
17/11/2005 - La cote d'amour de la publicité a nettement chuté en trois ans, selon une enquête TNS Sofres/Stratégies. Traditionnellement publiphiles, les jeunes et les 25-34 ans n'échappent pas au mouvement.
En septembre 2002, c'était la divine surprise : les Français semblaient s'être réconciliés avec la publicité, selon un sondage TNS Sofres/Stratégies. Trois ans plus tard, c'est la douche froide. La vague 2005 de l'enquête montre un retournement de tendance. Ainsi, 43 % des Français interrogés - un score historique - se déclarent très ou plutôt opposés à la publicité, alors qu'ils n'étaient que 36 % en 2002 et 33 % en 1983. Trente-sept pour cent des Français continuent d'y être favorables : ils étaient 43 % il y a trois ans. Première cause de cette désaffection, le contexte économique et la crise qui perdure. Depuis 2002, le moral des Français est en chute libre. Quant à leur pouvoir d'achat, il a baissé en 2003 et stagné en 2004, selon une étude menée par les centres E.Leclerc. Dans ce contexte, les consommateurs plébiscitent le hard discount, pratiquent les achats malins, mais se défient des marques et de la publicité.
Une séduction qui s'émousse
Pour autant, il n'y a pas de réelle publiphobie, précise l'étude, et la proportion de « publiphobes » (ceux qui se déclarent très opposés à la publicité) reste à 15 %, un niveau quasiment stable par rapport à 2002. En revanche, les publiphiles, dont les troupes se recrutent majoritairement, comme en 2002, parmi les jeunes, se montrent moins fervents. Leur taux d'adhésion à la publicité (1) accuse une baisse considérable de vingt points sur la cible des 18-24 ans, et de onze points sur celle des 25-34 ans. Un sévère avertissement pour les marques tentées par le jeunisme. Par ailleurs, si les Français continuent de considérer la publicité aussi « amusante et distrayante » qu'il y a trois ans (73 % contre 72 %), sa capacité de séduction tend à s'émousser (- 6 points en trois ans).
Seul point plutôt positif : la publicité, si elle est encore jugée trop « agressive », l'est dans une moindre mesure qu'en 2002. Il faut croire que la vigilance du Bureau de vérification de la publicité (BVP), qui hier encore (le 16 novembre) a fait de l'incivilité et de l'agressivité dans la publicité le thème de son premier Forum de la publicité, a porté ses fruits. Ou que les Français se sont habitués à la publicité agressive, comme ils se sont accoutumés à l'utilisation des enfants (75 % ne la trouvent pas choquante) et à celle du corps nu des femmes (57 % estiment que ce n'est pas choquant, y compris, et c'est plutôt nouveau, les femmes).
Au final, estime Danièle Cantau, directrice-conseil marques et communication chez TNS Sofres, « le désamour pour la publicité est manifeste et il semble que le mouvement se soit accéléré ces trois dernières années ». Pour elle, la publicité n'échappe pas à la défiance qui frappe toutes les institutions (lire page 8). S'il se dit « attristé », Bertrand Suchet, président de DDB Paris et coprésident de DDB France, n'est guère surpris : « Cela prouve simplement que les gens n'aiment pas ce qui n'est pas conçu pour eux, explique-t-il. La publicité est trop souvent coupée du monde réel. Elle est faite par des publicitaires qui travaillent dans leur bulle et conçoivent des messages ou des stratégies de " salle de réunion ". Ils s'adressent à des clients avant de s'adresser à des personnes, sans aller chercher les gens là où ils se trouvent, dans leur vie quotidienne. Ils visent des cibles et parlent GRP. Or le rôle premier de la publicité, c'est de plaire, afin de susciter éventuellement une adhésion qui elle-même, dans le meilleur des cas, provoquera un achat. Et ce quel que soit le support utilisé. »
Plus de tolérance au cinéma
En l'occurrence, tous les médias subissent la désaffection dans une même proportion. Dans la presse, secteur où la publicité est encore la plus appréciée, les mécontents sont désormais plus nombreux que les satisfaits (48 % contre 47 %). La publicité extérieure, généralement jugée intrusive et d'une qualité créative médiocre, recueille 61 % de mécontents, avec un indice d'adhésion en chute de 19 points en trois ans. La publicité à la radio suscite aussi un désaccord croissant (66 %, contre 59 % en 2002), de même que le cinéma (62 % de mécontents, contre 53 % il y a trois ans). Finalement, ce sont ceux qui vont le plus au cinéma qui se montrent les plus tolérants et disent y aimer la publicité.
(en %) Octobre Rappel enquête Rappel enquête
2005 TNS Sofres/Stratégies Le Parisien/TNS Sofres
septembre 2002 avril 1983
Très favorable 2 5 5
Plutôt favorable 35 38 36
Total favorable 37 43 41
Plutôt opposé 28 23 23
Très opposé 15 13 10
Total opposé 43 36 33
Indifférent 19 20 25
Sans opinion 1 1 1
Source : TNS Sofres.
Plus Moins Sans changement Sans opinion
Amusante, distrayante 73 13 13 1
Agressive 65 12 20 3
Séduisante 58 16 22 4
Informative, précise 43 23 32 2
Base : interviewés considérant que la publicité a changé (65 % de l'échantillon). Source : TNS Sofres.
(en %) Octobre Rappel enquête Rappel enquête
2005 TNS Sofres/Stratégies TNS Sofres/Notre Temps
septembre 2002 novembre 1989
Qu'elle soit claire, 48 44 37
facile à comprendre
Qu'elle vous informe 35 36 34
sur un produit nouveau
Qu'elle soit drôle 35 36 33
Qu'elle vous informe sur 35 31 31
les caractéristiques d'un produit
Qu'elle soit créative 28 26 28
Qu'elle vous donne envie 23 31 14
d'acheter un produit
Qu'elle vous étonne 17 18 15
Qu'elle soit belle 11 13 20
Qu'elle vous fasse rêver 10 10 11
Sans opinion 6 5 6
Source : TNS Sofres.
Ce sondage a été réalisé les 26 et 27 octobre 2005 par TNS Sofres auprès d'un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Les personnes ont été interrogées en face-à-face selon la méthode des quotas et stratification par région et par catégorie d'agglomération.
Pilotée par l'Association des agences-conseils en communication (AACC), la 9e édition de la Semaine de la publicité se tiendra du 21 au 24 novembre, au palais de Tokyo, à Paris. Elle aura pour thème « Le New Deal, les nouveaux enjeux de la communication », ou comment répondre à un consommateur plus éthique, plus critique et plus exigeant, dont les rapports aux marques et à la communication ont été profondément modifiés par les nouvelles technologies. À noter une journée entièrement consacrée à Internet, sous l'égide de l'AACC Interactive.
www.lasemainedelapub.org.
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