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L'éthique n'est pas toc !

01/04/2004 - Les marques ne peuvent plus se permettre d'ignorer certaines valeurs. Confirmation avec le baromètre des valeurs éthiques (L'OVE) lancé par Research International.

Demandez à une agence de notation sociale les noms des groupes français les plus actifs en matière de développement durable. Elle vous répondra Danone, Lafarge, L'Oréal, Sanofi-Synthélabo... Faites le même exercice auprès du grand public. Les réponses seront sensiblement différentes. Research International, qui vient de lancer le premier Observatoire des valeurs éthiques (L'OVE) des entreprises, s'est livrée à l'exercice pourStratégies. Objectif : mesurer la sensibilité des Français au développement durable en leur demandant ensuite de noter les sociétés du CAC 40 sur plusieurs critères : respect de l'environnement, des salariés, des clients (lire les tableaux ci-dessous). Enfin, une note éthique globale, indépendante des résultats obtenus par ailleurs, a été attribuée.

Et le vainqueur est... Peugeot Citroën. Sachant que la pollution arrive, selon le sondage, en tête des sujets d'inquiétude des Français et qu'elle est, pour eux, directement imputable aux entreprises, d'aucuns pourraient s'étonner de la bonne place du constructeur automobile. Ce serait compter sans les multiples initiatives de celui-ci : égalité professionnelle entre hommes et femmes, meilleur gestion du travail temporaire, lancement d'un filtre à particules et du Diesel HDI permettant de préserver la qualité de l'air...« Les Français ont perçu ces actions, sur lesquelles nous avons communiqué. Ils reconnaissent qu'elles sont crédibles et qu'elles s'inscrivent dans une démarche éthique cohérente »,commente Thérèse Martinet, déléguée au développement durable de PSA Peugeot Citroën, un poste créé en 2003.

« Egologie »

Cela suffit-il à expliquer un leadership ? Selon Research International, d'autres critères entrent en jeu. Et de citer, notamment, la cote d'amour des Français pour l'entreprise et ses voitures. Des critères purement affectifs, liés à l'image et au statut des entreprises, interviendraient donc dans les notes. Ce qui prouve aussi le rôle clé joué par la communication. Jean-Pierre Piotet, coprésident de ThompsonCorp et fondateur de l'Observatoire de la réputation, avance une autre explication :« La bonne réputation d'une entreprise est aussi liée à son ancienneté. La majorité des entreprises du top 10 ont plus de cinquante ans. »

Le secteur d'activité a également son importance. L'absence du cimentier Lafarge, bon élève en matière de développement durable, du haut du classement général, s'explique par la nature de ses produits, forcément moins proches du grand public qu'un yaourt de Danone, entreprise qui, par ailleurs, communique clairement sur la santé alimentaire. Reste que la connaissance des actions éthiques menées par les groupes reste faible. Danone, attentif au développement durable, est bien noté en global et sur le plan commercial, mais n'apparaît dans aucun des tableaux liés au social, au sociétal ou à l'environnemental. Quant aux notes attribuées aux entreprises respectant l'environnement, elles couronnent surtout des groupes du tertiaire, moins pollueurs que les industries lourdes.


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Méthodologie

2 358 adultes représentatifs de la population française ont été interrogés par Research International entre septembre et novembre 2003. Interviews assistées par ordinateur (Capi) réalisées en face-à-face au domicile (une seule personne interrogée par foyer). Ce sondage sera reconduit chaque année. Il devrait, à l'avenir, aborder le thème de la « gouvernance d'entreprise ».

« Un dû pour les consommateurs »

Selon le CEO de Research International France, le développement durable permet de rester dans la course.

Avez-vous été surpris par les résultats de l'étude ?

Marc-Antoine Jacoud.Oui, en partie. Notre étude indique ainsi que les entreprises ont plus à perdre à ne pas respecter les principes du développement durable qu'à gagner à les mettre en pratique. En d'autres termes, les risques encourus sont supérieurs aux opportunités, comme si le consommateur considérait l'engagement éthique comme un dû, un minimum requis. D'un point de vue commercial, on ne peut pas estimer que le développement durable soit aujourd'hui un avantage concurrentiel. Il permet juste de rester dans la course.

La communication joue-t-elle un rôle dans la notation éthique des marques ?

M.-A.J. Un rôle central. Il ne suffit pas de s'engager en matière de développement durable, encore faut-il le communiquer distinctement. Certaines entreprises développent des actions significatives sans réussir à les valoriser. Elles n'en tirent donc aucun avantage en termes d'image. D'autres peuvent être moins actives mais, en communiquant habilement sur des thèmes voisins, s'approprier un positionnement valorisant.

Quelles recommandations pouvez-vous faire aux entreprises ?

M.-A.J.L'écart entre l'image éthique perçue et la réalité des pratiques va sans doute s'atténuer à mesure que la connaissance du public sur le développement durable va s'accroître. La montée en puissance de l'éthique va mécaniquement améliorer l'information et la maturité des consommateurs. Les annonceurs auront alors tout intérêt à nourrir leur communication « éthique » par des actions et des engagements concrets.Entretien : D.M.

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