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18/12/2008 - par Delphine Le Goff

Après la presse féminine, les journaux d’actualité se mettent à retoucher les photos. Une pratique à haut risque.

En aurait-on autant parlé si on n'avait pas cherché à la dissimuler? 15600 euros: plus personne n'ignore le prix de la bague de Rachida Dati, pourtant gommée par les bons soins du Figaro sur sa une du 19 novembre 2008. Le quotidien avait choisi, pour illustrer une interview exclusive de la garde des Sceaux, une photo illustrative datant de juin dernier, mais avait jugé le bijou trop indiscret…

«Nous ne voulions pas que la bague soit l'objet de la polémique, alors que le vrai sujet était la pétition des magistrats», s'est justifiée dans la presse la rédactrice en chef du service photo du Figaro, Debora Altman. Le directeur des rédactions du Figaro, Étienne Mougeotte, a présenté des excuses à ses lecteurs et une charte maison a été élaborée.

Si on savait déjà que les sylphides de la presse féminine devaient moins à Dame Nature qu'à Photoshop, on s'attendait moins à ce genre de retouches dans la presse d'actualité, a fortiori sur des sujets politiques. En août 2007, Paris Match avait déjà obligeamment fait disparaître un bourrelet disgracieux sur une photo de Nicolas Sarkozy, torse nu et en pleine session de canoë-kayak à Wolfeboro.

Chez les spécialistes, le jugement est sans appel : «Ce type de pratique est presque tabou», lâche Béatrice Garrette, directrice générale de Sipa Presse. Son confrère Éric Larrouil, directeur général de l'agence Vu, approuve: «Lorsqu'on retouche un élément aussi factuel, on est davantage dans la communication que dans l'information», estime-t-il.

Perte de crédibilité

Certes, ce type de correction est vieux comme la Pravda. Et avec l'avènement du numérique, il ne paraît plus une seule photo qui n'ait été retravaillée. «Le terme de retouche englobe le cadrage, la netteté, la luminosité, etc. Dès qu'on effectue ne serait ce qu'une seule de ces opérations, la photo peut être considérée comme retouchée», explique Fabien Barrau, retoucheur free-lance. Mais, aujourd'hui, «on assiste à une désacralisation de l'image, due au déferlement des photos amateurs, prises notamment avec les téléphones portables», remarque Éric Larrouil.

«Il existe depuis longtemps, surtout dans la presse féminine, ce que l'on appelle des retouches de courtoisie: si quelqu'un a un bouton sur le nez le jour de la prise de vue, on va le gommer afin de ne pas l'immortaliser ainsi, note Béatrice Garrette. Mais les lecteurs savent que, dans ce genre de presse, la photo n'est pas là pour opérer une quelconque opération vérité.»

Les spécialistes craignent que ces pratiques nuisent encore un peu plus à la crédibilité de la presse et citent l'affaire Adnan Hajj: ce photographe de l'agence Reuters couvrant le Proche-Orient avait, en 2006, grossièrement accentué la fumée de bombardements à Beyrouth pour rendre ses clichés plus spectaculaires. Avant d'être démasqué par un internaute. L'affaire avait fait scandale dans les agences de presse.

«Ces dérapages sont particulièrement néfastes au moment où la presse a tant de mal à fidéliser son lectorat», juge Éric Larrouil. Béatrice Garrette, elle, envisage une autre conséquence: «La surenchère de retouches a favorisé l'apparition de la presse people et de ses photos de stars au naturel, voire dans des situations peu flatteuses.» Chassez le naturel…

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