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Art

Dadas de datas

14/09/2015 - par Cécilia Di Quinzio

Une pincée de satire, une bonne dose d’humour, un zeste de bricolage… Le jeune mouvement artistique français Datadada confronte les «codes» du réseau Internet à la philosophie Dada.

«Ma Data est une poule aux œufs d'or» est une œuvre phare du mouvement Datadada. Cette «poulette augmentée» pond un œuf lorsque le cours de l’œuf moyen (53-63g) à Rungis est inférieur à 7 euros les 100 oeufs. Derrière l’apparente dérision, voire le côté «cheap» de cette installation, se cache un discours engagé, un regard artistique sur la société ultra-connectée d’aujourd’hui.

Le mouvement techno-artistique Datadada est né le vendredi 13 juin 2014 très précisément avec un manifeste en forme de poème. Il comprend actuellement quatre membres officiels: Albertine Meunier, Julien Levesque, Bastien Didier et Sylvie Tissot. Tous disposent d’une formation à la fois artistique et informatique. Ce qui leur permet de donner aux concepts complexes (données, réseau, stockage, nouveaux médias...) une apparence ludique. «Est déclaré Datadada toute nouvelle œuvre qui possède en elle de la data avec un grain de dadaïsme», peut-on lire sur le site datadada.net.

Ready-made

Unique au monde, le mouvement Datadada rapproche deux univers qui ont de nombreux points communs: les données numériques et la philosophie Dada, mouvement artistique et littéraire né il y a un siècle, qui a fait table rase du passé et joue avec les «codes» des canons artistiques. Ce sont bien des codes, mais dans l’acceptation informatique du terme, dont se jouent les artistes datadada.

Comme les dadas, les datadadas détournent des objets manufacturés, usuels, pour en faire des œuvres d’art, par la simple volonté de l’artiste: les fameux ready-made rendus célèbres par Marcel Duchamp avec sa Roue de bicyclette (1913) et surtout son emblématique Fontaine (1917), un urinoir renversé signé «R. Mutt». «Nous sommes très duchampiens dans notre culte des objets. Mais nous, nous les détournons dans le sens de “hacking”. On les réanime par le réseau: on en fait des ready-made connectés.»

Croisements se présente par exemple sous la forme d’une petite machine programmée pour tracer une courbe selon le rapprochement et l’éloignement de deux personnes en temps réel. L’objet fonctionne par la force d’un petit processeur et d’un câble branché à une application smartphone qui stocke les données. Un traitement de la géolocalisation plus poétique que pratique. «A-t-on déjà observé la distance qui sépare deux individus en temps réel? Munis de nos téléphones mobiles, cette distance est, aujourd'hui, tout à fait mesurable. À travers cette observation, peut-être arriverons-nous à dévoiler un peu du hasard des rencontres entre deux personnes.»

Matérialisation

Un des principes de Datadada est de rendre palpables, tangibles, les données virtuelles que nous partageons chaque jour. Les datadadas jouent avec l’esthétique d’internet et de son immatérialité. À l’image du livre publié par Albertine Meunier en mai 2011, entièrement consacré à ses recherches Google, extraites grâce au service Search History. My Google Search History (1) est une compilation scrupuleuse de «son histoire numérique» depuis 2006. «De plus en plus, nos vies distillées sur les réseaux numériques laissent des traces (...). Difficile de quantifier à l’échelle humaine tous ces octets avalés.»

En 2013, l'opération «Pegman coin» matérialise le petit personnage jaune de Google Street View, pour servir de monnaie alternative en échange des données que «Google pompe chaque jour». «Imaginons que j’ai livré 5 Mo de données aujourd’hui, je recevrai cinq Pegmans. Cinq Pegmans valent par exemple une baguette de pain», explique Julien Levesque. Une grande partie des 1 600 Pegman coins sont en circulation, notamment au sein du monde artistique… «Une performance qui se positionne à coutre-courant des monnaies virtuelles –bitcoins et autres Amazon coins– qui viennent rajouter une couche supplémentaire d’abstraction, d'intermédiaire, entre moi et le produit.»

Provocation

Ces œuvres transpirent aussi le propos satirique envers les géants d’internet, les incontournables Gafa, évoqués dès le manifeste –à commencer par Google, leur «chouchou». «À travers l’art, nous voulons faire prendre conscience des données. On ne s'en aperçoit pas toujours mais elles existent, elles sont même le fondement de l’économie numérique. Toutes nos actions sur internet sont quantifiables, marchandisables, stockables, traitables… Elles valent de l’or», explique Albertine Meunier.

«Entre internet et nous, c’est un peu "je t’aime moi non plus", sourit Julien Levesque. On le taquine mais en même temps c’est notre matériau principal. On n'est pas "contre" le réseau, on est "dedans".» D’ailleurs, pour Albertine Meunier, Google est «l’artiste du moment» avec son comportement obsessionnel à photographier chaque recoin du monde.

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