fixer des objectifs à court terme |
29% (30%) |
80% (85%) |
| Analyse des résultats des actions de communication |
29% (31%) |
42% (46%) |
Réflexion sur la communication interactive |
28% (22%) |
23% (22%) |
| Capacité des annonceurs à mesurer les résultats générés |
27% (31%) |
40% (45%) |
| Capacité à juger de la qualité de la production |
21% (25%) |
47% (53%) |
| Maîtrise des différents métiers et techniques de communication |
11% (14%) |
33% (34%) |
| Source : Limelight Consulting | ||
| Lorsqu'un annonceur demande de la créativité à son agence, il pense à quoi ? | ||
| (% d'accord) % |
Du point de vue des agences | Du point de vue des annonceurs (1) |
| Créativité dans le sens «inventivité» | 79% |
96% |
| Créativité en termes de canaux (la stratégie des moyens) |
76% |
88% |
| Créativité dans le sens «qualité de la création» (la forme) | 75% |
93% |
| Créativité des stratégies proposées (le fond) |
68% |
95% |
| Lorsqu'un annonceur demande du conseil à son agence, il pense à quoi ? | ||
| (% d'accord) |
Du point de vue des agences |
Du point de vue des annonceurs (1) |
| Conseil sur la mise en œuvre (stratégie des moyens) | 86% |
93% |
| Conseil sur l'ensemble de votre stratégie de communication (360°, globale…) |
75% |
80% |
| Conseil stratégique (accompagnement de l'entreprise et de sa communication à long terme) |
74% |
86% |
| Conseil dans le sens «empathie» (connaissance de son marché, de sa culture) |
73% |
91% |
| Conseil «technique» (sur la production) |
49% |
67% |
| A l'heure actuelle, quel format d'agence pensez-vous que les annonceurs préfèrent… | ||
| (% d'accord) | Du point de vue des agences | Du point de vue des annonceurs (1) |
| Des agences spécialisées par métier | 26% |
26% |
| Une agence ou un groupe de communication couvrant plusieurs métiers spécialisés |
54% |
38% |
| Ce n'est pas un critère de choix | 20% |
36% |
Source : Limelight Consulting. (1) Baromètre Limelight 2008. | ||
Réagissez à cet article
Merci de vous identifier afin de pouvoir publier un commentaire :
Identifiez-vous
Mots-clés :
Le monde à l'envers, les agences jugent les annonceurs, Limelight, Club des annonceurs

Formations et conférences Stratégies
• Communication visuelle
• Le chef de produit performant
• Stratégie e-CRM
• Communication digitale & créativité
• Techniques orales pour les professionnels de la communication