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La photo, une nouvelle forme de conversation

19/02/2009 - par Anne-Lise Carlo

Avec les nouveaux médias se développent de nouveaux usages de la photographie. Le sixième art s'affiche partout et devient un outil de communication incontournable.

Le sixième art se porte bien. Le succès populaire de la 12e édition du Mois de la photo à Paris, en novembre 2008, en témoigne. Les mutations technologiques ont changé nos manières de photographier, de stocker et d'échanger les images. Mais le numérique modifie également nos manières de mettre le monde en image, de le regarder et de l'intégrer dans nos mémoires individuelles, familiales et collectives.

«Nous assistons à la naissance d'une nouvelle culture photographique, celle de la mobilité et du partage, grâce aux nouveaux médias», souligne Dominique Cardon, sociologue au laboratoire des usages d'Orange Labs (le département recherche et développement de l'opérateur). D'œuvre d'art, la photographie devient instrument de communication et crée de nouvelles formes de conversation.

Les téléphones portables, de plus en plus équipés d'appareils photos, ont ainsi engendré une conversation mobile. C'est celle du MMS (Multimedia Message Service) pour dire «Regarde où je suis/avec qui je suis» ou «Quand je vois ça, je pense à toi». Une photographie destinée à rester dans un miniformat et dont la qualité artistique importe peu. Elle fonctionne comme un témoignage de l'instant, souvent très personnel. Pour certains, l'image devient même le message : celle d'un embouteillage sur le périphérique suffit à prévenir que l'on sera en retard au rendez-vous…

«Prendre des photos avec son mobile permet, par son côté instantané, de rendre plus intense un événement. On est à une fête et on se regarde la vivre», ajoute le sociologue. Certaines marques ont d'ailleurs su jouer sur cette dimension, comme Nokia en octobre 2008. Anna, une des jeunes héroïnes de la campagne publicitaire, avouait qu'avec son téléphone, elle prend «des photos privées, embarrassantes, à ne pas effacer, à ne jamais montrer». Ce type de photographies est aussi souvent téléchargé ensuite sur Internet pour illustrer un propos sur un blog, par exemple.

Une part belle dans le Net social

La photo a également fait naître une grande conversation sur le Net à travers des sites de stockage et d'échange, tels que Flickr (Yahoo), Picasa (Google) et Pikeo (Orange). Sur ces plates-formes, le sixième art (une appellation partagée avec la poésie) s'expose, se partage et se commente sans fin. Et comme pour la musique avec My Space, elles font émerger de nouveaux talents dont les clichés sont plébiscités par de nombreux internautes. Sur Flickr, par exemple, la photo devient plus que jamais un outil de sociabilisation. Des groupes se créent par thématique et par centre d'intérêt. Certains flirtant avec la dérision, comme ce groupe de passionnés par les photos de repas servis en avion.

La tendance touche même Facebook. Sur le réseau social par excellence, «taguer», via des photographies, ses amis présents à une soirée est devenue une des activités favorites des membres du réseau. Les clichés ainsi exposés donnent souvent lieu à des discussions et des commentaires fournis. Même si, dans un certain sens, on flirte là avec les limites de la vie privée et du droit à l'image.

Au-delà de ces grandes plates-formes, de nombreux sites spécialisés ont vu le jour sur la Toile, des sites plus intimes qui regroupent les photographes par centre d'intérêt, par exemple, ou par nostalgie d'une technique photographique. «Le site Polaroid regroupe les amateurs de cette marque et du film instantané», explique Alexandre Lafaurie, photographe amateur.

Autre exemple : le forum Holga, qui propose notamment des galeries virtuelles de photographies réalisées avec d'anciens appareils (Lomo LC-A, Holga, Polaroid, etc.), à l'origine «bon marché», mais qui sont devenus mythiques. Sur Holga, les clichés ont souvent un goût mêlé de «vintage» et d'amateurisme. Une tendance accélérée par la démocratisation du sixième art. Le must du genre : réaliser des clichés qui ont l'air d'avoir été pris par un débutant, mais qui, en réalité, nécessitent une grande maîtrise technique.

«On retrouve là l'influence du grand maître de la photographie qu'est l'Anglais Martin Parr», rappelle Julien Frydman, directeur de la célèbre agence Magnum. Dans la même veine, le travail de Stéphanie Lacombe, qui signe une série de portraits intitulée «Les Français à table», telle une version fixe du magazine Strip-tease, sur France 3. Les clichés de cette jeune photographe ont été de nombreuses fois primés et sont publiés dans le trimestriel XXI.

Démocratisation

Cette appropriation populaire du sixème art ne lui fait pas perdre pour autant sa qualité. «Même sur Flickr, les utilisateurs ont une réelle exigence artistique», rappelle Dominique Cardon. Seule la photo d'actualité semble pour l'instant résister à l'influence de l'amateurisme. «C'est vrai surtout en France. Aux Etats-Unis, les photos de people prises par des amateurs via leur téléphone mobile sont très recherchées. Il y a une démocratisation du phénomène des paparazzi», assure le sociologue d'Orange Labs.

La photographie permet aussi aux marques de créer de nouvelles formes de conversation avec les consommateurs. Depuis quelques années, l'agence Magnum travaille avec de nombreuses marques, permettant à ses photographes de shooter des produits de luxe, comme Ralph Lauren, ou de suivre la genèse de l'Airbus A380, par exemple. «Le mécénat et le sponsoring des marques se développent de plus en plus autour de cet art», observe Julien Frydman.

Poussées par le numérique, les marques issues des nouvelles technologies, comme Canon, Epson et HP, parrainent de nombreux événements photos et d'expositions. Même l'industrie alimentaire surfe sur la vague. A l'exemple des cafés équitables Lobodis : la marque affiche sur son packaging le portrait en bichromie du producteur de la région concernée comme une invitation au voyage.

Pour Dominique Cardon, «on en est encore qu'au début de la colonisation de notre monde par la photographie». De nouveaux outils de communication, telle la géolocalisation, lui promettent un bel avenir.

 

(encadré)

Un marché qui ne connaît pas la crise

Le renouveau de la photographie se répercute sur le marché des biens technologiques. Grâce au numérique, sa pratique s'est démocratisée. En France, il s'est vendu en 2008 près de 5 millions d'appareils photos numériques, dont 435 000 appareils reflex numériques, ce qui représente une croissance de plus de 20% par rapport à 2007. Et l'embellie devrait durer en 2009. Les experts de GFK Retail & Technology tablent sur une croissance future de ce segment de marché de 11%. Dans le même temps, les écrans plats (télévisions et cadres numériques) deviennent un mode d'affichage pour l'art à domicile. Et si leurs formats s'élargissent, leurs prix diminuent. Au total, 1,9 million de cadres numériques ont été vendus en 2008. Selon GFK, l'objet est devenu le cadeau de Noël par excellence, les ventes étant essentiellement concentrées sur le mois de décembre.

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